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4 août 2013

Les surprenantes autos tamponneuses de Stéphane Hoffmann

«Je suis comme tout le monde, André : rien ne va comme je le désire, mais tout va comme je le veux. L’embêtant, c’est que je ne veux plus rien. Et, donc, je ne vaux plus grand-chose.» C’est ce que Pierre, le narrateur des «Autos-tamponneuses» explique à son ami Dédé, restaurateur près de Vannes.
Il faut dire qu’il doit en expliquer des choses, Pierre. Cela fait des dizaines d’années qu’il vit loin de chez lui, loin de sa femme, loin de sa maison : à Paris, où il est un homme d’affaires éminemment riche et respecté, entretenant relations et liaisons avec régularité.
Mais voilà, c’est plutôt «était» qu’il faut dire, car Pierre a décidé de rentrer dans le golfe du Morbihan. De prendre sa retraite, de quitter la gouvernance du groupe qu’il a dirigé, surtout après le décès de son beau-papa adoré - depuis la mort de Bébert, rien n’est plus comme avant.

Initialement paru il y a deux ans chez Albin Michel, il a figuré dans la dernière liste du prix Interallié
- de 2011 donc, et l’auteure Stéphanie des Horts n’a pas hésité à me dire sur Twitter qu’il aurait dû avoir le prix. Rétrospectivement tout à fait d’accord avec elle : il y a le style enlevé, bien sûr, mais surtout, cet humour vache qui a dû la séduire et m’a séduite. Avec Stéphane Hoffmann, tout le monde en prend pour son grade : du bon peuple aux aristos, en passant par les grands bourgeois et les petits, personne n’est épargné. Humour vache, certes, mais humour anglais : on rit parfois pour ne pas pleurer, et l’ironie cache souvent la tendresse - distillée avec parcimonie…

Dans la première partie, le lecteur est happé par l’égoïsme de Pierre. Il voit le monde à travers ses yeux, et s’amuse de ses bons mots, de ses belles phrases, admire son détachement : des affaires, du monde. Puis, il y a comme un tournant, un moment où on en sait davantage sur lui, il a bien fallu que le narrateur en dise davantage, et ce n’est pas pour le servir. On se méfie. On se dit que cela pourrait mal tourner, ou en tout cas, on se demande où l’auteur va nous emmener. Et le rythme s’accélère, et les péripéties se nouent là-bas, du côté de Vannes, entre les époux, entre eux et leur voisinage, les interventions du meilleur ami de leur fils mort noyé à seize ans, et d’un seul coup, lumière, Pierre est pris qui croyait prendre.

Je ne vous en dirai pas plus, je vous en ai déjà trop dit, mais je vous conseille vraiment la lecture de ce livre. Car c’est aussi, en cette période triste d’individualisme forcené, un roman de réconciliation - un roman gaullien. Qui aime bien châtie bien.

Les autos tamponneuses de Stéphane Hoffmann - Le livre de poche 2013

6 commentaires :

  1. Je n'avais pas entendu parler de ce roman, mais tu me donnes envie de le lire!

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  2. C'est vrai que l'humour vache de ce roman est assez réjouissant.

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    1. Je viens de lire ta critique, toi tu l'avais lu à sa sortie, bravo !

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  3. Je ne connaissais pas du tout ce roman, merci pour cette découverte, je note! =)

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