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11 juin 2013

Alceste se déchaîne sur les Clash à l'Odéon !

Joie d’entendre « Le Misanthrope » à l’Odéon ! Quelle troupe, quel charisme, quelle énergie dans cette comédie de Molière ! Et décidément, après le film de Philippe Le Guay («Alceste à Bicyclette»), la pièce est à l’honneur cette année. Deux relectures qui soulignent les contradictions d’Alceste. Des contradictions qui renforcent son humanité. Car Alceste commençait à être figé dans le rôle du donneur de leçons, de celui qui tel Achille se retire sous sa tente. Cela en devenait agaçant, plus très amusant.
 
C’est le metteur en scène Jean-François Sivadier qui dirige cette mise en scène au Théâtre de l’Europe ; dans un registre à la fois classique et moderne, respectant la rigueur qu’imposent les alexandrins, mais proposant une actualisation « raisonnée » -peut-on dire- d’un texte à jamais contemporain.
 
Le rideau est déjà levé lorsque retentit un extrait d’une des chansons emblématiques des Clash, « Should I stay or should I go ». Le ton est donné, Alceste est un punk quelques siècles avant le « No future » british, ce n’est pas un homme de compromis, c’est un personnage de convictions, un idéaliste. Il ne peut plus voir en peinture Philinte, qui compose avec le monde… La chanson, comme bien d’autres, peut-être écoutée comme une chanson d’amour et comme l’expression d’un tiraillement politique.
Cela tombe si bien, avec notre Alceste qui veut que Célimène le choisisse, enfin, et qu’il perde son procès afin que l’injustice dont il sera victime démontre aux yeux du monde l’iniquité qui règne entre les hommes.


Nicolas Bouchaud (Alceste) et Vincent Guédon (Philinte) (©Brigitte Enguerand)

Les deux heures trente que dure la représentation passent comme dans un rêve, la langue de Molière est ciselée, truculente, le mélange je l’ai dit entre tradition et modernité ramène le spectateur à des débats fort actuels et les perruques, elles, rappellent que cette tragi-comédie du pouvoir et de l’entregent dure depuis fort longtemps… « Le Misanthrope » fut monté pour la première fois en 1666 !
En 2013, pour ce qui est de la distribution même, Nicolas Truchaud est parfait pour jouer Alceste avec force et subtilité. La direction d’autres comédiens m’a parfois surprise, ainsi Sivadier a déclaré en interview (M Le Magazine du Monde – 8/06/13) que Célimène n’était pas une femme fatale, que cette idée est un cliché. Pourtant, sa ronde de prétendants semble véritablement démontrer le contraire, tout comme son évitement du choix, caractéristique de la vamp qui s’amuse des affres dans lesquelles sa séduction plonge les hommes.
 
Finalement, le public est ravi, et l’on ne peut qu’applaudir à tout rompre cette réussite. Faites vite, c’est déjà bientôt fini…


Jusqu’au 29 juin 2013

Odéon Théâtre de l’Europe
Place de l’Odéon
75006 PARIS


Alceste, Acte III, sc.5
Et que voudriez-vous, madame, que j'y fisse ?
L' humeur dont je me sens veut que je m' en bannisse.
Le ciel ne m'a point fait, en me donnant le jour,
une âme compatible avec l'air de la cour ;
je ne me trouve point les vertus nécessaires
pour y bien réussir et faire mes affaires.
être franc et sincère est mon plus grand talent ;
je ne sais point jouer les hommes en parlant ;
et qui n'a pas le don de cacher ce qu' il pense
doit faire en ce pays fort peu de résidence.
Hors de la cour, sans doute, on n'a pas cet appui,
et ces titres d'honneur qu' elle donne aujourd'hui ;
mais on n' a pas aussi, perdant ces avantages,
le chagrin de jouer de fort sots personnages :
on n' a point à souffrir mille rebuts cruels,
on n' a point à louer les vers de messieurs tels,
à donner de l'encens à madame une telle,
et de nos francs marquis essuyer la cervelle.

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