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9 juillet 2013

Pénélope, égale à Ulysse dans le courage et la ruse : la réécriture brillante de Violaine Bérot

Jamais je n’aurais découvert Violaine Bérot sans le portrait qu’a consacré le magazine Next à l’écrivaine. Est-ce moi qui ait mal découpé les pages ? Je ne retrouve pas le nom du journaliste auteur de ce bel article.
Plusieurs pages consacrées à cette femme étonnante ont forcé et mon admiration et ma curiosité. Violaine Bérot a vécu plusieurs vies, et semble tisser avec la nature, avec la montagne particulièrement, sa plus belle histoire d’amour. Et pourtant, à lire «Pas moins que lui», l’on devine bien que les hommes comptent pour elle.

Vingt ans que chaque soir tu essaies de t’endormir, tes mains, tes bras enserrant du plus fort qu’ils peuvent ton corps, tentant d’apaiser les hurlements de solitude que ce corps abandonné n’arrive plus à taire. p.29
 
Le livre est une réécriture de certains chants de «l’Odyssée» d'Homère, ceux consacrés à Pénélope. Pénélope, l’épouse ô combien fidèle, celle qui file le jour et défait son ouvrage la nuit. À elle, comme d’autres avant la romancière d’ailleurs (ainsi de Margaret Atwood avec « L'Odyssée de Pénélope »), Violaine Bérot se consacre.
Si le narrateur ne s’exprime pas à la première personne, c’est pourtant tout comme.
En quelques lignes, nous sommes Pénélope, et nous le sommes entièrement, pleinement, les 89 pages que dure le récit. Car l’auteure parle à Pénélope, elle lui dit tu, et ce tu intime, confidentiel, adressé à Pénélope, devient un tu adressé au lecteur…
Avec un style particulier, entre lyrisme et brièveté de la forme (de très courts chapitres rythment le texte), Violaine Bérot dit cette femme qui n’en peut plus d’attendre, qui, à la limite de la folie, du suicide, désire toujours Ulysse qu’elle se surprend parfois craindre de reconnaître tout autant que de ne pas reconnaître. Vingt ans après.
 
On ne peut s’empêcher de se dire, lorsqu’on a lu l’article de Next, que les années qu’a vécu Violaine Bérot dans une cabane, d’auto-subsistance, ont servi son écriture, que l’on dirait jetée sur le papier sans efforts, sans ratures, avec évidence. Comme on lit «Pas moins que lui» : d’une traite.

Je ne sais si l’écrivaine se reconnaît dans un féminisme, quel qu'il soit. Mais il m’a semblé qu’avec cette force qu’elle donne/rend à Pénélope, icône pour jamais de la fidélité conjugale envers tout et contre tous, elle confère au mythe une dignité moderne réjouissante.


«Quand Ulysse reviendra, comment parviendras-tu, après avoir passé seule tant de milliers de nuits, à supporter chaque soir près de toi sa présence ?
Ne seras-tu pas horrifiée par cette envie monstrueuse, indicible, honteuse, qui te submergera : le voir s’éloigner à nouveau pour mieux l’aimer.»

3 commentaires :

  1. Les extraits cités sont très beaux.
    On a donc envie de lire ce livre! Merci.

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  2. L'auteur de l'article s'appelle Xavier Houssin (http://www.xavierhoussin.com).

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