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13 mars 2013

Automne : variation sur l'universelle mélancolie suscitée par l'arrière-saison

«Automne» («Dockwood»), est un roman graphique plus qu’une BD. Cette œuvre a récemment obtenu le prix «Révélation» au 41ème Festival de la bande dessinée d’Angoulême, très belle distinction.

Sur le thème de ce que l’arrivée d’une nouvelle saison change dans la vie des gens, Jon McNaught continue à tracer son chemin d’une fausse simplicité
, déjà à l’oeuvre avec l’album «Dimanche», dénué de contexte et au référentiel géographique flou.

«Automne» semble de prime abord tout aussi épuré que «Dimanche» mais en fait, il ne faut pas s’y laisser prendre : il s’agit plutôt d’un ensemble suranné, mélancolique, qui rend le récit intemporel. Il pourrait se dérouler aujourd’hui mais hier et aussi demain, ici ou là, dans ce pays-ci mais aussi dans un autre pays : la vaisselle se fait à la main, à l’époque du lave-vaisselle, comme pour souligner que les changements de techniques n’ont pas tant qu’importance que cela dans ce qui fait l’essence de l’existence. Des gestes simples, travailler, se nourrir, s’occuper des autres. Et l’automne est partout faite de ces tons marrons et bleus délavés.

Jon McNaught
  
L’épure est donc un leurre, l’omniprésence publicitaire est là pour la démentir : les panneaux de réclame qui miment le rythme des saisons sont autant de mensonges qui invitent, incitent au bonheur. Bonheur démenti par la solitude ambiante, l’incompréhension entre les gens, la monotonie d’une petite ville suburbaine… Pour l’auteur le bonheur est plutôt à rechercher dans la contemplation des véritables variations des saisons : celles de la Nature, en ville dans les espaces interstitiels où réside la beauté et où on peut la repérer, si on y prête attention.

Jon McNaught
 
Avec un art délicat de l’ellipse et de la suggestion, «Automne» propose ainsi un graphisme et une histoire d’une émotion sensible. On est forcément admiratif du travail sur les ombres, sur les contours, les reflets (eau, surfaces, vitres, tout est prétexte à renvoyer, à faire miroir).

Certains reprochent à l’auteur la brièveté de l’album, la liberté qu’il laisse à l’interprétation du lecteur. Je prends cette liberté comme celle que donne Gide à la fin des Nourritures Terrestres : «Nathanaël, à présent, jette mon livre.»


«Automne» de Jon McNaught - Nobrow 2012, réédition 2013


Album lu dans le cadre de l'opération "La BD fait son Festival" organisée par PriceMinister. Dans ce cadre, je dois attribuer une note, chose que je ne fais pas d'habitude mais qui est nécessaire cette fois-ci. Ce sera 17/20 pour Automne !

Note : les planches sont en anglais car j'ai préféré utiliser les propres clichés du site de l'auteur.

6 commentaires :

  1. J'ai failli choisir cette BD dans le cadre de "la BD fait son festival", les dessins me plaisent beaucoup! ;o)

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    1. Ah ! Quelle sera la tienne ? Aurons-nous bientôt la primeur de ta critique ?

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    2. Euh, je ne sais pas car j'ai demandé celle qui était envoyée en dernier par l'éditeur (rupture de stock) et je ne l'ai toujours pas reçue!!!

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  2. Moi je découvre tt simplement et je trouve ça chouette même si tristounet

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  3. Belle opération ! Graphisme à mon goût mais uniformité de couleurs qui me rendrait vite neurasthénique ! J'imagine que l'on a presque hâte de s'extraire de cet univers, si intéressant soit-il.

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    1. C'est toute la question de la mélancolie, faut-il seulement flirter avec elle, y succomber, s'y perdre... Je te propose de lire "L'encre de la mélancolie" de Jean Starobinski , paru au Seuil récemment : http://www.seuil.com/livre-9782021083514.htm (un devoir de plus ;))

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