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8 avril 2012

Magnétique Supplément à la vie de Barbara Loden

Septembre 2011 : Simon Liberati consacre un livre à une actrice, blonde, américaine, née en 1933 : «Jayne Mansfield 1967».
Janvier 2012 : Nathalie Léger consacre un livre à une actrice, blonde, américaine, née en 1932 : «Supplément à la vie de Barbara Loden».

Considérons que Marilyn est, pour cette époque, et peut-être encore aujourd’hui, l’ultime actrice américaine, c’est-à-dire la référence que l’on suit, ou que l’on repousse. Jayne Mansfield est sa caricature, peut-être plus cultivée encore, plus polyglotte, mais aussi plus blonde, plus rose, plus dénudée, peut-être davantage encore désirée, c’est Marilyn too much. Barbara Loden, c’est Marilyn peut-être plus torturée encore. L’une a joué tout et n’importe quoi, le meilleur, comme le pire, l’autre a joué peu, des rôles importants, a été mariée à Kazan. De là, beaucoup de suppositions, d’hésitations, et donc de ces biographies difficilement traçables tant sont fuyantes ces femmes.
 
Les auteurs respectifs de ces portraits d’actrices ont tenté de les dessiner différemment. Simon Liberati utilise le décès de Mansfield, Nathalie Léger part de l’unique réalisation de Loden, «Wanda», inspirée par un fait-divers, l’histoire d’une femme, Alma Malone, arrivée trop tard sur le lieu d’un braquage, et qui s’est dite soulagée d’être incarcérée.

Le livre de Simon Liberati a obtenu le Prix Femina 2011. Pourquoi ? D’une femme extraordinaire, dantesque, il s’est laissé piéger par la propre représentation qu’elle a donné d’elle-même. De ses obsessions il a fait des ridicules. D’une vie remplie d’hommes, de films, il a fait un petit récit mortifère. Il est difficilement évitable de comparer des livres parus à peu de temps d'intervalle et que leur sujet rapproche. Pour résumer, «Supplément à la vie de Barbara Loden», lui, respecte son modèle. Sur le plan formel, le texte est impressionnant, déroulement, pensée réflexive sur le déroulement. Cette écriture permet à l’auteur de relier toutes les femmes du livre :  la narratrice qui enquête sur Loden, réfléchit avec et sur sa mère, bien sûr rapproche sans cesse Loden et Wanda, donc Alma Malone… Une immense et pourtant humble réussite.
Entre apparaître et disparaître, comme le promettait la citation de Godard placée en épigraphe.

3 commentaires :

  1. Une critique du livre très réussie et très subtile !

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  2. Coucou ! Tu m'as donné très envie de lire ce livre afin de le comparer avec celui de Liberati. Peut-être me suis-je laissé aveugler par l'admiration que je porte à sa plume qui me fascine et m'interpelle. Je note le roman de Léger pour mon prochain passage à la librairie.

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    1. Je suis sûre qu'il te plaira. Pt faudra-t-il de mon côté que je donne une autre chance à Liberati. Mais j'aurai du mal à surmonter mes réticences ;o)

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