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31 juillet 2013

Roma/Roman, Ciné-Roman : mise en abîme de fantasmes éculés

«Roma/Roman» : un livre sorti il y a de longs mois déjà, rentrée littéraire de début d’année civile, alors que la grande, celle de septembre, approche à grands pas.

Et malgré cela, bien que je sois d’accord avec certaines chroniques littéraires forcément depuis longtemps parues, j’ai décidé de faire part de mon agacement. Ce n’est pas que le livre soit mauvais, réellement. Ce n’est pas qu’il soit ennuyeux, pas franchement.

Mais j’ai refermé les 300 et quelques pages que compte cet hommage dithyrambique à Alain Resnais, à Emmanuelle Riva, à Delphine Seyfried dans «l’Année dernière à Marienbad», avec une exaspération qui n’avait fait que monter le long de ma lecture.

Il s’agit d’un roman en deux parties, respectivement scindées en trois sous-parties réparties entre les protagonistes du triangle amoureux et artistique de toute une vie. Il y a Adrien, cinéaste, mégalo, obsédé et prolo refoulé. Ariane, bien sûr, actrice d’un film qui se rêve mère de toutes les femmes et fille de la Terre, psychothérapeute et ex-nympho qui faisait bander tout Rome et a même fait le trottoir.
Et Jim, acteur devenu écrivain, bourgeois qui ressasse l’histoire d’amour ou de sexe qu’il a vécu avec Ariane (comment savoir ?), avec laquelle il a tourné ce film impossible d’Adrien, «Ciné-Roman», et qu'il invoque pour écrire son chef d'oeuvre, «Roma/Roman».

Dans chacune de ces six séquences, le narrateur, omniscient, s’adresse aux personnages. Il leur dit vous. Cela, déjà, est intéressant : dans «Pas moins que lui», Violaine Bérot use de ce procédé littéraire avec bonheur. Elle s’adresse à Pénélope avec le tutoiement de l’intimité, de la proximité, entre femmes. Ici, Philippe de la Genardière dit vous à Adrien, Ariane et Jim. Bien sûr, Ariane, comme dans «Belle du Seigneur», mais qui tient aussi de l'héroïne de «Belle de jour», vous l'avez compris, et bien sûr, Jim, comme dans «Jules et Jim», l'ultime triangle amoureux.
 
Ariane et Jim ont été les héros et les victimes de «Ciné-Roman», et lorsque l’heure de la célébration des vingt ans du film arrive, c’est sur «les lieux du crime» qu’elle se prépare : à Rome, là où leurs vingts ans à eux étaient occupés à tourner cette œuvre d’Adrien, amoureux éconduit d’Ariane, qui alors couchait avec Jim. Voilà : ce paragraphe, c’est tout à fait le style de l’auteur. Des phrases qui tournoient, des virgules à n’en plus en pouvoir, du maniérisme, du perfectionnisme sans fin et de grands mots, presque, il faudrait encore des majuscules, Cinéma, Amour, Désir, Spleen,…

Si cela n’avait été l’été, si je ne détestais pas autant ne pas terminer un livre, j’aurais jeté loin de moi ce «Roma/Roman» qui ressasse jusqu’à la nausée les thèmes que l’auteur, visiblement, chérit : la Beauté, le Mythe, la Création, la Femme, même, l’Éternel féminin, et ici, en plus, Rome.
N’en jetez plus. Très intéressant, et très pédant aussi. Histoire de, on pourrait répliquer et citer Lacan, selon lequel la femme n'existe pas - mais on ne va pas se lancer, même si au vu de la récurrence du phallus dans le livre, ça tiendrait la route.

L’écriture est belle, et malgré sa prétention, elle reste fluide. Mais la quasi-absence d’intrigue dans ce roman psychologique rend sa lecture ardue - surtout, je plains les lecteurs enthousiastes qui ont pensé découvrir Rome dans ce livre : il faut y avoir séjourné pour suivre les errements des personnages ; il en faut des références pour suivre l’auteur, à l’élitisme assumé.

Empreint d’une nostalgie conservatrice, le récit est celui d’un sanglot devant ce temps révolu, celui où les femmes étaient des icônes mystérieuses, gardiennes d’un temple de la féminité, ce n’est pas pour rien qu’Ariane s’appelle ainsi, personnage mythologique et personnage romanesque mythique. Ariane est une femme pour ces hommes qui regrettent l’âge d’or hollywoodien et ses femmes fatales, qui ne parlent qu’avec leurs yeux de braise et invitent à l’amour par un jeu de jambes.

Bref, le fil d'Ariane est un peu gros, non ?

«Roma/Roman» de Philippe de la Genardière - Actes Sud 2013

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