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24 juin 2013

A Very Englishman : sexe, drogue et... histoires de famille

Dans «A Very Englishman», il y a tout ce qu’un bon biopic peut donner, et même davantage. Car le talent du réalisateur est de réaliser ce tour de force de faire un film sur l’industrie du sexe qui se regarde comme un film arty.

Paul Raymond était un inconnu pour moi. Je connaissais le fondateur de «Playboy», Hugh Hefner, mais pas son équivalent britannique, qui a créé la revue «Men Only», journal pour adultes, après avoir monté avec sa femme de nombreuses revues, qui elles ne se feuilletaient pas mais se déroulaient avec danseuses .

Au début du film, Paul Raymond apprend la mort de sa fille, Deborah. Le procédé n’est guère original mais il permet au spectateur qui ne connaîtrait pas l’histoire du magnat de Soho de se concentrer sur le déroulé du scénario sans penser sans cesse à son dénouement.

Je suis assez hilare depuis que je sais que le film a été classé «interdit aux moins de 12 ans», mais encore plus sur la cause de ce classement. Si vous vous doutez qu’il y a, forcément, des scènes de nu, des scènes de sexe, des scènes porno, celles-ci servent d’abord à montrer l’évolution du métier de pornographe de Paul Raymond. Au début de son ascension, ses cabarets suggèrent le désir. Lorsqu’il est devenu l’homme le plus riche d’Angleterre, il n’est plus question que d’ouvrir d’avantage les chairs aux photographes.
Pourtant, ce ne sont pas ces scènes qui ont conduit à l'interdiction, mais la relation terrible entretenue par Debbie et son père : la pauvre petite fille riche vit par et pour ce dernier, qui lui rend bien son affection envahissante.
Des destins comme celui-ci, il en existe tant d’autres. C’est de ceux-là dont Stéphanie des Horts s’est d’ailleurs inspirée pour «LeDiable de Radcliffe Hall».


Tasmin Egerton est Fiona, star de "Men Only" et maîtresse de Paul. © Pretty Pictures

La commission de classement ne s’est pas émue du triolisme, pas plus des partouzes, ni de l’alcoolisme généralisé du monde de la nuit, non elle s’est inquiétée de ce que le père de la petite veille à ce que s’envoie sa fille soit de la «bonne blanche». Je résume : le CNC considère que le film «montre un père et sa fille dans un processus de déchéance causé par la drogue».
La commission de classement découvre que les relations père célèbre/fille paumée sont complexes, tendent parfois à un inceste fantasmé et à la nécessité d’une lourde psychanalyse. Et par conséquent, interdit le film aux moins de 12 ans, parce que c’est cela qu’il est inquiétant de montrer, puisque que chacun sait qu’un pourcentage impressionnant de ces pré-ados ont déjà regardé du porno sur internet.
Heureusement, le film ne montre pas que cette triste histoire est bien plus douloureuse encore : après l’overdose/suicide de Debbie, Paul Raymond devient quasiment ermite. Cela aurait-il entraîné une interdiction aux moins de 16 ans ?

Allez donc voir, pour mes lecteurs âgés de plus de 12 ans, «A Very Englishman».
C’est un bon film, on rit, on s’émeut, c’est bien interprété, Steve Coogan est vraiment impressionnant en Paul Raymond, Imogen Poots crève l’écran en fille trop gâtée, quant à Anna Friel et Tasmin Egerton, elles évoquent à elles seules les années 70 avec leurs faux airs de Farrah Fawcett...


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