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28 septembre 2013

Rentrée littéraire 2013 #4 : Yves Tubergue, Le crépuscule d’un monde

C’est cette France «de 36 à 68 chandelles», comme la chantait Ferrat, qui est l’objet du livre d’Yves Tubergue : «Le crépuscule d’un monde», publié chez Plon.
Ce roman se veut l’écho de la classe ouvrière, dont les ouvrages de sciences sociales se demandent si elle existe encore. L’auteur répond par les errements existentiels et autres hésitations morales de David Martin, fils d’un ouvrier tué lors d’une marche en 68, descendant d’un grand-père artisan et d’un arrière-grand père qui se remémore avec autant d’ironie que de nostalgie les luttes de 36.
David a aussi un oncle qui est parti sous le soleil de la corruption marseillaise, et qui à la fois attire et répugne le jeune homme. L’oncle René pense qu’ «On n’améliore pas la condition ouvrière. Elle est ce qu’elle est depuis toujours, pour toujours. On y crève ou en s’en échappe. On n’y échappe pas, tu entends, on «s’en» échappe, et il n’y a pas deux solutions. Tu te démerdes sans regarder sur les moyens.»

David tente de suivre ce conseil auprès de lui, pendant quelques temps, mais n’y parvient pas. David ne parvient d’ailleurs à rien. Il ne reste pas plâtrier auprès de son grand-père, ne parvient pas, dans les premiers temps du roman, à penser à son père, il ne parvient pas non plus à rendre son amoureuse heureuse, ni sa mère d’ailleurs. Il y a des choses qu’il ne parvient pas à faire, d’autres qu’il refuse de faire, de rester à l’armée par exemple, alors qu’il est un des rares pour qui c’est une expérience positive.

Et le lecteur ? Le problème, c’est que si David ne parvient pas à grand-chose, l'auteur ne parvient pas non plus à nous passionner.
Alors si j’ai bien compris que ce «Crépuscule d’un monde» est une sorte de requiem pour le monde ouvrier, d’hommage à ces hommes et ces femmes qui ont accepté, qui acceptent encore d’être soumis à la discipline de la chaîne, d’hommage ému à ces familles pour qui le début du mois n’est guère plus brillant que sa fin, il reste l’intérêt de l'intrigue
. L’intrigue, ce n’est pas rien dans un roman, n’est-ce pas.

Ainsi tous les bons sentiments que je peux partager avec l’auteur, toutes ses descriptions incroyablement réalistes et touchantes du quotidien ouvrier n’y font rien : je me suis franchement ennuyée. Les rebondissements bégayants, le coup de foudre le soir du 10 mai 1981, bref je ne vais pas développer davantage : malgré tout l'intérêt que l'on peut porter à ce sujet des luttes sociales, il reste qu'on cherche dans une œuvre romanesque autre chose que dans un ouvrage de sociologie.
 

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