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11 juillet 2013

Cherubina, Dolorissa, Matutina, Carissima : qui est La soeur de Sándor Márai ?


Finalement, le rideau de fer ne s’est levé que depuis peu sur l’œuvre du Hongrois Sándor Márai (1900-1989), longtemps interdit par le régime communiste. Et pourtant l’écrivain est de plus en plus connu et apprécié. Les rééditions, les nouvelles traductions se succèdent. Chacun salue le travail des éditions Albin Michel qui permettent d’approfondir l’œuvre du  romancier, souvent comparé à Stefan Zweig : presque de la même génération, nés dans l’Empire austro-hongrois, ils subissent tous deux la fin d’un monde et sont désenchantés.
Comme Zweig, Márai cisèle son écriture, peut-être davantage même (certains trouveront cela « daté »), et comme lui, il choisit in fine par se donner la mort.

Vient de paraître au Livre de Poche «La sœur», deux ans après sa sortie en grand format. Ce roman, initialement publié en 1946, quatre ans après «Les Braises», est le dernier de Márai avant son exil.

Longtemps on attend la signification de ce titre énigmatique, « La sœur », qui ne vient que dans la seconde partie. Car le livre est formé de deux parties distinctes, ou plutôt pour être juste, d’un récit enchâssé dans un autre. Le narrateur est d’abord ce voyageur, qui, alors qu’il séjourne dans une auberge pour Noël en 42, cohabite bon gré mal gré avec les quelques hôtes qui ont choisi ce refuge hivernal, l’imaginant bucolique alors qu’il n’est en fait que rustique. Cette déception est toute symbolique. Elle prélude d’ailleurs à un drame. Avant celui-ci, notre narrateur n’arrive pas à entrer en contact avec Z., pianiste célèbre dont depuis le début du conflit, il avait perdu la trace mondaine et qu'il retrouve à cette altitude improbable... Mais ce drame qui les rapproche, ce drame inévitable, comme la guerre qui a éclaté, comme l’impuissance des hommes et des artistes, incite le maestro retiré à léguer au narrateur un précieux manuscrit.

« C’est Dieu qui a donné son statut à l’artiste, les hommes ne peuvent plus lui offrir que de la poudre d’or ».

On change alors de narrateur : place au pianiste qui raconte, crûment, ce qu’il a enduré les années précédant son séjour au chalet : la maladie, la déchéance physique, mais aussi la guérison, qui passe par les remèdes, par la drogue, cette puissante morphine qui l’obsède - mais pas que. Pour guérir, il faut avoir envie de vivre disent les médecins, semblent opiner les sœurs qui les assistent. Le malade voudrait encore des noms latins et des prévisions de rémission, mais finit par être convaincu par cet argument irrationnel. Pourquoi, comment, cela serait trop vous en dévoiler…
Ce serait dire le secret de «La sœur».

Ce livre, romantique et réaliste à la fois, plaira à ceux qui aiment les récits introspectifs et recherchent le charme discret des tournures anciennes…



« Tant qu'on me laissera écrire, je montrerai qu'il fut une époque où l'on croyait en la victoire de la morale sur les instincts, en la force de l'esprit et en sa capacité de maîtriser les pulsions meurtrières de la horde. ».
Sándor Márai, « Les Confessions d'un bourgeois »

Bibliographie :

- Recension par Francine de Martinoir, Études - 2012/4 (Tome 416)
- Critique de Jean Soublin : « La douleur, rédemptrice », Le Monde des livres, 11 nov. 2011

2 commentaires :

  1. Pour moi qui ai dévoré Les Braises de Sandor Marai, c' est avec une immense impatience que j' attends de découvrir ce livre qui m' était encore inconnu !
    A lire la critique de " Vive la rose et le lilas", je me sens à peu près assurée de retrouver dans ce roman quelque chose d' âpre et de rugueux par quoi se façonnent les personnages, dans un absolu qui régénère. Je cours le chercher à ma librairie préférée, merci !

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    1. Je réponds bien tard à ce gentil commentaire : alors, l'avez-vous lu ? Il est plein d'absolu, celui-ci aussi ;)

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