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29 avril 2013

"On ne dessine jamais assez", disait le peintre Jean-Jacques Henner...

La visite du Musée Jean-Jacques Henner n’était pas prévue lorsque je l’ai faite. Je voulais aller au Musée Jaquemart-André, rêver à Venise. Mais cela impliquait plus d’une heure et demi de queue pour relativement peu de rêve au milieu d’une foule très dense. J’ai donc traversé le parc Monceau et c’est au Musée Henner que j’ai rêvé «Sensualité et spiritualité». C'était il y a plusieurs mois déjà... Mais l'exposition se termine bientôt, en juin, le 17 même, donc il est grand temps que j'en parle.

Jean-Jacques Henner (1829-1905) n’est pas un artiste très connu du grand public aujourd’hui. Et pourtant il fut longtemps considéré comme un peintre majeur, et un de ses tableaux a particulièrement marqué son temps. En effet, il a peint en 1871 une toile célèbre : «L’Alsace. Elle attend», après la perte de ce territoire transféré à la souveraineté allemande. «L’Alsace. Elle attend» a fait l’objet d’une diffusion patriotique et nationaliste intense. Le cartel indique que Gambetta la désignait comme «sa fiancée». Ce petit tableau est visible dans le musée, au premier étage et c'est à lui tout seul une grande leçon d'Histoire.
Ceci étant, la célébrité dont cet artiste a joui était sans doute encore davantage due à ses nus de rousses, magnifiques tableaux empruntant à Rembrandt mais aussi aux préraphaélites pour dégager des silhouettes à la peau de lait entourées par des halos de cheveux…


Jean-Jacques Henner, Madeleine dans le désert, 1874


 «Sensualité et spiritualité», est un accrochage proposé jusqu’au mois de juin 2013. L’exposition est présentée ainsi : «Composée de cent quatorze oeuvres, peintures et dessins, elle a l'ambition de renouveler le regard porté sur la peinture religieuse de Jean-Jacques Henner. Grâce aux prêts importants consentis par plusieurs institutions françaises et à la collection du musée, elle permet de saisir comment Henner aborde le sujet religieux, entre représentation sensuelle et profonde spiritualité.»

Ce n'est, heureusement, pas une exposition pour laquelle il faut acheter ses billets à l'avance. L'admiration qui vous saisit devant la beauté des toiles réclame une certaine solitude, dont on dispose à loisir. Et si on peut déplorer que le Musée, rénové depuis 2009, ne soit pas davantage fréquenté, égoïstement on profite de cette discrétion pour goûter cette recherche de l'absolu autant que de la perfection artistique.

«Sensualité et spiritualité - La recherche de l’absolu»
edit juillet 2013 : l'exposition est prolongée jusqu'au 16 septembre 2013 
Musée Jean-Jacques Henner
43, avenue de Villiers
75017 PARIS

Jean-Jacques Henner, Le Bon Samaritain, 1871-1872

26 avril 2013

Rencontre avec l'auteure de Maine, J.Courtney Sullivan

Hier, critique du livre «Maine» de J. Courtney Sullivan. Aujourd’hui, je vous raconte ma rencontre avec l’écrivaine !
La semaine dernière, il a fait beau une seule journée, le mercredi 17 avril donc. Ce soir-là, j’avais rendez-vous, avec quelques autres blogueuses dans un hôtel de Saint-Germain-des-Prés, à l’aimable invitation de l'éditeur Rue Fromentin.

J.Courtney Sullivan - Paris, avril 2013 (photo : © vivelaroseetlelilas)

J’étais en avance, et Courtney est descendue elle aussi un peu avant le début de l’interview. Immédiatement la romancière discutait, très simplement, de littérature et de féminisme. Pour elle, se dire féministe reste encore plus difficile aux États-Unis en général qu’en France, même si NY constitue évidemment une exception. Elle se sent comme moi confrontée à ce désintérêt de notre génération pour le féminisme, comme si nous n’étions plus concernées, comme si c’était derrière nous, du passé, alors qu’il reste tant et tant à faire… Et elle n’en oubliait pas de me demander ce que je faisais dans la vie. Une politesse tellement américaine, nous qui oublions de demander à nos propres amis s’ils vont bien.

Plus tard, alors que nous étions tous assis, elle a parlé de la couverture française, sa préférée a-t-elle dit. Nos questions à tous se sont complétées et l’auteure a répondu avec enthousiasme et franchise. Sa disponibilité m’a fascinée. Elle écrit depuis toujours, a reçu assez tôt des prix littéraires, notamment à Smith, son université, et a gardé de son métier de journaliste une grande rigueur dans l’organisation de son travail. Quand elle ne pouvait pas se consacrer entièrement à la fiction elle écrivait le soir et le WE. Maintenant, évidemment c’est différent. Elle a même délaissé le crayon pour le clavier.

Parmi bien d’autres questions, nous lui avons bien sûr parlé de cette récurrence du chiffre quatre pour les personnages principaux, et elle nous a répondu qu’au départ, non ça n’était pas du tout prévu comme ça, recommencer cette narration expérimentée dans «Les Débutantes». Qu’en fait, quand elle a commencé à écrire l’histoire de cette famille, elle a essayé du point de vue de plusieurs, de beaucoup de ses membres même, plus ou moins proches et puis au fur et à mesure certains sont devenus davantage nécessaires que d’autres, enfin certaines puisqu’elle n’a gardé que des femmes. Les personnages primordiaux se sont imposés naturellement, notamment celui de l’outsider, Ann Marie, «la pièce rapportée» qui permet de prendre de la distance avec les Kelleher.

«Maggie avait oublié à quel point sa mère avait tendance à recentrer n'importe quelle conversation sur elle-même, surtout s'il était question de la famille.»

Et d’ailleurs, son prochain livre, qui paraîtra aux États-Unis en juin : “The Engagements”, porte aussi ce chiffre au cœur de son intrigue, puisqu’il s’agira de l’histoire de quatre couples ! Cela se passe sur cent ans donc évidemment il s’agira des bouleversements de l’institution lors du siècle passé mais il y a aussi le diamant qui y tient une place de choix… Et là je ne vais pas trop vous spoiler ! Par contre, je peux vous dire que cette fois, il y a aura un personnage masculin de premier ordre, ce qui sera une grande nouveauté !
Sur cette prédominance écrasante des femmes dans ses romans, elle a rappelé que ça n’était pas plus difficile de se mettre dans la peau d’un homme que dans celle d’une vieille femme comme Alice, de faire s’incarner une personne âgée... Et elle a ajouté, fidèle à ses convictions : «et puis, de toute façon, les femmes n’ont pas eu assez de place depuis toujours, alors leur en donner beaucoup dans mes livres, ce n’est qu’une infime compensation !»

Nous lui avons parlé de ce qui a inspiré «Maine», et de la part de la réalité et de la fiction, ce qui l’a fait rire. Bien sûr, elle a répondu s’être réellement inspirée de cette fierté familiale irlandaise, de certaines des coutumes qui ont perduré dans sa famille, chez certains qui sont vraiment passionnés par les traditions alors que d’autres s’en moquent éperdument.  Selon elle, dans cette communauté irlandaise l’alcool (qui tient une grande place dans «Maine») est un bon exemple de cette reproduction ou non des schémas familiaux, assez binaire : reproduction ou rejet.
Elle a raconté que ce qu’elle a tiré de sa propre famille ce sont plutôt des expressions, des tics de langages, des habitudes, des valeurs, des façons d’éduquer et de vivre, elle a puisé dans ce fonds communautaire mais il n’y a pas de décalque de proche.

Je trouvais que finalement, le personnage de Maggie lui ressemblait : une jeune femme, écrivaine, à New-York, écrivant contre son gré des bêtises au sujet de la drague… Mais elle dit que c’est une question qu’elle a vu surgir dans bien des interviews, car eh bien c’est sûr tout le monde quand est sorti «Les Débutantes» lui demandait laquelle des quatre filles elle était, alors qu’elle était un peu toutes les 4 à la fois, et maintenant on lui parle de cette ressemblance avec Maggie mais finalement celle-ci n’était pas si volontaire que cela ! Et ce n’est pas le personnage pour lequel elle a eu le plus d’empathie : c’est à Ann Marie, au bout du compte qu’elle s’est le plus attachée. Il faut dire qu’au début c’est la femme parfaite, culpabilisante, et puis de plus en plus, au fur et à mesure on comprend pourquoi elle est comme ça, pourquoi elle agit comme elle le fait et cela la rend de plus en plus humaine et touchante.

Une rencontre que je n’aurais pas voulu voir se terminer !

«Maine», de J. Courtney Sullivan - Rue fromentin sortie le 2 mai 2013

Entretien en compagnie des blogueurs : Émily et son compagnon, Élodie, et Nina.

25 avril 2013

Maine : les névroses familiales sublimées en une fresque sociale et féministe.

J.Courtney Sullivan n’est pas de celles qui disent : «je ne suis pas féministe, mais…» comme sa compatriote interviewée en début d’année, la chanteuse Beth Hart. L’américaine mène sa lutte pour les droits des femmes depuis de longues années. Comme journaliste, comme romancière désormais. Elle continue par ailleurs à militer pour certaines associations.

Son premier roman, «Commencement», traduit par «Les Débutantes» en France, avait d’ailleurs clairement pour sujet le féminisme. Ce livre m’avait autant émue qu’interrogée, la détermination enragée d’April me parlant tout autant que le pragmatisme ou les doutes des trois autres femmes.
Plus les mois ont passé depuis ma lecture l’année dernière plus j’ai reconnu dans «Les Débutantes» un roman qui ne me quitterait plus. J’appréhendais presque autant que j’attendais impatiemment le deuxième livre de J.Courtney Sullivan, acclamée par la critique des deux côtés de l’Atlantique…

Dans le passé, j’ai rédigé des chroniques de disques, et après un premier album parfait, on craint presque la sortie du suivant. On ne veut pas être déçue, et imaginer que l’artiste se dépasse et ou se renouvelle semble impossible. Certains artistes ressentent cette pression et ne s’en remettent pas, ils en deviennent otages et restent à jamais associés à une seule et unique œuvre.

Mais avec «Maine», pour revenir à notre sujet, rien de tout cela.
J’ai eu la chance, grâce   aux éditeurs français de l’écrivaine - Rue Fromentin - de lire l’ouvrage avant même sa sortie en librairie. J’ai découvert un tout autre récit que celui qui était conté dans «Les Débutantes» et qui inscrit définitivement son auteure dans la liste des écrivains qui me sont, nous seront désormais incontournables et inoubliables.

«Maine», roman impressionnant par sa densité et l’analyse psychologique des personnages, est à la fois l’histoire d’une famille particulière, ces Kelleher, descendants d’immigrés irlandais, et la nôtre. Dans chaque famille, il y a des secrets, des remords, cachés dans les tiroirs, tapis dans la profondeur des consciences et enfouis sous les  regrets.

Nous commençons le livre et un été particulier avec Alice, femme froide et calculatrice, matriarche d’une famille désunie depuis la mort de son époux, Daniel. Nous poursuivons le récit de cette saison selon le même principe littéraire que dans «Les Débutantes» : les narratrices se succèdent. Nous découvrons les pensées de Kathleen, sa fille aînée, mouton noir rejeté, de Maggie, fille de celle-ci et celles d'Ann Marie, belle fille d’Alice et belle-soeur de Kathleen. Alors que Maggie est écrivaine à New York, sa vie amoureuse est désastreuse tandis qu’Ann Marie accumule les tâches domestiques pour mieux oublier sa propre existence. Kathleen, fille préférée de Daniel, s’estime arrivée à une maturité qu’elle ne pensait jamais toucher du doigt.
De nouveau donc, quatre femmes. Leurs voix sont bien différentes, mais elles finissent par s’entremêler pour dire la violence des rapports familiaux, celle des liens du sang. 


«Cette phrase la terrifia. Elle avait vu trop d'Alice en elle-même - sa mesquinerie, ses jugements trop durs, son goût pour les disputes ou la colère. Il y avait des mots qu'elle était incapable de prononcer sans ressembler à sa mère.»


Mise à part Alice, qui sait sa fin proche et que l’on connaît dès les premières pages de la somme que représente le roman, aucun membre de la famille ne peut deviner que c’est le dernier été qu’ils passeront entre les murs de leurs souvenirs, dans cette demeure du Maine...
 
Cette fois, le féminisme de l’auteure n’est pas littéral. Il passe par la comparaison des destins d’Alice et de Maggie, «car Maggie finalement c’est Alice, ce sont les mêmes femmes, mais pas nées à la même époque» dit l’auteure.

J.Courtney Sullivan est une très grande écrivaine. Elle ne nous prend pas par la main : il faut se faire son arbre généalogique mental des Kelleher au départ, sans grande aide. C’est un tout petit prix à payer pour être immédiatement plongé dans les intériorités des personnages, de ces femmes qui se parlent tout en ne communiquant pas véritablement, et pour que ce dialogue de sourds nous captive.
Plus rien n’existe alors que les sanglots de Maggie et le vertige existentiel d’Alice.


«Parfois, il lui semblait que la génération précédente avait eu le loisir de commettre des erreurs, puis de rebondir. Maggie, quant à elle, avait toujours eu l'impression qu'un seul pas de travers risquait de ruiner toute son existence.»

«Maine» de J. Courtney Sullivan - Rue fromentin sortie le 2 mai

Nota bene : vous avez bien lu : j’ai parlé à Courtney ! Un second billet viendra demain compléter cette chronique littéraire, billet consacré à l’interview !

24 avril 2013

Le sexe sous la IIIème République au menu du Prix Martin, comédie de Labiche

«Le prix Martin» est l’une des dernières pièces de Labiche. Méconnue, elle est pourtant opportunément jouée actuellement à l’Odéon, mise en scène par Peter Stein. 
Pourquoi opportunément ? Parce qu’il n’est question, sous des dehors surannés, que de genre, de sexe, d’amour et d’avec qui on fait le fait, sujet qui agite douloureusement notre sphère publique, plus que jamais... 
 
C’est tout l’objet de la pièce que ce sexe dont ne veut plus Loïsa avec Martin mais toujours davantage avec son amant, Agénor Montgommier, qui lui-même en est lassé. Ce sexe des jeunes mariés Bartavelle, dont le désir exposé et revendiqué est à la fois moqué et volontairement ignoré : ça va passer, semblent-ils tous dire.
Et … que dire de cette amitié entre l’amant de la femme de Martin  - Agénor donc - et ce dernier ? On s'en pose, de ces questions...

 
Pour Flaubert, cette pièce était du Molière. Jouée par l’excellent sociétaire du Français Laurent Stocker dans le rôle de l’amant et le grand Jacques Weber dans celui de Martin, dans un décor sobre, cette amitié à la limite du déshonneur est tout à la fois raisonnable et complètement déraisonnable,  grandiose et touchante.
Et puis et puis, un salut bas à Rosa Bursztein qui dans le rôle de Bathilde Bartavelle foule déjà avec grâce et spontanéité les planches d’une institution qui sait rester jeune malgré son âge vénérable.

Jacques Weber, Rosa Bursztein et Julien Campani - extrait du programme

Je vous dirai rien de l’explication du titre, car vous perdriez toute la drôlerie de la chose. Allez donc vous amuser à l’Odéon, ou lisez la pièce : je raconte mal les plaisanteries !

«Le prix Martin» de Labiche - jusqu’au 5 mai 2013
Odéon Théâtre de l’Europe
Place de l’Odéon
75006 PARIS

23 avril 2013

Concours : Vous prendrez bien une tasse de thé ? Les résultats !

 
Voilà enfin l’heure des résultats. Vous avez été très nombreux à consulter la page et les règles du concours que nous organisions durant deux semaines avec le Maître Infuseur, Honoris Causa, mais, en fait, assez peu à répondre. Il s’agissait d’associer une œuvre évoquée sur le blog et un thé de la maison Honoris Causa.

J’ai choisi deux participations, parce qu’il le fallait bien, n’est-ce pas, parmi ceux et celles qui avaient répondu ET qui avait bien pensé à s’inscrire à la newsletter, certain-e-s ont oublié ! En tout cas, merci à toutes et tous d’avoir joué le jeu !

Sans plus attendre : ce sont Marie et Sophie qui gagnent chacune le thé qu’elles ont mentionné dans leurs compositions…

Sophie le thé Joli Coeur : Les roses, les lilas, Rome, l'amour, le romantisme, un joli coeur… J'associe le film «To Roma with love» de Woody Allen au thé «Joli coeur», hymne à la séduction et à la Saint-Valentin…

 
et Marie le thé Rose de Jade : Le livre de Kéthévane Davrichewy a réveillé chez moi tous les sentiments qui naissent au moment des amitiés adolescentes et la tristesse qui peut arriver ensuite lorsqu'elles cessent ou se délitent lentement. J'ai lu ce livre en buvant du thé et en pensant à ma meilleure amie. Le thé qui lui irait le mieux serait probablement Rose de Jade, thé féminin!

D’autres bien belles et originales participations sont à relever :

Laurent : Dans le billet consacré au Tir aux pigeons de Nancy Mitford, on lit : «Elle va ainsi régulièrement prendre le thé au Ritz, échafaude avec malice des plans pour séduire le fringant Rudolph Jocelyn et en éloigner sa rivale, la princesse Olga Gogothsky» d'où l'idée qu'elle va boire un «Chakhi-Guria» de Géorgie.

Lucie : Allez on se lance puisque j'aime désormais le thé! Belle sélection chez Honoris Causa. En plus établis à Arcachon, il ne m'en faut pas plus!
J'associe donc le thé blanc chinois Aiguille d'argent aux œuvres de Joana Vasconcelos exposées à Versailles. Hommage aux petites mains de l'atelier de l'artiste, grâce à qui, par le truchement de nombreuses aiguilles, les chimères géantes, mordorées et multicolores, ont vu le jour...

Alexis : Oui, avec plaisir, et pourquoi pas du Ti Kuan Yin ?
Ce thé bleu de Chine, qui m'évoque le bleu des œuvres de l'artiste Chinois Yue Minjun ...

Louise : Chère Rose-Lilas, Cher Honoris Causa,
Voici ma tasse de thé idéale pour ce mois d'avril.
Des températures fraîches, la promesse d'un nouvel amour, une excursion en montagne, le doux frottis du cerf contre le lichen naissant.
J'opte donc pour une lecture de «Tout sauf l'amour» accompagnée d'une tasse de «Neige de Printemps».
J'allie ainsi un chemin littéraire et imagé dans le Vercors au bien-être procuré par le cédrat et la fleur de pêcher.
Après l'effort, le réconfort, et après le long chemin ardu dans les montagnes, la quiétude d'un infusion matinale !

Christian : L’année dernière vous écriviez que «les personnages de Bennett font des choses parfois immorales, souvent décalées, mais toujours entre deux tasses de thé, et éventuellement après avoir pris soin de terminer le chapitre du livre en cours de lecture».
Vous nous suggériez même «un peu de Darjeeling» ! Je propose donc un «Vallée des Brumes» avec cet auteur. Il se trouve que j’habite Bordeaux et que votre billet m’ouvre des horizons !

Marie-Noëlle : J'associe le thé «Citron thé noir» avec l'article «Palm Springs» le pastel californien : c'est pour le côté acidulé...

Chloé : En attendant de lire avec impatience «Zonzon Pépette» d'André Baillon... J'associerai donc l'ambiance de ce moment de lecture à un thé noir, j'ai désigné «Lune rousse» : «La tasse se révèle voluptueuse, sucrée, et féminine. En un mot: envoûtante…»

Jacqueline : J'associe le thé «English breakfast» à l'article sur le roman de Nancy Mitford «Tir au pigeon». Ambiance anglaise assurée.

Emmanuelle : So british, isn’t it ?
Je lirais «So Shocking» de Alan Bennett en savourant un délicieux Rose-thé accompagné d'une part de tarte à la rhubarbe.

Amandine : Bonjour Bonjour,
Puisqu'il en faut bien une (oeuvre), parmi toutes celles citées, je choisis le film très savoureux «Moonrise Kingdom» dont la sortie DVD était rappelée le 15 octobre dernier par La rose et le Lilas.
Et puisqu'il en faut bien un (thé), je choisis le thé «Reflets dans l'Eau», décrit ainsi «Rafraichissant, pétillant et lumineux, taquin comme un reflet dans l'eau, et vivace comme le souvenir d'une après-midi d'été…».
Et cette association me donne bien envie d'essayer d'ailleurs !

Anne-Laure : Le thé «Rose thé», par la couleur de son sachet (aspect rose-bleuté des images) m'a fait penser à l'article de "Vive la rose et le lilas" sur la BD : Automne.

Élodie : Le thé du soir dénommé «Charleston» m' a rappelé la couverture du livre de Vita Sackville-West : «Infidélités», livre que j'ai découvert grâce à Vive la rose et le lilas.


22 avril 2013

Un Malentendu à Moscou : actualité de Simone de Beauvoir

Simultanément sont parus en début d’année 2013 un numéro des Cahiers de l’Herne consacré à Simone de Beauvoir, et une longue nouvelle, écrite en 1965, « Malentendu à Moscou », aux Carnets de l’Herne.
 Je me réserve pour des temps moins tumultueux la consultation de la somme du numéro des Cahiers de l’Herne, ces magnifiques ouvrages de références ne peuvent être compulsés que l’esprit libre… Entretiens, études, manuscrits, témoignages et correspondances inédites nécessitent une belle concentration !


Il est plus facile de se plonger dans la réédition de « Malentendu à Moscou », dont Simone de Beauvoir tira plus tard « L’Âge de discrétion ».
Ce texte avait été publié pour la première fois en 1992, dans la revue Roman 20-50. 


Dans ce livre, un couple d’intellectuels retraités, Nicole et André, est en voyage en Russie. En URSS plus précisément, dans les années 60. Inutile de dire que l’auteure s’est inspirée des voyages qu’elle a fait avec Sartre pour dépeindre leurs déconvenues comme leurs doutes.
La vie de Nicole et d’André est derrière eux, reste leur couple. En crise… Simone de Beauvoir, alternativement, se place du point de vue de la femme et du mari. Cette crise est-elle bien celle de leur couple, ou bien n’est-ce pas leurs propres inquiétudes existentielles qui envahissent l’amour qu’ils se portent l’un l’autre ? Car c’est aussi l’Histoire qui est en cause ici, la déception que cause la vision d’un socialisme intermédiaire, leur tourisme limité et encadré, même adouci par les manœuvres de Macha, la fille d’André (mais pas l’enfant de Nicole). C’est par elle qu’arrivent la plupart des crispations de Nicole, les retrouvailles de la première avec son père étant d’une chaleur qui agace la seconde. André et Nicole peinent à se comprendre durant ce voyage, même et peut-être à cause du temps qui passe.
 
 
Simone de Beauvoir

 
 « Malentendu à Moscou » a servi a Beauvoir pour écrire « L’Âge de discrétion », mais ce second texte abandonne le point de vue masculin. La visée est très différente mais j’ai beaucoup apprécié cette alternance de points de vue : cette technique permet à l’auteure de laisser le lecteur arbitrer entre Nicole et André. J’y ai vu une ruse malicieuse de Simone de Beauvoir, puisque chacun, a, bien entendu, raison.
C’est un très beau texte que je vous recommande vivement. Le début de la nouvelle, spécialement, est une mine à aphorismes et recèle des phrases que l’on ne peut s’empêcher de lire et relire, noter, souligner,… Je vous en livre deux, en vous conseillant de trouver celles qui vous toucheront le plus. 

 «Depuis 62, il avait perdu toute prise sur le monde et c’était peut-être pour cela qu’il s’agitait tant : parce qu’il n’agissait plus.» (p.30)
 
«Cette curiosité, qu’elle avait gardé presque intacte, ne lui semblait souvent qu’une survivance maniaque : à quoi bon puisque les souvenirs tombent en poussière ?» (p.40)

19 avril 2013

Interview de Stéphanie des Horts : faire de la légende un être de chair et de sang

Cette semaine consacrée au roman de Stéphanie des Horts (après la présentation générale, et la critique) prend fin en beauté avec les réponses de l'écrivaine à mes interrogations... Bonne lecture !

1- «Le secret de Rita H.» est votre seconde biographie. Dans «La Panthère», lorsque vous racontiez l’extraordinaire destin de Jeanne Toussaint, vous adoptiez un ton légèrement moins emphatique. Est-ce parce que Rita Hayworth est un tel «monument» qu’il fallait absolument la rendre proche du lecteur ? Est-ce simplement dû aux caractères, très différents, des deux femmes ?

Tout simplement car je crois donner là au lecteur mon livre le plus personnel. La magie de la littérature fait que cela fonctionne. J'ai trouvé en Rita, la femme que je suis et je me suis totalement identifiée à elle. L'amour qu'elle a pour Orson est le mien, ses doutes sont les miens aussi, cette idée d'être totalement décalée dans certains milieux, c'est moi aussi. J'ai voulu que Rita vive à nouveau et pour cela, je me suis totalement immiscée en elle et c'est comme si c'était mon sang qui coulait dans ses veines pour la faire bouger, chanter, jouer. Dire "je", ce n'est pas anodin, choisir de ressusciter quelqu'un non plus. Le moindre que je pouvais faire à Rita était de lui restituer sa chaleur et cela un narrateur omniscient a plus de mal qu'un narrateur à la première personne.

2- Votre livre est une biographie intimiste. Pourtant, on sent que vous vous êtes entourée de toute la documentation nécessaire. N’avez-vous pas été parfois débordée par la masse de sources disponibles, d’images, d’articles ? Ou bien au contraire est-ce facile à gérer pour un écrivain ?

Non, je me suis cantonnée à quelques sources seulement. Sur Orson, il y a des foules de choses mais pas sur Rita. J'ai lu les biographies des 3 personnages principaux Rita, Orson Welles et Ali Khan. Puis je me suis plongée dans les archives de Match - là j'ai eu la chance d'être aidée par l'assistante de Gilles Martin Chauffier  que je remercie en fin d'ouvrage - et j'ai vu tous les films de Rita et d'Orson. Ensuite, j'ai mis tout ce que j'avais en moi. J'ai orienté cette biographie plus sur les hommes de la vie de Rita, sur sa maladie. C'est la femme que je dépeins plus que l'actrice. Il ne s'agit pas de faire une énième explication du cinema de ces années-là mais juste de rendre hommage à une femme extraordinaire et malheureusement oubliée.

3- Pourquoi elle ? Pourquoi Rita, pourquoi Gilda ? Qu’est-ce qui vous a poussé à passer autant de temps avec la mémoire de cette actrice et pas celle d’une autre ? Et pourquoi pas Bette Davis ? Ou Katharine Hepburn… Joan Crawford…

Parce qu'avec une autre cela n'aurait jamais marché, je ne me serai pas reconnue. Bette Davies est trop hargneuse, Joan Crawford me fait peur, Katherine Hepburn ne m'a jamais plu, Grace Kelly glaciale, Kim Novak, trop molle ... Rita la femme, c'est moi, Orson l'homme que j'aurais adoré aimer, Ali de même. On ne peut pas être n'importe qui, vous parliez d'empathie plus haut, c'est plus que cela, il faut se fondre dans son personnage, devenir elle le temps d'un livre et plus encore. Elle est toujours là, je la porte en moi et je ne recommencerai aucun livre tant qu'elle me tiendra encore entre ses bras. Sa fragilité me bouleverse sa foi dans la vie envers et contre tout, sa beauté bien entendu. Et tous ces films extraordinaires ... L'admiration est là, l'émotion aussi. Je ne l'ai pas ressenti avec une autre actrice, juste avec Rita.

Le secret de Rita H. de Stéphanie des Horts - Albin Michel 2013 (photo : © vivelaroseetlelilas)

4- Vous sentez-vous « proche » de Rita Hayworth ? Est-ce un personnage dans la peau duquel vous avez facilement pu vous glisser, auquel vous pensez que l’on peut s’identifier, par certains aspects du moins, ou bien la regardez-vous plutôt comme un objet d’étude intrigant ? Peut-être ni l’un ni l’autre ?

C'est d'abord une femme, donc elle est si proche de moi, de nous. Un objet intrigant serait une actrice que l'on ne peut pas atteindre; mais c'est le contre-pied de ce que j'ai choisi de faire. J'ai voulu emmener le lecteur vers Rita, lui présenter, la femme, la petite fille en elle. Ses doutes et ses failles. Un objet d'étude, non, même si on se cantonne à l'actrice uniquement, on voit surgir la femme sous le masque du cinéma ...

5- Je crois déceler dans vos livres une admiration pour les destins hors-normes du XX° siècle, notamment dans vos biographies de femmes dont la vie exaltante n’a d’égale que leur renommée. Y a-t-il d’autres personnages historiques féminins (d’autres époques) qui suscitent également votre enthousiasme ?

Certainement, il y a des tonnes, Maggie Thatcher aujourd'hui, Anne Boleyn hier, Sylvia Plath, Vanessa Bell, Zelda Fitzgerald, Emmeline Pankhurst ... Qu'est ce qu'un personnage historique ? Une femme qui a imprimé son nom dans l'histoire parce qu'elle y a fait une chose extraordinaire ; je ne suis pas féministe mais j'aime que les femmes aient droit à la même place que les hommes dans l'histoire, dans la vie. Se battre pour exister sous prétexte que l'on est différent, c'est terrible comme inégalité.

6- Qu’est-ce qui vous pousse à écrire sur ces femmes, à dévoiler leur histoire / leur vie, mais aussi à la mettre en scène, à la magnifier ? Est-ce une sorte d’hommage ?

Un hommage, oui mais avant tout les faire sortir de l'oubli dans lequel les années les ont jetées. Nous sommes à une époque où tout va trop vite. Les jeunes regardent devant eux et ne sont pas intéressés par le passé, ni les œuvres du passé, ni les films, c'est terrible. Ma fille de 18 ans m'a dit : "Rita Hayworth qui c'est ?". Je souhaite combattre cela, faire en sorte que les légendes traversent le temps et ne soient pas des images sur papier glacé mais des êtres de chair et de sang. La littérature permet cette chose extraordinaire de pouvoir rendre leur vie à des personnages. Jeanne Toussaint, La Panthère est aujourd'hui connue par des milliers de lecteurs alors que personne ne savait que cette femme extraordinaire avait donné son âme à la maison Cartier. je souhaite que les gens se précipitent sur les films de Rita et qu'elle vive à nouveau dans leur mémoire.

7- Que diriez-vous à Rita Hayworth par-delà l’espace-temps ?

Pourquoi as-tu laissé partir Orson ?

8- Enfin, verriez-vous avec plaisir vos livres adaptés au cinéma ? «Le secret de Rita H.» ne ferait-il pas un bon biopic ?

J'en serai ravie et surtout j'adorerais en écrire le scénario. Autre exercice littéraire s'il en est puisqu'il plonge carrément dans la vie en supprimant la narration indirecte.
Amis réalisateurs, si vous nous lisez…

Prochaine signature et rencontre avec la romancière : mardi 23 avril, Café de la Mairie, au premier étage, à 20h30, place Saint Sulpice, dans le cadre des mardis littéraires de Jean-Lou Guérin

Et, encore, un grand merci à l’auteure !

17 avril 2013

Le secret de Rita H. : la biographie délicate de Stéphanie des Horts

Difficile de parler de Rita Hayworth. Qui ne connaît «Gilda», quel cinéphile n’a pas dans sa vidéothèque «La dame de Shanghai» ? Rita Hayworth, donc, est connue. Un euphémisme pour le sex-symbol des années 40, icône des GI et célébrissime actrice... 
Sur l’épouse d’Orson Welles, celle dont la presse à scandale relatait les mariages, les divorces, les liaisons, les relations orageuses avec les studios, on connaît sans doute l’essentiel, et même, sans doute, tout.

Mais si l’on sait tout de l’actrice, que sait-t-on vraiment de la femme, née Margarita Carmen Cansino, en 1918 ?
Bien sûr, les aficionados de l’actrice connaissent son histoire, les détails de sa biographie et de ses chagrins, et ils peuvent aussi facilement décrypter le titre qu’a choisi Stéphanie des Horts pour sa biographie de la star : «Le secret de Rita H.».

Quant à moi, je savais assez peu de choses finalement sur Rita Hayworth avant de lire le livre, et ce secret, si j’ai bien pensé le découvrir entre les lignes des premiers chapitres, les péripéties des suivants ont absorbé mes soupçons et ce n’est qu’aux dernières pages que, le cœur gros, j’ai lu que malheureusement, j’avais entrevu juste. Le pire est toujours sûr…

Stéphanie des Horts a vraiment réussi son livre. Tout en donnant force détails sur la carrière cinématographique de l’actrice, elle parle de Rita. Rita H. Rita H., à la fois Margarita Cansino, et Rita Hayworth.
Surnommée «la déesse de l’amour», l’interprète de Gilda, la partenaire de Fred Astaire, l’extraordinaire danseuse dans «Salomé» de William Dieterle, c’est dans ce livre une femme qui, à la première personne, s’exprime.

Le secret de Rita H. de Stéphanie des Horts - Albin Michel 2013 (photo : © vivelaroseetlelilas)

C’est la femme qui parle. Ce n’est pas Gilda, c’est Rita, Margarita, enfant, jeune femme, vieillissante, qui raconte, qui se rappelle, qui oublie, qui rêve et pleure. Qui dit le faste princier de ses plus belles années, notamment avec le prince Ali Khan, évoque les souvenirs de tournages («Arènes Sanglantes», «L’amour vient en dansant», «L’Affaire de Trinidad» etc), éloigne les réminiscences de son adolescence misérable, passée à danser dès treize ans dans des cabarets glauques. Des souvenirs, qui, malgré les soins de ses filles, ravagent sa mémoire alors qu’elle sombre dans la maladie d’Alzheimer.

Stéphanie des Horts lui prête sa plume. Elle lui rend une dignité qui lui a, toute sa vie, été extorquée par les hommes. Souvent la comparaison avec Marilyn Monroe m’est venue à l’esprit, surtout quand, à la fin, cette interrogation surgit : « Pourquoi toutes les femmes qui sont devenues célèbres par la beauté de leur corps ont eu une triste fin ? ». 

« Même avec Jim, je n’arrive pas à me construire. Il me considère comme son entreprise, il me pousse pour me faire fructifier. Il est comme les autres, il possède sa star de cinéma et il en use. »


Ce roman nous fait, bien sûr, revivre ces années incroyables du glamour hollywoodien et la vie trépidante de la jet-set de l’époque. Ceci toutefois à travers les yeux d’une femme paradoxale, incarnation de la sensualité à l’écran, mais dont la touchante vulnérabilité à la ville n’a ému aucun homme.

15 avril 2013

Cette semaine, du glamour et des larmes !

Eh oui. Je sais. Un titre un peu aguicheur, mais Rita Hayworth l'était, non ? Regardez-la, elle chante sur scène «Put the blame on Mame», elle est Gilda, elle va lancer un de ses deux longs gants si noirs dans l'assistance, subjuguée. Et maintenant elle est «Salomé», et elle danse. C'est un strip-tease des plus sophistiqués, une danse des sept voiles d’un érotisme troublant.

Et voilà, je m’autorise ce titre racoleur, comme je le disais, car Rita Hayworth a quand même été l’objet du désir de l’Amérique entière avant Marilyn, et je m’estime ainsi en droit de le faire !

Cette semaine est donc consacrée au livre et à son auteure, Stéphanie des Horts.
Je ne vous dévoile qu'à moitié le livre ! (photo : © vivelaroseetlelilas)

Pour son nouveau roman, l’écrivaine a choisi de raconter l’histoire de cette femme, actrice tour à tour adulée ou décriée. Comme vous le savez si vous suivez le blog depuis le début, j’ai eu la chance de rencontrer Stéphanie des Horts à la suite de mon premier billet sur un de ses romans.

Une belle rencontre avec des textes comme seules certaines femmes peuvent en écrire sur d’autres, une écrivaine qui manie le suspens et l’humour, très british dans l’âme. Capable de faire rire et pleurer, et qui vous tient en haleine tout au long de ses livres.
Et une aussi belle rencontre avec une femme qui m’a fait confiance, alors que le blog en était à ses débuts. Et qui continue de me faire confiance : alors que vous découvrirez la critique du livre mercredi, vous lirez ici-même vendredi une interview à laquelle elle a pris le temps de répondre.
C'est pourquoi, peut-être plus encore qu’à Rita, cette semaine lui est dédiée. ♥
 
Retrouvez ci-dessous d'autres billets consacrés à ses deux précédents romans :
«La splendeur des Charteris» et «Le diable de Radcliffe Hall» également publiés chez Albin Michel.
Les deux premiers ne sont pas chroniqués sur le blog, puisque je tente de me tenir à une certaine actualité. Mais vous pouvez dévorer «La Panthère», consacrée à Jeanne Toussaint, qui fuit sa Flandre misérable pour vivre les années folles à Paris, et devenir la maîtresse de Louis Cartier…
Quant à «La scandaleuse histoire de Penny Parker-Jones», elle vous amusera beaucoup si vous êtes adeptes des romans d’espionnage à l’humour noir maîtrisé !
 

12 avril 2013

Galops d'essai : une exposition très réussie du COMPA

Alice Dellal pour Karl Lagerfeld © Chanel 2013

Ce n'est pas un hasard si la nouvelle campagne Chanel fait d'Alice Dellal une écuyère. Les visuels de Karl Lagerfeld s'inscrivent dans une longue tradition picturale donnant une large place à cet animal. Si le chien est le meilleur ami de l'homme, le cheval est un de ses plus fidèles alliés. Bête de somme, outil de travail, partenaire de jeu, compagnon de guerre, le cheval accompagne et aide l'homme depuis la nuit des temps.

Animal sureprésenté dans l'art, forcément, depuis les peintures rupestres aux créations les plus contemporaines. Le scandale sanitaire récent, qui a révélé que Spanghero commercialisait en fait du cheval a montré, si cela était encore nécessaire, comme le discours à propos du cheval est sensible.

Le COMPA, le Conservatoire de l'agriculture de Chartres a donné carte blanche à un artiste, Jean-Louis Sauvat, dessinateur-sculpteur et cavalier pour monter une exposition intitulée «Galops d’essai». Cette dernière évoque le cheval-travail, le cheval-loisir/plaisir (les courses, les arts équestres)… Jean-Louis Sauvat propose un certain nombre de ses nouvelles oeuvres, dix ans après s’être déjà prêté au jeu dans le même lieu à l’occasion de l’exposition «Un cheval, des chevaux». Et tous les artistes qu’il a convié à participer à cette nouvelle exposition sont de talent comparable...

Photographes, sculpteurs, plasticiens, dessinateurs, on ne sait plus où donner de la crinière !
 
 
Christian HIRLAY - Percheron 2001 - Jean-Louis SAUVAT Fusain 2012
 
J’avoue avoir été particulièrement touchée par les fusains de Joël Person, bien que la relecture fantastique de la figure du cheval par Florence Huyar-Letourneur m’ait également émue. La diversité des oeuvres reflète celle des artistes qui font se mêler matières, formes, supports et bien évidemment couleurs. Cela ne donne pas seulement le tournis devant autant de talents rassemblés autour de cet exercice de style.
Cette diversité suscite réflexions et commentaires du spectateur, qui s’interroge sur le cheval d’aujourd’hui, loisir du dimanche ou prétexte à des jeux d’argent sans grand rapport avec un hippodrome !
Que reste-t-il de la fière monture du cavalier d’antan, du courageux cheval de trait ? Le regard des artistes réunis au COMPA les fait revivre.
 

Anna Golicz-Cottet - Léger, 2007


Galops d'essai, jusqu’au 28 avril 2013
Le Compa – Conservatoire de l’agriculture
1, rue de la République
28300 MAINVILLIERS

10 avril 2013

Thérèse Desqueyroux : une adaptation magistrale du roman de Mauriac

Depuis peu de temps est disponible en DVD une belle adaptation du plus célèbre roman de Mauriac. 
Même si l'on peut regretter, avec d'autres, que le décès de Claude Miller n'ait pas incité les producteurs à proposer un bonus convenable à l'hommage qu'il aurait été opportun de rendre au réalisateur (décédé en avril 2012), l'oeuvre vaut pour elle-même et c'est à ce titre qu'on se procure le film.



 
Cette «Thérèse Desqueyroux» je l'avais vue en salles, et j'avais besoin de relire le livre de François Mauriac, abordé il y a plusieurs années. Mais oui, le cinéaste colle bien au plus près du texte. J'ai constaté combien la fidélité au roman était grande, notamment par l'utilisation la plus totale possible des propres mots du romancier.
Bien sûr, ça ne commence pas tout à fait comme dans le livre, car les procédés narratifs du cinéma et du roman ne sont pas comparables et toujours transposables. Et une adaptation n'a pas vocation à être un calque de l'original.

Audrey Tautou est Thérèse. Elle ne joue pas Thérèse Desqueyroux, elle l'est, véritablement. C'est extrêmement rare de voir, actuellement, ce type de performance d'actrice. Elle incarne de tout son être cette fille de bonne famille bordelaise, qui consent à un mariage arrangé parce qu'elle se croit plus indifférente qu'elle ne l'est. Gilles Lellouche est Bernard, l'époux que Thérèse empoisonne, l'époux qui en réchappe, l'époux qui l'enferme, la séquestre. Et là encore, j'ai été bluffée par l'acteur. Pour le coup, si j'étais assez convaincue a priori du choix de l'actrice, j'avais des doutes sur Gilles Lellouche, que l'on a beaucoup vu dans des rôles qui ne demandaient pas vraiment de préparation, et j'en étais déçue presque par avance. Dans le film de Claude Miller, il est convainquant : c'est le parfait bourgeois de l'époque. La famille d'abord, la réputation, le qu'en dira-t-on provincial, et l'argent, évidemment. Ensuite, éventuellement, des sentiments.
 

  Audrey Tautou © Eddy Brière - Les Films du 24 - UGC Distribution


L'adaptation est une belle transposition à l'écran de l'oeuvre de Mauriac. Le film est beau, émouvant, les acteurs sont justes, et si l'on peut pleurer d'espoir ou de désespoir à la fin, c'est, comme à la lecture du livre, parce que c'est à nous d'écrire l'avenir de Thérèse.


Claude Miller © Eddy Brière - Les Films du 24 - UGC Distribution

«Thérèse Desqueyroux», de Claude Miller d’après l’oeuvre de François Mauriac, avec Audrey Tautou, Gilles Lellouche, Anaïs Demoustier, Catherine Arditi, Isabelle Sadoyan - UGC Video 2013

8 avril 2013

Paul et Virginie, une histoire éternelle...

L'année prochaine, en 2014 donc, ce sera le Bicentenaire de la disparition de Bernardin de Saint-Pierre, auteur de «Paul et Virginie», histoire d’amour aussi pure que romantique et célèbre...

Paul & Virginie, opéra de Victor Massé : [affiche] / Edw Ancourt
J'ai décidé de relayer sur le blog l'initiative de l'association des Amis du Village d’Eragny, qui, avec le soutien de la Bibliothèque Albert Camus propose à ce titre un concours de nouvelles, ou plutôt deux concours.

L'un est destiné aux adultes, à partir de 18 ans et l'autre aux jeunes, donc aux moins de 18 ans qui ne sont pas tenus par la forme imposé aux plus âgés de la nouvelle.

Pourquoi donc Eragny me direz-vous ? C’est tout simplement dans cette petite ville que l’écrivain de «Paul et Virginie» est mort en 1814.


Les informations pratiques sont à retrouver ici, et de nombreuses autres initiatives sont en cours de programmation, notamment au Havre, la ville de naissance de l'écrivain-voyageur.

6 avril 2013

Ultracore : Anselm Reyle au Magasin à Grenoble

On en est tout étonné, mais c'est la première exposition monographique d'importance qu'une institution française consacre à l'artiste allemand Anselm Reyle, né en 1970 (à ne pas confondre, natürlich, avec le célèbre peintre Anselm Kiefer, né en 1945).
 


Désormais bien connu dans le monde de l'art contemporain, soutenu par la Gagosian Gallery, Anselm Reyle poursuit son chemin coloré et parsemé d'objets trouvés, adepte, -certes comme tant d'autres- du recyclage, du détournement, de la fantaisie brillante aussi, désormais tellement associée à Jeff Koons mais qu’il s’est également appropriée. Un kitsch joyeux qui lui a valu, il y a deux ans, une collaboration avec Dior.
 
Ce sont des installations, qui, comme disent les critiques d'art, fonctionnent bien : le spectateur tourne autour de ces assemblages, de ces collections à demi fondues de vaisselle, se pose des questions sur les méthodes employées par l'artiste, sur ses sources d'approvisionnement... Les couleurs sont d'autant plus vives que le Magasin a, comme à chaque exposition, adapté ses espaces et les murs repeints en noir présentent les oeuvres comme dans un écrin.


Anselm Reyle © Michael Mann
  
J’ai vu cette exposition lorsqu’elle venait d’ouvrir ses portes fin février et que l'espace dit de la "rue" du Magasin était toute juste sec des fantaisies, presque des enfantillages qui en recouvrent les murs : jets aléatoires de bombes de peinture noire et rose, de "dessins" au pistolet. Méthode opératoire jubilatoire et fantasque dévoilée dans une vidéo en fin d'exposition, qui fait se dire que décidément, l'artiste Anselm Reyle est un grand enfant.

 
Anselm Reyle - Sans titre
 
J'ai choisi de vous montrer cette oeuvre ci-dessus car elle est très représentative d'une partie du travail de l'artiste, très démocratique. Il a beaucoup utilisé cette évocation des kits de peinture de loisirs créatifs, avec des motifs de chiens, de chevaux... J'ai une faiblesse pour ce tableau car il m'évoque la belle leçon que donne le personnage de Julia Roberts dans le film "Le sourire de Mona Lisa". Katherine est enseignante dans un college féminin et tente d'initier les jeunes femmes à l'art moderne. Ainsi, dans l'après-guerre, elle leur dévoile le travail de Pollock. Et elle leur propose, à un moment du film, à toutes, d'utiliser un même kit de peinture. Chacune rend un travail unique...


Le Sourire de Mona Lisa

à voir jusqu'au 5 mai 2013
Le Magasin - CNAC
155 cours Berriat
38000 GRENOBLE

4 avril 2013

Concours ! Vous prendrez bien une tasse de thé ?


En lisant un bon roman (ou même un mauvais, bref…), combien d’entre vous ne dégustent-ils pas une bonne tasse de thé ? Moi-même je suis une fervente adepte de la combinaison littérature-théière, surtout les après-midis pluvieuses, qu’il faut conjurer en créant une atmosphère chaleureuse.
Le crissement du sachet de thé que l’on entrouvre, l’odeur de l’infusion d’un délicat Darjeeling, des arômes de jasmin, des senteurs de rose… Cela ne donne-t-il pas envie de se préparer un samovar, ou simplement faire tomber quelques feuilles dans sa boule à thé pour remplir son mug préféré ?

Je crois avoir ce qu’il faut pour vous… grâce à Honoris Causa, Maître Infuseur. Cette maison de thés, établie à Arcachon, vend des thés du monde entier, des tisanes et des cadeaux liés (forcément !) à l'univers de l'infusion. C’est aussi un salon de thé, que vous pouvez découvrir ici.
 
 
Pour ma part, j’avoue avoir été séduite par l’atmosphère rétro qui émane à la fois du site internet même et surtout des noms et de l’apparence des paquets, qui laisse présager des parfums fort distingués… D’ailleurs c’est une ambiance revendiquée par Honoris Causa : « les visiteurs sont invités à faire un petit voyage dans le temps, à l'époque où les dames en robes longues se rendaient au casino en calèche… ». Ma propre commande est en chemin… (en calèche évidemment).


Ce «Maître Infuseur», expert dans l’art du thé, vous indique par ailleurs les conditions idéales de consommation, pratiques (température, temps de pose, accompagnement gustatif), mais suggère également à quels moments associer les thés. Ainsi, il vaut mieux déguster le «Pera palace» lors d'«une après-midi d'automne, dans la véranda, lors des premières tombées de feuilles, baignée par la lumière ocre de Septembre.»

 
Alliance du goût et des lettres, ce concours «Vous prendrez bien une tasse de thé ?» vous propose un petit challenge de composition : il s’agit pour vous de me proposer l’association d’une œuvre dont j’aurais parlé sur le blog et d’un thé d’Honoris Causa.

L’harmonie qui se dégagera des deux assemblages les plus réussis fera gagner aux deux chanceux lecteurs-amateurs un sachet de 100g du thé qu’ils auront cité…
 
Petite condition, à ne pas laisser passer : pour que votre participation soit valide, vous devez vous inscrire à la newsletter du site en bas à droite de la page d'accueil,.

Vous avez deux semaines !

Règles de fonctionnement ! Important : ne vous inquiétez pas, les commentaires ne seront publiés qu'après la date du 18 avril, date de clôture du concours, dans un billet récapitulatif.
Publiez donc votre proposition accompagnée de votre adresse mail à l'intérieur du message afin que nous puissions vous contacter le plus facilement possible.

HONORIS CAUSA
37 avenue Lamartine
33120 Arcachon
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