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2 octobre 2013

Parlez-moi d'amour : ironique injonction chez Carver, tragique chez Joyce Maynard

Premier roman de Joyce Mayard, «Baby Love» paraît aux États-Unis en 1981. Je vous ai vanté les «Filles de l’ouragan», pourquoi ne pas avoir parlé de ce livre ?
 
Réédité cette année, je l’ai pourtant lu à sa sortie. Mais je n’ai jamais réussi à écrire le billet.
 
«Baby Love» raconte la maternité précoce à travers le portrait de plusieurs adolescentes américaines, dans une petite ville paumée des States.
 
Elles tentent difficilement de se construire, à travers l’enfant dans lequel elles se projettent, sitôt acquis qu’elles ne seront rien ni personne, ou contre lui.

Elles se connaissent toutes, bien sûr : la ville est petite, étriquée, comme les mentalités. Pas de livres, la télé en fond sonore. Pas de perspective, le mariage pour tout horizon. Ce livre désespéré, désespérant, violent, j’ai longtemps cherché les mots pour en parler.
 
Joyce Maynard

Et puis, avec un peu de retard, j’ai découvert Raymond Carver à l’occasion de la parution en Points poche de trois volumes de nouvelles, dont la traduction a été récemment retravaillée conformément aux textes originaux. J’ai lu «Parlez-moi d’amour», paru en … 1981. Comme «Baby Love».
 
Même Amérique : espoirs ridicules déçus, maris cocus, épouses frappées, enfants sacrifiés, vies familiales à pleurer, amours ratés, deuils impossibles.
Raymond Carver a été une ordure pendant une bonne partie de sa vie. Le réalisme de ses  nouvelles, dont la brièveté n’a d’égale que la cruauté, doit sans doute beaucoup à ses années d’alcoolisme, alors qu’il était un mari violent et possessif. Néanmoins, la crapule a fait un si bon romancier qu’à sa mort, il a été tout de même été surnommé le «Tchekhov américain», référence à la concision du Russe. Carver était effectivement capable d’une concision similaire : dans «Un problème de mécanique», il lui faut moins de trois pages pour dépeindre un drame familial atroce et bousiller la journée du lecteur.

Alors, évidemment, si lorsque vous avez admiré le graphisme de la couverture de «Parlez-moi d’amour» vous avez entendu Lucienne Boyer vous chanter «Redites-moi des choses tendres», n’ouvrez pas ce volume - ni les autres.
 
Raymond Carver

Néanmoins, même si vous avez entendu Lucienne Boyer, vous pouvez vous laisser happer par ces terribles mélopées. Mais je reconnais qu’il faut un certain goût pour le désespoir.

«Baby Love» de Joyce Maynard - Philippe Rey 2013
 
«Parlez-moi d’amour» de Raymond Carver - Points poche 2013

4 commentaires :

  1. Babylove m'avait fait froid dans le dos mais je le garde bien en mémoire. Jamais lu Carver encore....

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    1. Ah je comprends complètement ce que tu veux dire : j'étais seule quand je l'ai terminé, et je suis allée vérifier que la porte d'entrée était verrouillée...

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  2. Whaouh... des livres "chocs" ! Tu ne le recommandes donc pas si l'on a l'âme sensible d'un Bisounours ? J'avoue qu'en ce moment, j'ai foi en la vie alors... Si c'est pour me démonter le moral, snif ! Devrais-je passer mon chemin ?

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    1. Voilà, c'est cela ;)
      En fait Carver c'est très noir, très sombre, mais à la limite, tu peux lire quelques nouvelles pour découvrir et te faire une idée. Pour "Baby Love" de Joyce Maynard, ce qui est dur c'est que c'est un roman, donc tu as le temps, tu t'attaches à ces filles, et lorsque de graves menaces commencent à planer, tu as franchement la trouille. Le livre est réussi, il n'y a rien à dire, mais il te secoue !

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