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30 mai 2013

Phèdre, une nouvelle déception pour la tragédie classique au Français


Elsa Lepoivre : Phèdre © Brigitte Enguerrand, 2013
Quel dommage.. Encore une mise en scène de Racine dont on ressort dépité. La Comédie Française, ce symbole du théâtre parisien, ne saurait plus faire revenir les mânes du grand auteur d’entre les morts ?

« Andromaque », montée en 2011, était d’une rigidité stupéfiante.
Murielle Mayette avait visiblement demandé aux comédiens de rester aussi droits que les décors, et tout paraissait figé.
Et il faut dire que pour « Bérénice », pièce également mise en scène par la directrice du Français, c’était à peu près le même problème.

Coup de grâce avec la mise en scène affreuse de  « Phèdre » que propose le Grec Michael Marmarinos. Si les costumes sont plutôt réussis (impossible de déroger à certaines indications, à la robe blanche-dorée de Phèdre), les décors sont laids, on ne comprend pas cette TSF improbable brouillant l’écoute du texte, alors que l’on sent la salle toute tendue pour réciter avec les acteurs. C’est « Phèdre », que diable, c’est une femme qui souffre, c’est une femme qui veut mourir, et j’en regrettais presque les excès de ketchup de « Penthésilée » de Kleist (2008, mise en scène de Jean Liermier) : il me semble que la tragédie devrait particulièrement permettre la catharsis...
 
Mais Michael Marmarinos, comme Muriel Mayette, fait malheureusement le choix de délaisser le lyrisme de Racine.
Phèdre tombe amoureuse au premier regard d’Hippolyte, amour interdit : c’est le fils de Thésée, son époux. Elle le fuit, mais Thésée est déclaré mort. Phèdre avoue ses sentiments, et Thésée reparaît, tel Ulysse après avoir fait un long voyage… Tout est trop tard. Toutefois en attendant la mise en scène des Amandiers l’année prochaine, dont je ne manquerai pas de vous parler, lisez plutôt la pièce, et évitez la salle Richelieu.
 
Il est heureux que les pièces de Molière, Tchekhov et bien d’autres dramaturges soient, au contraire, magnifiquement mis en scène par la maison. On déplorera néanmoins cette persistance à décevoir le public avide de déclamation racinienne. Sans doute les contemporains de Rachel et Sarah Bernhardt ont-ils pleuré devant Phèdre au désespoir. En 2013, je me suis presque ennuyée.

Jusqu'au 26 juin 2013

Comédie Française
Place Colette
75001 PARIS 

Rachel : Phèdre, 1843


Phèdre, acte I scène 3
Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d'Egée
Sous ses lois de l'hymen je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler,
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D'un sang qu'elle poursuit, tourments inévitables.
Par des voeux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner ;
De victimes moi−même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D'un incurable amour remèdes impuissants ! En vain sur les autels ma main brûlait l'encens :
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J'adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J'offrais tout à ce dieu que je n'osais nommer.


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