barre horizontale




4 septembre 2013

Rentrée littéraire 2013 #2 : Bergsveinn Birgisson, La lettre à Helga


« Chère Helga ». Le roman de Bergsveinn Birgisson est un vrai bijou épistolaire. Au crépuscule de sa vie, un homme écrit une lettre d’amour à la femme qu’il a un temps connue mais toujours aimée. Aux confins de l’Islande, au pied de la colline de Ljosuvöllur, Bjarni est marié à Unnur et exerce sa profession de contrôleur des provisions de fourrages. La maison d’en face est occupée par un autre couple, Hallgrimur et Helga, à qui la lettre est destinée.

« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrimur et toi. Je laisse mon esprit vagabonder alentour, sur ces mêmes collines qui sentaient bon le soleil, il y a si longtemps. C’est à peu près tout ce que je puis faire à l’heure qu’il est. »

Le livre marque par la force de ses évocations, et la beauté des paysages retranscrite avec finesse et simplicité ne vient pas seulement donner un cadre bucolique à une idylle passée. La lettre se transforme peu à peu en récit, voire en essai, jusqu’à devenir roman intime et chaleureux sur l’amour, le travail, la nature et l’attachement à la terre natale. L’amour pour Helga est grand, passionné et sensuel, mais il est aussi profondément humaniste.  

À la lecture de la lettre se fait sentir le souffle des jeunes brebis dans le vent du Nord, ainsi que l’odeur du skyr, le fromage blanc que prépare Unnur tandis que Bjarni embarque en mer. Ponctuée d’anecdotes tendrement humoristiques sur la vie quotidienne dans la montagne islandaise, « La Lettre à Helga » abrite une réflexion sur la condition moderne de l’homme, et en creux, de l’amour.

« Ça ne les dérange pas les gens des villes, de n’être pas en prise avec le monde, d’être insensibles et amorphes et de chercher la consolation dans la drogue et l’adultère ; d’avoir seulement à se demander si ils doivent se supprimer ou pas. Y a-t-il rien de plus terrible que d’attendre que la vie s’écoule ? Au lieu de mettre la main et la pâte et d’amasser des vivres. Et puis ils composent des poèmes et écrivent des romans sur la froidure et la solitude de la ville.  Pourquoi donc ont-ils quitté la campagne ? Qui les en a priés ? » 

Poétique et chaleureuse, « La lettre à Helga » appelle à l’émerveillement, tout en distillant quelques touches d’amertume et de regret qui donnent au roman une véritable profondeur d’âme.


Bergsveinn Birgisson


4 commentaires :

  1. J'ai hâte de le lire, merci pour ton avis enthousiaste! ;)

    RépondreSupprimer
  2. je viens de le terminer et je l'ai adoré, dégusté...."bijou épistolaire" est bien mérité

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Encore un commentaire positif, ce livre est plébiscité ! Merci Eve pour votre message.

      Supprimer