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24 juillet 2013

Chez nous c'est trois ! (bises)


« Chez nous c’est trois ! » est une comédie de Claude Duty, cinéaste qui s’était fait rare. Pour lui, Noémie Lvovsky joue la réalisatrice au quotidien parfois difficile.
 
Encore un film qui parle de cinéma, je vous entends pester d’ici, encore un film qui se regarde le nombril, Claude Duty fait de l’autofiction, etc. Mais non, pas du tout (enfin, si, un peu, il s’inspire d’une tournée qu’il a lui-même faite).
 
Jeanne (Noémie Lvovsky, je l’ai dit) est présentée sans complaisance, comme une réalisatrice intègre mais -corolaire logique- exigeante et incapable de compromis. Si elle accepte une tournée sur les lieux de son enfance et de son amour de jeunesse, c’est qu’elle manque d’argent et qu’elle est curieuse de savoir ce qu’elle va y trouver. Au fond, présenter « Baisers fanés », cela l’ennuie, ou l’angoisse - ça dépend des jours.


 Mais elle n’y va pas avec orgueil : elle peine à financer son prochain long métrage, et s’engage à parler du passé alors qu’elle voudrait que l’avenir se dégage… « Chez nous c’est trois ! » est un film sans prétention, plein d’autodérision que l’on regarde avec plaisir et simplicité. Bien évidemment, les rôles sont parfois caricaturaux, comme le projectionniste dragueur, archétype de la représentation sociale de l’intermittent du spectacle beau gosse irresponsable.
 
Au contraire certains personnages sont très justes et donnent au film une profondeur surprenante ainsi que des dialogues savoureux. J’ai beaucoup aimé l’assistant thésard africain qui travaille en anthropologie sur « la tectonique géographique des bises » mais aussi l’assistante à la culture, corvéable à merci – les travailleurs de ce secteur seront rassurés de voir leurs journées dépeintes sous leur véritable couleur, ce qui change des clichés glamour souvent abusifs.


Noémie Lvovsky © Johan Poezevara
 
En bref, à rebours des critiques tirant sur un tournage sans moyens et la faiblesse du scénario, je salue la prestation des acteurs et applaudit même le générique du début, amusant avec ses découpages people de Voici.
D’ailleurs les génériques m’enchantent en ce moment, de « Frances Ha » au DVD de « Gambit », je trouve cette année particulièrement réussie en génériques fourmillant de trouvailles amusantes.

6 commentaires :

  1. Ca donne envie, merci pour cette critique! ;)

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    1. Fais vite, il ne restera certainement pas très longtps à l'affiche ;(

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  2. après deux jours intenses de réflexion, je viens de comprendre le titre....

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    1. Le titre de mon billet ? Du film ? Argl pour les deux ;)

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  3. Je suis allé voir ce film sur tes conseils, il passait dans une salle de cinéma, dans le Gers, ou nous nous sommes retrouvés deux spectateurs.
    Étrange similitude entre le contenu du film et la difficulté de concevoir une œuvre indépendante, sans parler de sa réception...

    Contrairement à toi, j'ai été beaucoup moins enthousiaste dès le générique (qui m'a un peu agacé, j'ai eu l'impression que la réalisation de ce film avait essuyé les mêmes problèmes financiers que ceux de l’héroïne. J'ai cru me trouver face a une fiction de France Télévision... mais tout cela relève de l'esthétisme.

    Dans le fond, ça a pas mal fait écho sur la difficulté de produire une œuvre, au delà de l’œuvre cinématographique d'ailleurs. Les moments de doute lors des projections, la réception du travail achevé, l’indépendance qu'acquiert l’œuvre une fois livrée aux regards, il y a des plans très beaux qui parlent de ca, notamment ce plan dans la cuisine à coté de la salle de visionnage, ou le son en hors champ n'est autre que celui du film de cette réalisatrice qui malgré la multitude de diffusions en arrive toujours à somatiser de ces craintes en un mal de dos et une tension...

    J'ai pas trouvé que c’était un grand film, ni réjouissant, ni totalement déplaisant mais je t'accorde qu'il tient beaucoup au jeu de certains acteurs.

    Mais quoiqu’il en soit, il est toujours bon de rappeler a quel point il est compliqué de créer, et que la critique est parfois aisée !

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    1. Ah, je suis désolée si j'ai été à l'occasion d'une déconvenue...
      Tu as été déçue, mais finalement tu as quand même trouvé intéressante la réflexion sur la création. Je ne suis pas responsable d'une totale perte de temps alors :)

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