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7 juin 2012

Le bidonville de la Folie : retour à Nanterre dans les années soixante

Encore un roman graphique, un genre toujours plus fourni, qui a l'avantage de produire d'excellents albums et l'inconvénient de proposer des formats tous distincts... Cette remarque peut paraître triviale mais enfin, le fait que ce type de bandes dessinées propose des formats très différents de ce à quoi l'on avait été habitué, que ce soit en termes de pagination, de papier, de format, est aussi le signe de ce que chacune des bandes-dessinées impose sa singularité, une originalité propre et globale.


«Demain, demain», de Laurent Maffre est un intéressant récit de docu-fiction, qui présente ce qu'était le bidonville de la Folie à Nanterre. Le bidonville est vu au prisme de l'histoire d'une famille algérienne, du moment où femme et enfants arrivent rue de la Garenne rejoindre le père de famille, jusqu'à celui où ils sont relogés en cité de transit.


Le récit est notamment basé sur le témoignage de Monique Hervo, dont je cite un célèbre extrait du livre «Chroniques du bidonville : Nanterre en guerre d'Algérie» : «Des milliers de tôles enchevêtrées se mêlent à des briques cassées : La Folie. Des moutons broutent l'herbe alentour. Gravats et vieilles ferrailles traînent aux abords de cette étrange cité, reliquats des déchets déversés ici par des entreprises : une décharge publique !». Cette BD sociale nous fait partager le quotidien de gens qui se battent pour vivre dignement, avec un dessin chaleureux malgré son en noir et blanc...

Cependant l'album a aussi quelques limites. Difficile de trouver que toute la complexité de la situation est rendue : la situation matérielle du Français moyen, incarné par le garagiste, est un peu surestimée. D'autre part, dans l'autre sens, incendies, descentes de police, violences épargnent presque les héros... Par ailleurs, le bidonville est déchiré par des luttes fratricides, entre FLN et MNA. Globalement, et pour résumer, je suis partagée sur le parti pris de l'ouvrage : d'un côté, le fait de centrer l'essentiel des 160 pages sur la vie au jour le jour du bidonville est intéressant, et permet de faire lire la BD aux plus jeunes. De l'autre côté, cela implique de laisser de côté un certain encrage historique.
 
Paradoxal, mais sans doute le prix à payer pour une histoire en bandes-dessinées, même longue.

«Demain, demain», de Laurent Maffre - Actes Sud & Arte

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