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24 décembre 2012

Drood : Dan Simmons perpétue l'opposition Dickens-Collins

Il y a un peu plus d’un an sortait en grand format «Drood». Critique élogieuse dans Le Monde, et surtout, évocation d’un de mes écrivains préférés, William Wilkie Collins.

L’intrigue de l’auteur repose sur les faits suivants : en juin 1870, Charles Dickens meurt, en laissant inachevé «Les mystères d'Edwin Drood» et en survivant à son ami et disciple W. Wilkie Collins.

Dan Simmons imagine dans «Drood» les années qui ont précédé sa mort en confiant la narration à Collins. Jusque là cela me semblait vraiment une bonne idée.
Mais si le programme me plaisait, l’exécution en a été toute autre…

Premièrement, et de façon objective par rapport à ce qui va suivre, le livre est ennuyeux.
Il faut sacrément aimer Dickens ou Collins - et l’Angleterre victorienne - pour aller jusqu’au bout. Les péripéties se rapportent essentiellement à l’écriture des Mystères d'Edwin Drood avec moult références à l’oeuvre de Dickens qui s’ajoutent aux références à l’oeuvre de Collins (même si ces dernières sont bien moins nombreuses).
De plus, la dernière partie de l’ouvrage n’en finit plus et nombreux sont ceux qui ont dû s’endormir la tête la première dans la énième description d’une tournée de conférence de Dickens.
 
Deuxièmement, le plaisir escompté qui était pour moi de voir Collins héros d’un roman a complètement disparu au fil de la lecture. Dan Simmons brosse le portrait d’un Wilkie Collins, disons-le pour faire vite, fou et jaloux, voir fou de jalousie envers Dickens. Je me suis sans cesse demandé pourquoi il faisait preuve de tant de cruauté envers Collins. De façon absolument caricaturale, Dickens est montré comme un homme courageux, sportif, à l’intelligence vive, soucieux de son hygiène de vie, de sa famille. Collins est dépeint comme dépendant à toutes sortes de drogues, vivant de façon étrange, asocial, maladif, tourmenté à l’excès, jaloux des succès de celui qui l’a pourtant pris sous son aile…
 
C’est absolument exaspérant. Je rédige ma critique à l’occasion de la sortie, il y a quelques jours de l’édition de poche et je retrouve mes griefs de l’année dernière intacts. Collins a été un écrivain adoré du public, il a contribué à fonder le roman policier, écrit des textes qu’on peut qualifier de féministes, et Swinburne, oui Swinburne lui trouvait du génie. La postérité l’a massacré en classant ses livres dans les romans à sensation, catégorie méprisée. Le conformisme de Dickens, sa critique sociale limitée étaient bien plus arrangeants que les ouvrages de Collins qui ne s’est jamais marié et décortiquait le droit de la famille. Pendant ce temps, Dickens méprisait et chassait sa femme Catherine. À chaque fois qu’il écrivit à quatre mains avec Collins, il s’arrangeait pour que finalement, seul son nom apparaisse...

Finalement, Dan Simmons reproduit le schéma classique : Collins n’est qu’un faire-valoir de Dickens, seul romancier véritable des deux et seul candidat sérieux à la postérité. Exaspérant, je vous l’ai dit.


Note : Sur le blog, Collins apparaît , et ici aussi.

4 commentaires :

  1. Dans le genre, j'avais adoré l' Affaire D. de Fruttero et Lucentini ! Excellentissime !

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  2. je pensais le lire, j'aime assez Wilkie Collins, mais ce que tu en dis, ne m'encourage pas à tenter l'aventure.
    Excellent et varié ton blog, j'ai pris grand plaisir à lire tes articles,
    bonne journée
    bises

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    1. Merci pour ton commentaire et surtout merci beaucoup pour ces compliments !

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