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26 avril 2013

Rencontre avec l'auteure de Maine, J.Courtney Sullivan

Hier, critique du livre «Maine» de J. Courtney Sullivan. Aujourd’hui, je vous raconte ma rencontre avec l’écrivaine !
La semaine dernière, il a fait beau une seule journée, le mercredi 17 avril donc. Ce soir-là, j’avais rendez-vous, avec quelques autres blogueuses dans un hôtel de Saint-Germain-des-Prés, à l’aimable invitation de l'éditeur Rue Fromentin.

J.Courtney Sullivan - Paris, avril 2013 (photo : © vivelaroseetlelilas)

J’étais en avance, et Courtney est descendue elle aussi un peu avant le début de l’interview. Immédiatement la romancière discutait, très simplement, de littérature et de féminisme. Pour elle, se dire féministe reste encore plus difficile aux États-Unis en général qu’en France, même si NY constitue évidemment une exception. Elle se sent comme moi confrontée à ce désintérêt de notre génération pour le féminisme, comme si nous n’étions plus concernées, comme si c’était derrière nous, du passé, alors qu’il reste tant et tant à faire… Et elle n’en oubliait pas de me demander ce que je faisais dans la vie. Une politesse tellement américaine, nous qui oublions de demander à nos propres amis s’ils vont bien.

Plus tard, alors que nous étions tous assis, elle a parlé de la couverture française, sa préférée a-t-elle dit. Nos questions à tous se sont complétées et l’auteure a répondu avec enthousiasme et franchise. Sa disponibilité m’a fascinée. Elle écrit depuis toujours, a reçu assez tôt des prix littéraires, notamment à Smith, son université, et a gardé de son métier de journaliste une grande rigueur dans l’organisation de son travail. Quand elle ne pouvait pas se consacrer entièrement à la fiction elle écrivait le soir et le WE. Maintenant, évidemment c’est différent. Elle a même délaissé le crayon pour le clavier.

Parmi bien d’autres questions, nous lui avons bien sûr parlé de cette récurrence du chiffre quatre pour les personnages principaux, et elle nous a répondu qu’au départ, non ça n’était pas du tout prévu comme ça, recommencer cette narration expérimentée dans «Les Débutantes». Qu’en fait, quand elle a commencé à écrire l’histoire de cette famille, elle a essayé du point de vue de plusieurs, de beaucoup de ses membres même, plus ou moins proches et puis au fur et à mesure certains sont devenus davantage nécessaires que d’autres, enfin certaines puisqu’elle n’a gardé que des femmes. Les personnages primordiaux se sont imposés naturellement, notamment celui de l’outsider, Ann Marie, «la pièce rapportée» qui permet de prendre de la distance avec les Kelleher.

«Maggie avait oublié à quel point sa mère avait tendance à recentrer n'importe quelle conversation sur elle-même, surtout s'il était question de la famille.»

Et d’ailleurs, son prochain livre, qui paraîtra aux États-Unis en juin : “The Engagements”, porte aussi ce chiffre au cœur de son intrigue, puisqu’il s’agira de l’histoire de quatre couples ! Cela se passe sur cent ans donc évidemment il s’agira des bouleversements de l’institution lors du siècle passé mais il y a aussi le diamant qui y tient une place de choix… Et là je ne vais pas trop vous spoiler ! Par contre, je peux vous dire que cette fois, il y a aura un personnage masculin de premier ordre, ce qui sera une grande nouveauté !
Sur cette prédominance écrasante des femmes dans ses romans, elle a rappelé que ça n’était pas plus difficile de se mettre dans la peau d’un homme que dans celle d’une vieille femme comme Alice, de faire s’incarner une personne âgée... Et elle a ajouté, fidèle à ses convictions : «et puis, de toute façon, les femmes n’ont pas eu assez de place depuis toujours, alors leur en donner beaucoup dans mes livres, ce n’est qu’une infime compensation !»

Nous lui avons parlé de ce qui a inspiré «Maine», et de la part de la réalité et de la fiction, ce qui l’a fait rire. Bien sûr, elle a répondu s’être réellement inspirée de cette fierté familiale irlandaise, de certaines des coutumes qui ont perduré dans sa famille, chez certains qui sont vraiment passionnés par les traditions alors que d’autres s’en moquent éperdument.  Selon elle, dans cette communauté irlandaise l’alcool (qui tient une grande place dans «Maine») est un bon exemple de cette reproduction ou non des schémas familiaux, assez binaire : reproduction ou rejet.
Elle a raconté que ce qu’elle a tiré de sa propre famille ce sont plutôt des expressions, des tics de langages, des habitudes, des valeurs, des façons d’éduquer et de vivre, elle a puisé dans ce fonds communautaire mais il n’y a pas de décalque de proche.

Je trouvais que finalement, le personnage de Maggie lui ressemblait : une jeune femme, écrivaine, à New-York, écrivant contre son gré des bêtises au sujet de la drague… Mais elle dit que c’est une question qu’elle a vu surgir dans bien des interviews, car eh bien c’est sûr tout le monde quand est sorti «Les Débutantes» lui demandait laquelle des quatre filles elle était, alors qu’elle était un peu toutes les 4 à la fois, et maintenant on lui parle de cette ressemblance avec Maggie mais finalement celle-ci n’était pas si volontaire que cela ! Et ce n’est pas le personnage pour lequel elle a eu le plus d’empathie : c’est à Ann Marie, au bout du compte qu’elle s’est le plus attachée. Il faut dire qu’au début c’est la femme parfaite, culpabilisante, et puis de plus en plus, au fur et à mesure on comprend pourquoi elle est comme ça, pourquoi elle agit comme elle le fait et cela la rend de plus en plus humaine et touchante.

Une rencontre que je n’aurais pas voulu voir se terminer !

«Maine», de J. Courtney Sullivan - Rue fromentin sortie le 2 mai 2013

Entretien en compagnie des blogueurs : Émily et son compagnon, Élodie, et Nina.

3 commentaires :

  1. Oui, cette interview donne envie de lire Maine, mais plus encore, de se lancer soi même dans l'écriture.

    C'est super d'avoir pu compléter la critique du roman par cette rencontre très humaine !

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