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25 février 2013

Hugh McVey, "Pauvre Blanc" et héros malgré lui de l'industrialisation américaine

Autant le dire d’emblée : avant de lire «Pauvre Blanc», je ne connaissais pas du tout son auteur.  Les lecteurs assidus de Faulkner le connaissent peut-être davantage car comme lui, Sherwood Anderson (1876-1941) est  un écrivain qui s’est intéressé aux petites gens, et le premier a dit du second qu’il était «un géant parmi les pygmées».

Anderson est ainsi un écrivain américain important, mais cette importance a été reléguée
, longtemps, à l’influence qu’il a eu sur la génération suivante d’écrivains, la «lost generation» (Hemingway, Fitzgerald).

Son œuvre s’inscrit dans la fin du XIXème siècle américain, une fin de siècle qui voit le progrès changer les gens, les paysages, toute l’Amérique. L’auteur se fait le chroniqueur de ces changements. Dans «Pauvre Blanc», qui paraît au Livre de poche en ce début d’année, Anderson raconte la mue d’une petite ville du MidWest - Bidwell - en cité industrielle.
 Comment, en quelques années, on construit usines et logements, et comment l’argent devient la jauge du mérite. Comment on passe des contes racontés le soir sur le pas des portes aux harangues des syndicalistes.

Le personnage principal, Hugh McVey, autour duquel s’articule cette fresque sociale est un «Pauvre Blanc», fils d’un propre à rien qui l’a laissé grandir comme une herbe folle sur les rives du Mississippi. Bien que tardivement il soit recueilli et éduqué, pour l’ancien vagabond mutique et décalé c’est trop tard pour apprendre vraiment à vivre parmi les hommes. Hugh devient un inventeur riche et respecté, mais il reste à jamais prisonnier de cette enfance malheureuse.

On est donc loin d’un récit sublimant l'édification de la puissance américaine comme «D’or et d’argent» de Kathleen Winsor. «Si épopée il y a, elle est ici de l’ordre du tragi-comique et du grotesque.» (Anne Ullmo)

«Dès le début, il servit le nouveau maître avec tout son dévouement, et il s’en trouva bientôt d’autres pour se joindre à lui. Les Morgan, les Frick, les Gould, les Carnegie, les Vanderbilt, serviteurs du nouveau roi, princes de la nouvelle foi, tous des marchands, nouvelle race de seigneurs, défièrent la loi de caste de l’ancien monde qui voulait que le marchand vienne après l’entrepreneur et ajoutèrent au désarroi des hommes en se donnant des airs de créateurs».

La situation de Bidwell, Ohio.
 
Merci à Clément P., agrégé d'Anglais, pour sa relecture.

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