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19 août 2013

Spéciale Première : le journalisme vu par Wilder, c'est sensas !



Pourtant, je sais, ça ne fait pas longtemps que j'ai rédigé un billet sur un film de Billy Wilder. C'est cette terrible actualité cinématographique qui m'oblige à vous parler encore de lui. S'il était vivant, je suis sûre qu'on me soupçonnerait de quelque chose. Mais il est tout à fait mort, ce cher cinéaste. On ressort ce mois-ci au cinéma une version restaurée de « Spéciale première ». Quoi, ça ne vous parle pas ? Si je vous dis que ce film de 1974, c’était « The front page », ça va mieux ? C’est que l’on parle d’un temps que les moins de… 40 ans, facile, ne peuvent pas connaître. Un temps où le vendeur de journaux criait « spéciale première édition ». Bref. Si le film s’appelle la « Une », cette page qui doit susciter l’acte d’achat, on se doute que Wilder va parler de journalisme ! Mais pas que.

D’abord  il y a ce générique qui nous montre la fabrication de la presse à l’ancienne, comme ça n’existe plus désormais, avec le numérique et même avec des journaux qui ne paraissent plus que sur Internet (cf le célèbre magazine américain Newsweek…). Ensuite on enchaîne avec une intrigue plutôt basique au départ, très pièce de boulevard (normal le film EST tiré d'une pièce de boulevard) : un journaliste chevronné, Hildy Johnson (Jack Lemmon), fatigué de ce métier passionnant mais épuisant et mal payé, s’apprête à convoler en secondes noces. Mais une succession de péripéties toutes plus folles les unes que les autres l’empêchent de partir, et il se retrouve à s’occuper de cette affaire dont il ne voulait pas : la pendaison d’un doux dingue, un anar au grand cœur qui a tué un flic par accident – même pas intentionnellement. On est en 1929, au cœur de la Sin City de l’époque : Chicago. Les journalistes jouent aux cartes, et sont, à l’image de la ville, assez corrompus, sans grands états d’âme. Les politiques, le maire et le shérif sont eux aussi complètement tournés en dérision, capables de cacher un sursis à exécution de mise à mort pour servir de toutes proches élections.

Jack Lemmon est Hildy, toujours sur le départ de la salle de presse...

« Spéciale première » se déroule quasi entièrement dans la salle de presse du tribunal, c'est un joyeux huis-clos.
Joyeux, enfin, presque, car pour justifier leur paye les journalistes servent en direct à leur journal le contenu éditorial que ce dernier attend, peu importante la vérité, l'investigation est inexistante. Un rôle de prostituée au grand cœur rappelle des personnages de Brecht, et l'anticommunisme primaire est abondamment moqué. Bien sûr, la stupidité des policiers fait sourire. Mais lorsque, opportunément, on leur demande de tirer chez les Amis de la liberté, le spectateur est en droit de se poser la question : les États-Unis ont-ils beaucoup changé ?...

À sa sortie le film a reçu le Golden Globe de la meilleure comédie. Pas de doute, c’était mérité.

« Spéciale première », de Billy Wilder, avec Jack Lemmon, Walter Matthau et Susan Sarandon – actuellement en salles, ou DVD Bac films 2012

2 commentaires :

  1. Bonjour, je pense que je reverrai ce film en DVD (il est en effet ressorti sur grand écran à Paris (au moins) et la Bande-annonce m'a assez réjouie). Un Billy Wilder vaut toujours le détour. Un immense réalisateur qui n'a pratiquement fait que des chefs d'oeuvre. Bonne journée.

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    1. Pas seulement à Paris : je l'ai vu à Chartres :) Belle journée à vous !

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