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31 mai 2013

Après mai : noir portrait de groupe d'une jeunesse post-68

Mai 68 est passé, les années 70 s’amorcent entre dernières manifestations contestataires et début des expériences psychédéliques. Sexe, drogue, planante -et la politique qui reste clivante.

Olivier Assayas suit l’itinéraire, ou l’errance, c’est selon, de personnages qui semblent, a posteriori, relativement symptomatiques de l’époque : un petit groupe de garçons et filles, Gilles, Christine, Alain, Jean-Pierre, Laure. Ils terminent leur année scolaire, et on les suit en cette fin d’année, en ce début d’été. Ce terme du lycée implique des choix, celui de vivre selon les préceptes révolutionnaires qu’ils se sont choisis, de faire ou non des compromis,  de renier - ou pas - des valeurs.
On entre dans le film par la fenêtre de l’engagement, on en sort par celle du désenchantement du monde. Entre temps, pas grand-chose.

Dire que j’avais regretté de ne pas avoir le temps de me déplacer, dire que le mois dernier, lorsqu’est sorti le film en DVD, j’ai, dans l’urgence, voulu me rattraper.
Ou je n’y ai rien compris, après tout, c’est possible, ou bien le prix du scénario que lui a décerné l’année dernière le jury de la Mostra de Venise est complètement usurpé. Sans véritable début, sans véritable fin, et malheureusement, surtout, sans guère de péripéties. Presque sans acteurs professionnels aussi, ce que je n’ai guère admis, tant seule Lola Creton, qui interprète Christine, m’a semblée habitée par son personnage et crédible dans son rôle de femme dévouée à la Cause.

Le cinéaste a déclaré ne pas avoir de nostalgie pour les années 70, et on ne peut douter. Le journaliste Thomas Sotinel, dans l’article fleuve qu’il consacre à la sortie du film en novembre 2012 (Le Monde du 10.11.12), indique que le personne de Jean-Pierre décide d’abandonner ses études pour travailler à l’imprimerie de la LCR. Mais en fait, ce n’est pas exactement cela. Jean-Pierre est, en vérité, quasi contraint de travailler dans une imprimerie, par ailleurs pour cela pistonné, car il est impliqué dans l’agression d’un agent technique du lycée. En réalité, le soir du drame, il n’était pas présent lors de l’action violente. Mais il y a un indice le mettant en cause, et chacun sait qu’il faisait partie de la bande qui a dérapé. Alors il est recherché.

Que nous raconte le scénario ? Ceux qui ont enflammé le local du personnel n’assument rien, ils se mettent tous au vert, lui y compris. Plus tard, c’est donc l’imprimerie pour Jean-Pierre, grâce à sa famille, et plus tard encore, il menace l’agent qui a porté plainte contre lui : après tout, lui a un avocat doué, acquis à la cause des travailleurs, l’autre va perdre, alors à quoi bon ? La dignité du travailleur bafouée par un autre travailleur. «C’est un nom terrible Camarade C’est un nom terrible à dire Quand, le temps d’une mascarade, il ne fait plus que frémir…». Je songeais à la chanson de Jean Ferrat en regardant cette scène.
Cet exemple montre à quel point cette jeunesse n’a pas le beau rôle, et qu’Olivier Assayas est à mille lieues de proposer une image idéalisée de la période seventies. Au contraire, tous les personnages sont comme Jean-Pierre : agaçants et ridicules. Certains partent en Italie pour servir le cinéma de l’avant-garde prolétaire mais séjournent dans des endroits de rêve et affirment publiquement que la forme ne peut être aussi révolutionnaire que le fond, les masses n’ont pas encore l’habitude de la sophistication, il faut y aller progressivement.


Tout est tourné en dérision. Ou m’a semblé l’être. Il faut dire qu’à force d’ellipses, le spectateur est renvoyé à sa propre intériorité, à sa propre histoire, à sa propre adolescence, pour interpréter ces évocations fugaces.

Je laisse Aznavour conclure.
«Hier encore, j’avais vingt ans Mais j’ai perdu mon temps À faire des folies Qui ne me laissent au fond Rien de vraiment précis Que quelques rides au front Et la peur de l’ennui…»

«Après mai» de Olivier Assayas, avec Lola Creton, Clément Métayer, Félix Armand,… - DVD MK2 2013

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