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8 mai 2013

Laure Albin Guillot, "muse du portrait et des fantaisies décoratives" au Jeu de Paume

Estampe pour F. Marquis chocolatier-confiseur, Paris
Laure Albin Guillot est exposée pour encore quelques jours (jusqu’au 12 mai) au Jeu de Paume. Je m’étais pourtant juré de n'y mettre plus les pieds car sauf exceptions (géniale exposition sur William Kentridge), les photographes sont exposés de la façon la plus prétentieuse possible, dans le noir ET dans de petits formats.

Pourquoi y ai-je remis les pieds alors ? Mon intérêt un peu maniaque vous le savez bien pour les artistes féminines ou les femmes artistes (dans quel sens faut-il le dire ?), souvent dévalorisées par rapport à leurs confrères, a joué, bien évidemment. De même que le charme rétro qui émanait des affiches, aussi. Bien sûr.

Mais cette exposition est exaspérante, et ce, à plus d’un titre. D’abord, et tout simplement, pour des raisons pratiques. Payer 8,50 € pour une installation plutôt courte est toujours crispant. Comme d’habitude, la taille des tirages ne permet pas d’apprécier la qualité de la photographie, ce qui est un comble pour des photos de professionnels. Certains petits tirages ne peuvent tout simplement pas être vus du tout : on se presse dans les salles et il faudrait pousser ces dames pour entrevoir ce nu masculin que l’on voudrait bien également contempler.

Ensuite : agacement devant un certain Tout-Paris qui vient se regarder le passé au Jeu de Paume ; la photographe Laure Albin Guillot a fait une entreprise florissante de son art grâce à son modeste appartement du XVIe arrondissement qui lui a permis de portraiturer un tout aussi modeste carnet d’adresses.
Vous le savez, ce n’est pas le genre d’histoire qui me renverse d’admiration.
Mais surtout, au-delà d’un travail qui m’a semblé globalement convenu et opportuniste (portraits, macro, publicité, Laure Albin Guillot fait ce qu’on lui demande, c’est une photographe commerciale), c’est la criante absence d’appareil critique qui m’a révoltée. Si peu de cartels ; mais ce n’est pas le pire. Car enfin, on lit tranquillement, et personne ne s’en offusque, de ce que sous Vichy, elle poursuit son travail, bien évidemment, mais pourquoi arrêter, pourquoi changer ? Publiant, entre autres, un livre sur les « Petits métiers de Paris » pour « Mme la Maréchale Pétain » en 1942.

C’est charmant de lire cela sans que soient apportées quelques précisions : l'artiste était-elle un peu collabo ? Simplement désintéressée de ces vaines questions politiques, un jour à photographier les collections du Louvre avant évacuation (1939), l’autre à illustrer des livres de propagande vichyste (« Les Nouveaux Destins de l’intelligence française ») ?

Vers la fin de sa vie, elle envisage sa postérité. Il lui faut entourer cette production hétérogène et hétéroclite d’une aura. Alors elle se lance dans les livres d’art, les éditions limitées, les livres d’artistes.

Vous me reprocherez ma subjectivité. Mais lisez donc la suite !

On note que dans les 800 pages que compte «La Nouvelle Histoire de la Photographie», un bel ouvrage que Larousse réédita en 2001, aucune photo de Laure Albin Guillot n’est reproduite. 
On trouve sa trace dans un Photo-Poche de 1991 consacré à la photographie scientifique qui reproduit une de ses photos de bourgeon de frêne et dans lequel on apprend qu’elle était surnommée avant-guerre « la muse du portrait et des fantaisies décoratives ». Tout un programme…
Et le Jeu de Paume décide, en 2013, de sortir de l’anonymat celle qui se vantait à la fin de sa vie d’avoir « fait accepter la photographie dans la bibliophilie ». Rien que ça...

Jusqu'au 12 mai 2013

"Laure Albin Guillot 1879-1962, l’enjeu classique"
Galerie nationale du Jeu de paume
1, place de la Concorde
75008 PARIS

6 commentaires :

  1. Au Jeu de Paume, le parisianisme le dispute à la bouffissure intellectuelle, le snobisme à la suffisance, je n’y vais plus !

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  2. Je partage à peu près votre avis à quelques exceptions près, car le jeu de paume propose parfois des rétrospectives/monographies intéressantes (Martin Parr). Néanmoins j'ai vu l'exposition Laure Albin Guillot et j'ai été très déçu également, pour les raisons évoquées ici: tirages petits, absence de scénographie, "talent" de la photographe absent ou mal mis en relief.

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    1. Tout à fait, c'est pour cela même que je citais celle sur Kentridge !
      Déception partagée donc...

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  3. Bonjour,
    Vous m'avez indiqué votre post sur Twitter. Je ne trouve rien à redire sur votre billet qui est aussi un ressenti sur un travail photographique. les goûts et les couleur...
    Je suis plus que d'accord que les tarifs du Jeu de Paume mériteraient d'être revus à la baisse.
    Sur Laure Albin-Guillot, il est vrai que ce n'est pas une artiste majeure de la photographie mais je trouve que le Jeu de Paume n'en a pas fait des tonnes à ce propos.
    Etant un peu photosensible, leur présentation, dans une pénombre certaine, ne me dérange pas.
    Sur le travail présentée, j'aurais voulu en voir plus, notamment concernant les photographies de mode et publicitaires.
    Quant à son activité pendant la Seconde Guerre mondiale, il me semble hâtif d'émettre un jugement sur la personne comme vous le précisez à travers les deux exemples de travaux. A noter tout de même que Doisneau a également figuré dans des livres de propagande.
    Laisser la place à de telle exposition, c'est aussi permettre à des gens de poursuivre leurs recherches sur les photographes et l'histoire de la photographie. Ceux qui travaillent sur Laure Albin-Guillot travaille aussi sur une époque en faisant des comparaisons, en émettant des hypothèses. Cela ne ressort peut-être pas de l'exposition mais c'est un (petit) pas dans la compréhension de l'histoire du médium.
    Bien à vous et à bientôt,
    Frédérique

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    1. Je vous remercie pour vos commentaires. Je ne veux renchérir que sur un point, qui pour moi est crucial.
      Sur son activité pendant la Seconde Guerre Mondiale, mon jugement vous semble hâtif. Mais tout de même, est-ce normal de présenter ces oeuvres au même titre que les autres, sans précisions ? Sans contextualisation ? Comme si cette période équivalait à celle d'avant l'Occupation, à celle d'après la Libération ?

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