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19 avril 2013

Interview de Stéphanie des Horts : faire de la légende un être de chair et de sang

Cette semaine consacrée au roman de Stéphanie des Horts (après la présentation générale, et la critique) prend fin en beauté avec les réponses de l'écrivaine à mes interrogations... Bonne lecture !

1- «Le secret de Rita H.» est votre seconde biographie. Dans «La Panthère», lorsque vous racontiez l’extraordinaire destin de Jeanne Toussaint, vous adoptiez un ton légèrement moins emphatique. Est-ce parce que Rita Hayworth est un tel «monument» qu’il fallait absolument la rendre proche du lecteur ? Est-ce simplement dû aux caractères, très différents, des deux femmes ?

Tout simplement car je crois donner là au lecteur mon livre le plus personnel. La magie de la littérature fait que cela fonctionne. J'ai trouvé en Rita, la femme que je suis et je me suis totalement identifiée à elle. L'amour qu'elle a pour Orson est le mien, ses doutes sont les miens aussi, cette idée d'être totalement décalée dans certains milieux, c'est moi aussi. J'ai voulu que Rita vive à nouveau et pour cela, je me suis totalement immiscée en elle et c'est comme si c'était mon sang qui coulait dans ses veines pour la faire bouger, chanter, jouer. Dire "je", ce n'est pas anodin, choisir de ressusciter quelqu'un non plus. Le moindre que je pouvais faire à Rita était de lui restituer sa chaleur et cela un narrateur omniscient a plus de mal qu'un narrateur à la première personne.

2- Votre livre est une biographie intimiste. Pourtant, on sent que vous vous êtes entourée de toute la documentation nécessaire. N’avez-vous pas été parfois débordée par la masse de sources disponibles, d’images, d’articles ? Ou bien au contraire est-ce facile à gérer pour un écrivain ?

Non, je me suis cantonnée à quelques sources seulement. Sur Orson, il y a des foules de choses mais pas sur Rita. J'ai lu les biographies des 3 personnages principaux Rita, Orson Welles et Ali Khan. Puis je me suis plongée dans les archives de Match - là j'ai eu la chance d'être aidée par l'assistante de Gilles Martin Chauffier  que je remercie en fin d'ouvrage - et j'ai vu tous les films de Rita et d'Orson. Ensuite, j'ai mis tout ce que j'avais en moi. J'ai orienté cette biographie plus sur les hommes de la vie de Rita, sur sa maladie. C'est la femme que je dépeins plus que l'actrice. Il ne s'agit pas de faire une énième explication du cinema de ces années-là mais juste de rendre hommage à une femme extraordinaire et malheureusement oubliée.

3- Pourquoi elle ? Pourquoi Rita, pourquoi Gilda ? Qu’est-ce qui vous a poussé à passer autant de temps avec la mémoire de cette actrice et pas celle d’une autre ? Et pourquoi pas Bette Davis ? Ou Katharine Hepburn… Joan Crawford…

Parce qu'avec une autre cela n'aurait jamais marché, je ne me serai pas reconnue. Bette Davies est trop hargneuse, Joan Crawford me fait peur, Katherine Hepburn ne m'a jamais plu, Grace Kelly glaciale, Kim Novak, trop molle ... Rita la femme, c'est moi, Orson l'homme que j'aurais adoré aimer, Ali de même. On ne peut pas être n'importe qui, vous parliez d'empathie plus haut, c'est plus que cela, il faut se fondre dans son personnage, devenir elle le temps d'un livre et plus encore. Elle est toujours là, je la porte en moi et je ne recommencerai aucun livre tant qu'elle me tiendra encore entre ses bras. Sa fragilité me bouleverse sa foi dans la vie envers et contre tout, sa beauté bien entendu. Et tous ces films extraordinaires ... L'admiration est là, l'émotion aussi. Je ne l'ai pas ressenti avec une autre actrice, juste avec Rita.

Le secret de Rita H. de Stéphanie des Horts - Albin Michel 2013 (photo : © vivelaroseetlelilas)

4- Vous sentez-vous « proche » de Rita Hayworth ? Est-ce un personnage dans la peau duquel vous avez facilement pu vous glisser, auquel vous pensez que l’on peut s’identifier, par certains aspects du moins, ou bien la regardez-vous plutôt comme un objet d’étude intrigant ? Peut-être ni l’un ni l’autre ?

C'est d'abord une femme, donc elle est si proche de moi, de nous. Un objet intrigant serait une actrice que l'on ne peut pas atteindre; mais c'est le contre-pied de ce que j'ai choisi de faire. J'ai voulu emmener le lecteur vers Rita, lui présenter, la femme, la petite fille en elle. Ses doutes et ses failles. Un objet d'étude, non, même si on se cantonne à l'actrice uniquement, on voit surgir la femme sous le masque du cinéma ...

5- Je crois déceler dans vos livres une admiration pour les destins hors-normes du XX° siècle, notamment dans vos biographies de femmes dont la vie exaltante n’a d’égale que leur renommée. Y a-t-il d’autres personnages historiques féminins (d’autres époques) qui suscitent également votre enthousiasme ?

Certainement, il y a des tonnes, Maggie Thatcher aujourd'hui, Anne Boleyn hier, Sylvia Plath, Vanessa Bell, Zelda Fitzgerald, Emmeline Pankhurst ... Qu'est ce qu'un personnage historique ? Une femme qui a imprimé son nom dans l'histoire parce qu'elle y a fait une chose extraordinaire ; je ne suis pas féministe mais j'aime que les femmes aient droit à la même place que les hommes dans l'histoire, dans la vie. Se battre pour exister sous prétexte que l'on est différent, c'est terrible comme inégalité.

6- Qu’est-ce qui vous pousse à écrire sur ces femmes, à dévoiler leur histoire / leur vie, mais aussi à la mettre en scène, à la magnifier ? Est-ce une sorte d’hommage ?

Un hommage, oui mais avant tout les faire sortir de l'oubli dans lequel les années les ont jetées. Nous sommes à une époque où tout va trop vite. Les jeunes regardent devant eux et ne sont pas intéressés par le passé, ni les œuvres du passé, ni les films, c'est terrible. Ma fille de 18 ans m'a dit : "Rita Hayworth qui c'est ?". Je souhaite combattre cela, faire en sorte que les légendes traversent le temps et ne soient pas des images sur papier glacé mais des êtres de chair et de sang. La littérature permet cette chose extraordinaire de pouvoir rendre leur vie à des personnages. Jeanne Toussaint, La Panthère est aujourd'hui connue par des milliers de lecteurs alors que personne ne savait que cette femme extraordinaire avait donné son âme à la maison Cartier. je souhaite que les gens se précipitent sur les films de Rita et qu'elle vive à nouveau dans leur mémoire.

7- Que diriez-vous à Rita Hayworth par-delà l’espace-temps ?

Pourquoi as-tu laissé partir Orson ?

8- Enfin, verriez-vous avec plaisir vos livres adaptés au cinéma ? «Le secret de Rita H.» ne ferait-il pas un bon biopic ?

J'en serai ravie et surtout j'adorerais en écrire le scénario. Autre exercice littéraire s'il en est puisqu'il plonge carrément dans la vie en supprimant la narration indirecte.
Amis réalisateurs, si vous nous lisez…

Prochaine signature et rencontre avec la romancière : mardi 23 avril, Café de la Mairie, au premier étage, à 20h30, place Saint Sulpice, dans le cadre des mardis littéraires de Jean-Lou Guérin

Et, encore, un grand merci à l’auteure !

3 commentaires :

  1. Très bel interview ! Je cours acheter "Le secret de Rita H."
    J'ai déjà beaucoup apprécié "La panthère", ce livre-là paraît tout aussi prometteur...

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    1. Bon WE en compagnie de Rita alors :) Reviens nous dire ce que tu as pensé du livre !

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  2. Quel hommage à cette femme.... !

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