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24 mars 2013

«Le temps des trains plutôt que le temps des morts.»

«Suite à un accident grave de voyageur» est … Mais qu’est-il au juste ? Roman ? Nouvelle ? Forme brève, c’est certain, 64 pages.
 Comment pourtant décrire ce livre ?

C’est un essai qui prend la forme de la littérature, ou la littérature qui prend la forme de l’essai. Peu importe. C’est un livre dans lequel l’auteur, Éric Fottorino, raconte à la première personne du singulier son émotion à l’annonce du décès des suicidés du rail.

C’est un livre qui parle de ces gens qui choisissent de se faire déchiqueter par un train. Plus particulièrement, de ceux qui se tuent sur la branche du RER A qui se termine à Cergy Le Haut.
Cette ligne, je la connais bien. Comme lui, j’ai longtemps habité près d’une de ses dernières stations. Comme tous les Français, mais surtout les Franciliens, je la connais bien, cette annonce : «Suite à un accident grave de voyageur, le trafic est interrompu/perturbé…». Ces accidents, ce sont souvent ceux de «ce non-lieu qu’est la banlieue».
 
«Les gens qui n’ont rien dans le cœur pensent que les suicidés n’ont rien dans le ventre.» p.42

Ce livre est, à sa façon, un manifeste contre l’indifférence à ces morts innommé(e)s. Des morts dont on tait à la fois le nom et la réalité du décès. Ces mots, «manifeste contre l’indifférence», sembleront sûrement à certains grandiloquents, ce sont simplement les miens pour dire ma propre émotion à lire ces lignes qui évoquent ces «accidents graves de voyageurs». Des lignes qui donnent une dignité, un visage à ces disparus.
En écho à Durkheim, Fottorino rappelle que le suicide est un fait social. Et rend hommage à ces morts que l'on refoule.

«L'accident de personne n'est vraiment l'accident de personne.» p.30

4 commentaires :

  1. J'ai entendu parler de ce livre il y a quelque temps au masque et la plume. Je suis une "usager", non pas du RER A mais d'un train de banlieue. Et quand il y a un problème sur la ligne, dans notre petit train train quotidien, on pense : retard, enfants à récupérer, galère....Il est bon de prendre un peu de recul et d'avoir un angle de vue qui bouscule un peu tout ça. Je n'achète pas souvent les dernières nouveautés, mais celui-là je vais le lire !

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  2. Rien que de lire l'article, j'ai froid dans le dos ! Je souhaite avoir le courage de lire cet ouvrage ...

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    1. C'est difficile de rendre compte d'un livre comme celui-ci. Si j'en dis plus, cela vous en dira trop... Mais c'est un livre qui aborde un sujet difficile avec grand respect. Si j'ai utilisé un verbe dur, évocateur, dans la chronique c'est que l'écrivain, justement, demande de se dessiller les paupières. Mais cela n'est pas le ton général du livre, si c'est cela que vous vous demandez...

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  3. Je ne connaissais pas ce livre. Je le rajoute à ma liste, le sujet m'intéresse. Encore jamais lu cet auteur (que d'ailleurs je confondais avec Pascal Fioretto).
    bonne soirée
    bises

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