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1 juillet 2013

Merci pour le feu : Dieu est un fumeur...


2013, c’est l’année Fitzgerald. Certes, cela aurait dû être en France l’année Camus. Cela aurait aussi pu, dans une moindre mesure évidemment, être l’année Bernardin de Saint-Pierre. Pour le meilleur et pour le pire, c’est l’année Francis Scott Fitzgerald.
Le pire, c’est évidemment l’adaptation too much de « Gatsby le Magnifique », pour l'avant-première de laquelle on me chuchote que même le plus art et essai des cinémas grenoblois s’est compromis à servir aux spectateurs une coupe de Badoit (de Badoit ! Zelda en aurait eu un vertige). Bon. Passons sur cette malencontreuse adaptation disco et les errements marketing qui l'ont accompagnée.
Le meilleur, ce sont les publications et rééditions des textes de l’auteur de « Gatbsy », dont deux nouvelles traductions ont été d’ailleurs publiées l’année passée, dont ne dira rien parce qu’on ne les a pas lues.
Bref, à cette occasion de communion avec un de ces écrivains qui incarnent à  jamais le visage de l’éternelle jeunesse, les éditions de l’Herne ne sont pas en reste. On trouve désormais dans la collection des Carnets quelques écrits de l’illustre représentant de la « lost generation ».

« Merci pour le feu » (« Thank you for the light ») est le premier texte du livre et lui donne son titre. C’est une drôle de nouvelle, dans laquelle Mrs Hanson, une représentante de commerce en corseterie (que l’on image aisément sous les traits de la vendeuse à domicile Peg Boggs dans « Edward aux mains d’argent ») cherche en vain une certaine tranquillité pour fumer une cigarette bien méritée. Elle aspire à autre chose... Empreinte de mélancolie, cette nouvelle fait surgir une Amérique de solitude et de conformisme, un tableau de Hopper. Willy Loman, le représentant de commerce de la pièce d'Arthur Miller, « Mort d’un commis voyageur », doit peut-être quelque chose à Mrs Hanson.
Cette nouvelle est inédite, elle a été retrouvée récemment par le petit-fils de F. Scott Fitzgerald et a été publiée dans le célèbre NewYorker l’été dernier. Elle est suivie de cinq autres, dans une traduction que l’éditeur nous indique actualisée : « Ma ville perdue », « Une centaine de faux départs »,  « L'effondrement », » Recollons les morceaux ! » et «  À manipuler avec soin ».
« L’effondrement » et les deux suivantes, qui abordent la dépression, me bouleversent depuis fort longtemps et sont à recommander sans modération (sauf ou surtout les soirs de cafard noir). J’ai beaucoup aimé « Ma ville perdue », que je ne connaissais pas, dans laquelle l’auteur évoque sa relation à New York, ville-concept, comme Paris, à laquelle on appartient par moment, comme à un être trop cher, et dont on se sent parfois, au contraire, étranger.
« Une centaine de faux départs » est aussi une nouvelle douce-amère, cette fois sur le métier d’écrivain. L’auteur dialogue avec des personnages qu’il aurait pu créer, rêve à des histoires qu’il a failli écrire. Ces potentialités se lisent avec grand plaisir, tant elles sont spirituelles et Fitzgerald touchant d'inquiétude et de modestie.

À découvrir, pour approcher davantage le grand romancier !



Bibliographie :
 
►« Merci pour le feu » de Francis Scott Fitzgerald, Carnets de l'Herne 2013

chez un autre éditeur, dans la même veine et prochainement sur le blog :
► « Des livres et une rolls » de Francis Scott Fitzgerald, préface Charles Dantzig, Grasset 2013
 

 
Ouvrage reçu dans le cadre de «Masse Critique», opération organisée par Babelio.

1 commentaire :

  1. Belle recension !

    À noter pour les amateurs de Z... http://www.babelio.com/livres/Taylor-Zelda-et-Scott-Fitzerald--Les-Annees-20-jusqua-l/35831

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