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11 février 2013

Zonzon Pépette, Fille de Londres et d'André Baillon

À plusieurs reprises, j’ai tenté d’écrire cette note. Difficile de trouver les mots après avoir laissé la verve, le verbe d’André Baillon (1875-1932), anti-conformiste de l’entre-deux-guerres.
Alors je laissais reposer, reprenais le texte de «Zonzon» et… c’était pire. En en parlant, on m’a répondu : «on ne sort pas indemne d’un livre comme ça, non ?».

C'est tout à fait exact. Publié en 1923, «Zonzon Pépette, fille de Londres», raconte la vie misérable d’une prostituée dans les bas-fonds londoniens. Tout ce que décrit l’historien Dominique Kalifa dans «Les Bas-fonds. Histoire d'un imaginaire» constitue le lot quotidien de Zonzon : misère, vice, crime. Il y a tout ça, puisque c’est une fille de rien, une prostituée également voleuse, voire, bien pis - l'influence de Dostoïevski est omniprésente...
Zonzon s’habille et se déshabille vite : «Un coup de pouce au chignon, un coup de poing à la jupe, les mains au tablier où sont les poches, puis en route.» Elle arpente le trottoir, toujours «protégée» de loin par un souteneur qu’elle se choisit plus ou moins, dans une bande d’affreux jojos pour lesquels l’auteur semble avoir, pourtant, une infinie tendresse. Comme pour Zonzon. Ces hommes à qui il n’est jamais rien arrivé de bon ni d’agréable peuvent aussi être touchés par la grâce, ainsi l’un d’entre eux est frappé par l'innocence d’une jeune fille alors que, dans un moment d’égarement, il se surprenait dans le calme d’une église : «Qu’elle avait levé les yeux : qu’on voyait là-dedans du bleu, qu’il vint là-dessus le brillant d’une larme. Qu’il avait pensé à des choses… Qu’il avait dit : Bon Dieu serait-y vrai que t’es pas un salaud puisqu’on rencontre de tes anges ?».  André Baillon disait de ses personnages : « de pauvres bougres avec leur cœur ».
 
Aussi incroyable que ça puisse paraître tant ce roman réaliste est sombre, dans cette bande du Cercle ils sont parfois tellement libres qu’on croirait presque qu’ils sont heureux. Mais non ce n’est pas possible, car ils ne savent pas faire, alors après quelques jours d’hébétude, ils se foutent à nouveau sur la gueule. C’est parce qu’il y avait les dessins de Roxane Lecomte, je crois, que je suis arrivée jusqu’au bout de la nuit de Zonzon, de sa chienne de vie. La dame au chapal (pseudonyme de R. Lecomte) semble vouloir nous aider à voir la lumière de/dans tout ce noir, en ouvrant la perspective d'un décor est finalement surtout suggéré par la langue, par l’argot. Les très nombreuses illustrations - une par chapitre - insufflent une respiration fort bienvenue.

Si vous voulez tenter votre chance avec Zonzon, il ne vous en coûtera pas bien cher : 0,99 l’ebook grâce à Publie.net (que vous pouvez lire en ligne si vous n’avez pas de liseuse/tablette).





♦ Zonzon Pépette de André Baillon, illustrations Roxane Lecomte - Publi.net 2012
 
♣ Les Bas-fonds. Histoire d'un imaginaire de Dominique Kalifa - Seuil 2013
 
♠ À signaler également, la parution échelonnée des oeuvres complètes d'André Baillon par les éditions Cambourakis, le deuxième volume Baillon 2 vient de paraître (janv.13) et contient Zonzon.
 

 
  Illustrations reproduites avec l'aimable autorisation de l'auteure - Merci !

4 commentaires :

  1. Super article, merci pour cette découverte !!

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  2. Merci pour cette belle page et aussi pour ces illustrations de chapitres qui me plaisent beaucoup, notamment dans le travail sur la typographie.
    Je me permets de compléter la bibliographie en indiquant qu’il est possible d’écouter ou de podcaster l’émission que le 5 janvier dernier, sur France-Culture, Jean-Noël Jeanneney a consacrée aux bas-fonds avec justement pour invité Dominique Kalifa, professeur à la Sorbonne.

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    1. Tout à fait ! Émission passionnante à retrouver ici : http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-les-bas-fonds-disparus-2013-01-05

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