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3 juin 2013

La fabrique de l’intime dévoilée par Catriona Seth en personne.

Dans un espace précédemment décrit, « l’écriture est un voyage », ouvert par Vuitton entre les anciens murs de la librairie La Hune, le thème des correspondances est actuellement à l’honneur.

Les conversations animées par Laure Adler se poursuivent en conséquence sur ce thème, pour leur deuxième édition et j’ai donc pu assister il y a quelques jours à la présentation par l’universitaire Catriona Seth de son ouvrage « La fabrique de l’intime, Mémoires et journaux de femmes du XVIIIe siècle », dans ce joli cadre intimiste créé par le malletier.

Catriona Seth est spécialiste de la littérature française du XVIIIe siècle, et s’intéresse plus particulièrement aux femmes, comme le démontrent les thèmes de ses précédents livres et travaux. Elle est notamment l’auteure d’un ouvrage consacré à Marie-Antoinette et a établi l'édition, dans la Pléiade, des «Liaisons dangereuses» de Choderlos de Laclos.
 

Avec « La fabrique de l’intime », son projet de chercheur était de faire émerger, contrairement aux préjugés, l’écriture des femmes, de toutes conditions et origines sociales, au XVIIIème siècle principalement. Une écriture intime, car si les femmes bien évidemment ne sont pas censées écrire à cette époque, leur rôle social ne le permettant guère, en plus elles s'autocensurent.
Si Laure Adler a gentiment ironisé sur le respect de la temporalité annoncée par le sous-titre de l’anthologie (certains textes sont du XIXème), Catriona Seth a rappelé sa conception anglo-saxonne d’un long XVIIIe siècle.

Dans cet ouvrage, on trouve donc aussi bien des écrits dont leurs auteures espéraient un jour la publication, que des textes dont elles craignaient la découverte tout en ne pouvant réfréner leur désir d’écrire. On lit la prose d’une jeune femme qui dépasse son analphabétisme pour pouvoir rédiger des lettres d’amour, et celle de la grande Germaine de Staël, fille à papa invétérée. Celle d’une Rosalba Carriera, peintre à Paris pendant la Régence.

Catriona Seth ©KTJ shooting

Religieuse, princesse, fille d’artisans, les femmes se mettent à écrire, et notamment pour des raisons professionnelles (certains seraient bien avisés de l’admettre, le travail des femmes ne date pas d’hier).
Comme l’a remarqué une participante à la conversation, il est exceptionnel que certains de ces textes nous soient parvenus. Mais Catriona Seth a souligné que si son travail d’enquête et de dépouillement des archives n’était pas négligeable, de tels journaux intimes devaient être nombreux, et s’ils n’ont pas été publiés ou divulgués - et évidemment pas étudiés - c’est qu’il est très récent que la femme puisse être considérée comme une écrivaine, une auteure.

On profite de ce billet pour rappeler la parution de l’ouvrage de Michelle Perrot sur l’ouvrière Lucie Baud et saluer celle du livre de Daniel Grojnowski recensant les textes consacrés à Eugénie Guillou, nonne, puis prostituée et proxénète.

Espace culturel éphémère « l’écriture est un voyage »
170, bd Saint-Germain-des-Prés
75006 PARIS

Bibliographie indicative non exhaustive

« La fabrique de l’intime, Mémoires et journaux de femmes du XVIIIe siècle » de Catriona Seth - Bouquins 2013
♀sous la direction d’Hélène Cussac, Anne Deneys-Tunney et Catriona Seth, « Les Discours du corps au XVIIIe siècle : littérature – philosophie – histoire – science »- Presses universitaires de Laval 2009
« Marie-Antoinette » de Catriona Seth - Bouquins 2006
♀ « Eugénie Guillou, Religieuse et putain » , textes, lettres et dossier de police présentés par Daniel Grojnowski - Pauvert 2013
Site de l'Association pour l'autobiographie et le Patrimoine Autobiographique, créée par Philippe Lejeune en 1992

2 commentaires :

  1. Encore un commentaire pas du tout expert et pas constructif MAIS : ce livre ! Je suis emballée par le projet !

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    1. Oui c'est enthousiasmant ! Et l'enthousiasme est constructif ;o)

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