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24 mars 2012

Lautréamont mis en abîme par Corcal et Édith

Edith et Corcal évoquent plus qu’ils ne racontent le poète, dans «La chambre de Lautréamont», disponible depuis deux mois chez Futuropolis.
C’est un récit où les mises en abîme se succèdent, cherchant à provoquer le trouble du lecteur : les auteurs ne seraient que les transcripteurs de la première bande-dessinée de toute l’histoire des arts, retrouvée par hasard, elle-même portant sur le comte de Lautréamont, et qui serait d’ailleurs un jeu littéraire. Vous ne suivez plus ? C’est normal, c’est fait pour. Pour qu’on se perde, qu’on croit à Emily Parkinson, avatar d’Emily Dickinson, bien sûr.
Et à bien d’autres choses, le temps d’une plongée dans le Paris des Vilains Bonshommes, celui du Cercle des poètes zutiques…

Lautréamont, ou plutôt, à l’état civil, Isidore Ducasse, se prête à la fiction : poète maudit, mort très jeune, seul, auteur d’une œuvre terrible, «Les chants de Maldoror», chaînon entre Baudelaire et Mervyn Peake (oui, je simplifie - et si vous ne connaissez pas Peake, sachez que c’est un auteur illustrateur britannique qui a inventé un monde fantastique très noir, celui de Gormenghast).
Et, chose fondamentale pour le mythe, mal, très mal connu. On sait peu de choses du contemporain de Rimbaud, qu’il n’a en vérité pas croisé, contrairement à ce qu’imagine le récit de Corcal.
En effet, le scénariste imagine, à partir de faits réels, ce qu’a pu être l’entourage du poète, grâce au personnage du feuilletoniste Auguste Bretagne.
Ce dernier demeure, en effet, hasard ! dans la chambre où est mort Lautréamont...

C’est fin, c’est beau, c’est intelligent, c’est réussi, ça cultive son homme, que demander de plus ?



Du Lautréamont ?
Lecteur, c’est peut-être la haine que tu veux que j’invoque dans le commencement de cet ouvrage ! Qui te dit que tu n’en renifleras pas, baigné dans d’innombrables voluptés, tant que tu voudras, avec tes narines orgueilleuses, larges et maigres, en te renversant de ventre, pareil à un requin, dans l’air beau et noir, comme si tu comprenais l’importance de cet acte et l’importance non moindre de ton appétit légitime, lentement et majestueusement, les rouges émanations ? Je t’assure, elles réjouiront les deux trous informes de ton museau hideux, ô monstre, si toutefois tu t’appliques auparavant à respirer trois mille fois de suite la conscience maudite de l’Éternel ! Tes narines, qui seront démesurément dilatées de contentement ineffable, d’extase immobile, ne demanderont pas quelque chose de meilleur à l’espace, devenu embaumé comme de parfums et d’encens ; car, elles seront rassasiées d’un bonheur complet, comme les anges qui habitent dans la magnificence et la paix des agréables cieux. (premier chant de Maldoror)

«La chambre de Lautréamont» d'Edith et Corcal - Futuropolis 2012

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