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6 octobre 2013

Mauvais Genre : questionnement du masculin et du féminin durant les années folles

Lorsque j’ai vu la couverture de cette BD et son bandeau rouge, j’ai tout de suite su de quoi il retournait. En effet, intéressée par les questions de genre, cela m'a rappelé la publication des travaux l'ayant inspirée.
 
Sous le titre de «La garçonne et l'assassin», Fabrice Virgili et Danièle Voldman, deux historiens, se penchaient dans un ouvrage universitaire mais au sujet extravagant sur un couple hors normes.
 
Ce livre de microhistoire (rappelons qu’il s’agit d’un courant de l’histoire dont l’étude porte sur les individus et les petites communautés humaines) est celui de Paul Grappe et Louise Landy. Ce couple fascinant montre, encore une fois, que la réalité dépasse toujours la fiction.
 
Pourquoi ? Mais parce que tout de même, dix ans de travestissement d’un déserteur, cela semble tellement incroyable qu’il faut bien l’érudition de chercheurs et leurs archives pour que l’on puisse y croire.


Louise et Paul se marient peu avant la Grande Guerre. Paul, traumatisé par les tranchées et les gueules cassées, déserte au bout de quelques mois. Fatalement contraint à la clandestinité, il se travestit, aidé en cela par sa femme, qui l’accompagne également dans ses sorties érotiques au bois de Boulogne. Alors que battent les années folles, Louise et Suzanne ce sont finalement deux garçonnes colocataires, pour qui tout bascule à nouveau lorsque les déserteurs sont enfin amnistiés et que Suzanne peut redevenir Paul…
 
Ce qui ne va pas sans mal, sans heurts pour Paul, qui renoue avec la virilité. Il s’explique dans la presse, en disant d’abord qu’au moment de l’aministie, il a été délivré de la tyrannie des jupes. Mais ensuite, combien cela est complexe de «redevenir un homme» lorsqu’on a passé tant de temps à copier la démarche, les attitudes et comportements féminins qu'ils en sont devenus naturels : on ne peut s’en défaire facilement. Et puis, c’est sa jeunesse aussi, puisque Paul fut Suzanne Landgard de 24 à 34 ans... Cependant, il n'échappe pas à une fin tragique : très alcoolique, violent, il finit tué par Louise lors d'une énième altercation.
 
 
Il était assez logique qu’un artiste ait envie de s’inspirer de destins aussi romanesques.
 
Chloé Cruchaudet a relevé le défi de l’adaptation haut la main dans «Mauvais Genre», un titre qui recèle toutes les ambiguïtés de Paul, mais aussi celles de Louise…

La BD, roman graphique par la beauté de sa mise en forme, variée, ses cases estompées ou inexistantes (de vrais pastels !), l’attention portée à un dessin soigné, méticuleux, est une très grande réussite.
Alors, oui, l'auteure prend quelques libertés. Mais les adaptations libres de cette qualité donnent envie de jouer les prolongations, et l’on n’en sait que davantage gré à Chloé Cruchaudet.

«Mauvais Genre» de Chloé Cruchaudet - Delcourt Mirages 2013

«La garçonne et l'assassin» de Fabrice Virgili et Danièle Voldman - Payot 2011

Edit : L'album a reçu le prix Landerneau BD 2013. Cette année le jury était présidé par Joann Sfar. L'album a également reçu le Grand Prix de la Critique 2014 de l'ACBD, notamment devant Annie Sullivan & Helen Keller, ainsi que le prix de la meilleure BD 2013 décerné par le magazine Lire.

3 commentaires :

  1. une idée intéressante , j'essaierai de le feuilleter en librairie!

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  2. Tu as bien raison en disant que la réalité dépasse toujours la fiction! Cette histoire est hallucinante et la BD très réussie ;)

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