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12 décembre 2012

Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là ...

Drame romantique par excellence, «Ruy Blas» de Victor Hugo est actuellement donné au TNP de Villeurbanne. Il s’agit d’une reprise, puisque la mise en scène de Christian Schiaretti a été créée pour l’inauguration du nouveau grand théâtre l’année dernière.

Dans les années 1690, à la cour de Charles II, à Madrid. Don Salluste, grand d’Espagne, fait passer Ruy Blas, son valet, pour son cousin afin d’ourdir commodément une vengeance personnelle. Ruy Blas, favorisé par la reine, devient un personnage politique de premier plan. Il est surtout passionnément amoureux de sa souveraine… L’histoire est fort connue, notamment grâce au pastiche de Gérard Oury, «La folie des grandeurs».

TNP © photo : Christian Ganet 2011
Que dire de cette interprétation lyonnaise ? Les décors sont intéressants, notamment les azulejos géants en toile de fond (signés Rudy Sabounghi), et l’utilisation du plateau : pourtant large et sobre, il est occupé pleinement par les acteurs qui ne ménagent pas leurs déplacements...
Le jeu qui leur est imposé m’a cependant laissée très dubitative. Un tel texte ne souffre d’aucune appromixation, et il y a des butées sur certains mots. Mais ce n’est pas tant la faute des acteurs que sans doute les variations de ton qui leur ont été proposées. En effet, très certainement animé d’une volonté de démocratisation théâtrâle, la mise en scène alterne une récitation classique du texte avec des passages de prise de distance avec celui-ci, le faisant apparaître du même coup daté ou exagéré. Par exemple, une tirade est à son commencement déclamée de façon traditionnelle, avec emphase, et  débitée pour sa fin à toute allure avec un sourire entendu. Un critique du Figaro résume : est saisie «la moindre opportunité de faire rire. Le comique l'emporte souvent, si bien que Don Salluste perd en noirceur ; et le drame, son aspect crépusculaire. Jérôme Kircher, le vrai Don César, buveur et philosophe, «fort en charivari» tient ainsi davantage du bouffon que du seigneur déchu. La salle s'esclaffe dès qu'il apparaît.»

Bien sûr, toute modernisation de la mise en scène n’est pas à rejeter en elle-même. Mais j’ai eu le sentiment désagréable que celle-ci confondait démocratisation et démagogie. Dommage.
 
«Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là
Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ;
Qui pour vous donnera son âme, s'il le faut ;
Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut.»
Ruy Blas, Victor Hugo

Jusqu'au 22/12/12
 
TNP
8 place Lazare Goujon
69100 VILLEURBANNE

5 commentaires :

  1. Les décors! Les décors ! Je ne vois que les décors !

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  2. En somme, du sublime et du grotesque chers au grand Victor, le TNP n'a retenu que le grotesque ? Don César m'a toujours fait rire, mais à te lire j'ai l'impression que la pièce perd beaucoup de la noirceur qui fait aussi tout son intérêt.

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    1. Je crois qu'avec un tel sens de la formule, tu as tout résumé. Hormis, heureusement, le réquisitoire de Ruy Blas contre la politique des Grands (acte III, scène 2) qui reste déclamé comme il faut qu'il le soit à mon sens avec emphase et gravité.

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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