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22 avril 2013

Un Malentendu à Moscou : actualité de Simone de Beauvoir

Simultanément sont parus en début d’année 2013 un numéro des Cahiers de l’Herne consacré à Simone de Beauvoir, et une longue nouvelle, écrite en 1965, « Malentendu à Moscou », aux Carnets de l’Herne.
 Je me réserve pour des temps moins tumultueux la consultation de la somme du numéro des Cahiers de l’Herne, ces magnifiques ouvrages de références ne peuvent être compulsés que l’esprit libre… Entretiens, études, manuscrits, témoignages et correspondances inédites nécessitent une belle concentration !


Il est plus facile de se plonger dans la réédition de « Malentendu à Moscou », dont Simone de Beauvoir tira plus tard « L’Âge de discrétion ».
Ce texte avait été publié pour la première fois en 1992, dans la revue Roman 20-50. 


Dans ce livre, un couple d’intellectuels retraités, Nicole et André, est en voyage en Russie. En URSS plus précisément, dans les années 60. Inutile de dire que l’auteure s’est inspirée des voyages qu’elle a fait avec Sartre pour dépeindre leurs déconvenues comme leurs doutes.
La vie de Nicole et d’André est derrière eux, reste leur couple. En crise… Simone de Beauvoir, alternativement, se place du point de vue de la femme et du mari. Cette crise est-elle bien celle de leur couple, ou bien n’est-ce pas leurs propres inquiétudes existentielles qui envahissent l’amour qu’ils se portent l’un l’autre ? Car c’est aussi l’Histoire qui est en cause ici, la déception que cause la vision d’un socialisme intermédiaire, leur tourisme limité et encadré, même adouci par les manœuvres de Macha, la fille d’André (mais pas l’enfant de Nicole). C’est par elle qu’arrivent la plupart des crispations de Nicole, les retrouvailles de la première avec son père étant d’une chaleur qui agace la seconde. André et Nicole peinent à se comprendre durant ce voyage, même et peut-être à cause du temps qui passe.
 
 
Simone de Beauvoir

 
 « Malentendu à Moscou » a servi a Beauvoir pour écrire « L’Âge de discrétion », mais ce second texte abandonne le point de vue masculin. La visée est très différente mais j’ai beaucoup apprécié cette alternance de points de vue : cette technique permet à l’auteure de laisser le lecteur arbitrer entre Nicole et André. J’y ai vu une ruse malicieuse de Simone de Beauvoir, puisque chacun, a, bien entendu, raison.
C’est un très beau texte que je vous recommande vivement. Le début de la nouvelle, spécialement, est une mine à aphorismes et recèle des phrases que l’on ne peut s’empêcher de lire et relire, noter, souligner,… Je vous en livre deux, en vous conseillant de trouver celles qui vous toucheront le plus. 

 «Depuis 62, il avait perdu toute prise sur le monde et c’était peut-être pour cela qu’il s’agitait tant : parce qu’il n’agissait plus.» (p.30)
 
«Cette curiosité, qu’elle avait gardé presque intacte, ne lui semblait souvent qu’une survivance maniaque : à quoi bon puisque les souvenirs tombent en poussière ?» (p.40)

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