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12 octobre 2013

Rentrée littéraire 2013 #5 : Cécile Coulon, Le rire du grand blessé

La valeur n’attend point le nombre des années, et on peut en trouver un exemple flagrant en la personne de Cécile Coulon, qui n’a pas terminé ses études de Lettres Modernes mais publie, en cette rentrée littéraire 2013, son -déjà- sixième texte.

«Le rire du grand blessé» est un court roman, 132 pages d’urgence à dire l’autoritarisme terrible vers lequel nos sociétés occidentales se dirigent à grand vitesse.

«Le rire du grand blessé» est donc un roman d’anticipation noir, une dystopie dans la veine des maîtres du genre, les critiques l’ont dit, Ray Bradbury n’est jamais loin et l’ombre d'Aldous Huxley comme de George Orwell planent.

Mais Cécile Coulon invente sa propre histoire, celle d’un membre exceptionnel du Service National, police qui veille à l’organisation de lectures publiques («Manifestations à Haut Risque») pendant lesquelles sont déclamés des textes calibrés pour plaire à de grandes masses.
En effet dans cet État - volontairement innommé -, à cette époque - volontairement indéterminée -, la littérature a disparu. Seuls sont autorisés des livres «Frissons», «Haine», «Fous Rires», etc. 
 
Les membres du Service National sont engagés à de nombreuses conditions, leurs aptitudes physiques étant déterminantes, mais la condition sine qua non est fondamentale : ils doivent être analphabètes. Ainsi, leur gestion de ces divertissements chronométrés est implacable.
Un jour, un jeune homme pauvre à la volonté de fer devient 1075 au moment de son intégration dans le Service National…

«1075 détestait les hommes libres, parce qu'ils ne possédaient rien, et qu'ils en étaient fiers.»

Je me refuse à divulguer des éléments supplémentaires de l’intrigue : ce roman est un des plus réussis que j’ai lus depuis quelques temps, un de mes coups de coeur de la rentrée littéraire, et vraiment, je vous le conseille. Mais comme je l’ai indiqué, il est court, tient presque de la forme brève avec ses petits chapitres condensés, ramassés, percutants, et je ne voudrais pas gâcher le plaisir du suspens.
Le régime totalitaire imaginé par l’auteure n’advient pas à cause d’une crise financière, il est l’enfant de la peur, et, vous le découvrirez, l’enfer étant pavé de bonnes intentions, le fruit pourri du dévoiement d’une idée humaniste.

«Le rire du grand blessé», Cécile Coulon - Viviane Hamy 2013

Cécile Coulon

«Enfin venaient tous les gosses qui avaient grandi sans passer par la case alphabet ; des petites frappes rusées, rapides, prêtes à tuer pour se retrouver sur le parking d’un stade. La promesse d’un salaire, d’une reconnaissance sociale à la hauteur des humiliations vécues effaçait les douleurs à venir. Peu importait. Ils avaient tous entendu parler d’un type comme eux, promis à la chute, devenu riche à ne plus savoir quoi faire de l’argent, l’espace, le pouvoir qu’on lui avait octroyés en contrepartie de son ignorance.»

2 commentaires :

  1. Ah bah voilà ! De l'anticipation ! Ça c'est bien. Après si elle est intelligente, c'est encore mieux ^^.

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