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15 octobre 2013

Une place à prendre : chroniques de la détresse ordinaire en Angleterre


On ne présente plus guère l’auteure de la série Harry Potter. Sa propre histoire est un conte de fées (J.K.Rowling était mère célibataire au chômage…), et son nom s’est étalé en grosses lettres un peu partout. Chez quelques réfractaires à la sorcellerie à haute dose, elle n’avait pas encore suscité d’engouement, et c’est donc avec entrain qu’elle a dû s’atteler à les séduire. D’où « The Casual Vacancy », titre traduit par « Une place à prendre ». Paru l’année passée chez Grasset, le gros volume est en ce mois d’octobre lancé par Le livre de poche.


photo © vivelaroseetlelilas

On n’a guère de mal à reconnaître le talent de l’écrivaine : elle capte littéralement son lecteur dans les filets de ce roman fleuve. Très rapidement, on est catapulté à Pagford, petite bourgade située en Angleterre – enfin théoriquement, car la ville est imaginaire. Dans cette petite ville que l’on dirait selon une expression en vogue «  à taille humaine », il y a une vieille abbaye, de vieux us et coutumes, de vieilles bonnes habitudes. Et puis une cité jeune, problématique : les Champs. Frontière spatiale, frontière psychologique, frontière juridique aussi : les Champs relèvent à la fois de Pagford, et de Yarvil, la ville voisine, plus grande, en un mot, la rivale.
 
Dans un périmètre restreint, J.K.Rowling dessine une géographie de la haine, oppressante, qui fait de ce livre un thriller social haletant. Jusqu’à la mort de Barry Fairbrother, un homme politique engagé et intègre, les rancunes étaient là, tapies, les jalousies, cachées, les violences, sourdes. Bien sûr, son décès accidentel les ramène sur la place publique : il va falloir que Barry soit remplacé, et par qui ? Une place à prendre, on l’a dit… Une place à prendre, en politique comme dans les cœurs ! Mais non contentes d’être affichées, haines et jalousies sont décuplées sans cet homme qui agissait comme un filtre social sur tout un chacun. Il n’y a plus son amitié pour rassurer les hommes, charmer les femmes. Sa verve est absente pour maintenir les aides sociales aux Champs, d’où il venait.
Et alors qu’à Pagford on se positionne à l’annonce de cette mort, d’étranges messages sont publiés sur le forum de la ville : le Fantôme de Barry Fairbrother aurait son mot à dire, et autant l’homme vivant faisait consensus, autant son fantôme accroît la zizanie… Les phénomènes surnaturels sont certes la spécialité de J.K. Rowling, mais en l’occurrence, il ne s’agit absolument pas d’un spectre.
Peut-être vous souvenez-vous d’un livre dont je vous ai parlé il y a quelques mois, « La dernière conquête du Major Pettigrew ». Dans ce livre, il était aussi question, de nos jours, d’une bourgade britannique moyenne, avec son lot de médisances, de nouveaux riches, de racisme ordinaire. J’avais trouvé l’intrigue longue, l’histoire trop gentillette.

Ici, malgré le suspens qui nous taraude, j’aurais tendance à reprocher un peu l’inverse, preuve que l’on est jamais tout à fait content, comme lecteur. Car J.K. Rowling ne fait pas dans la dentelle (enfin plutôt dans la broderie anglaise), elle ne nous épargne aucune violence physique, sexuelle, verbale actuellement en cours dans n’importe quelle ville européenne de ce type. Et parfois, cette écriture réaliste file sacrément le bourdon.
 
C’est pourquoi, bien que j’ai dévoré le livre en trois jours, me déplaçant même chez moi d’une pièce à l’autre bouquin à la main pour savoir si Terri allait replonger dans la drogue ou Simon frapper à nouveau son fils, cette atmosphère pesante sinon sordide n’est pas à recommander aux âmes sensibles...


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6 commentaires :

  1. Ah ce livre... ce livre! Je n'aurais pas forcément imaginé qu'il trouve ici une belle place, mais j'en suis ravie. Sans faire ma crâneuse, je l'ai lu à sa sortie en anglais, je me souviens m'être précipitée pour l'obtenir le jour de sa sortie... JK Rowling m'a vraisemblablement jeté un sort il y a une douzaine d'années... Je fais partie de ceux qui ont grandi en même temps que Harry Potter (peut-être même un peu plus, hum...) et retrouver l'auteur avec ce livre est somme toute parfait : il était temps de grandir, de fouiller plus avant l'âpreté parsemée dans la saga... Je me souviens qu'à sa sortie en anglais le livre a été très critiqué en France, à mon grand étonnement. JK Rowling a une fois de plus remporté la timbale en se faisant le miroir de ceux qui ne l'auront jamais, cette satanée timbale! (toujours sans faire ma crâneuse, et sans avoir lu la traduction, lire cet ouvrage en anglais est me semble-t-il un petit plaisir supplémentaire tant l'anglais employé par l'auteur est raccord avec le village qu'elle dissèque...)

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    1. Merci Lucie pour ton commentaire presque en VO ;) Pour ma part il était évident qu'une lecture in english aurait été bien trop hasardeuse !

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  2. Alors vous m'avez toutes deux convaincu, et je me décide à quitter les bancs de Gryffondor pour me diriger vers la cour des grands :-)

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    1. Merci Ron ! Reviens nous dire ce que tu en as pensé à ton tour :)

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  3. Que dire de plus ? Sinon que n' ayant pu lire aucun volume relatif à l'illustrissime ;-) Harry, je me verrais bien prendre ma place dans un confortable fauteuil pour lire ce qui nous est ici présenté comme l' un des livres à ne pas manquer en cette rentrée, déjà un peu lointaine !

    Merci "Vive la rose " !

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    1. Un fauteuil, un plaid, un chat à caresser pour les moments difficiles du livre, et bonne lecture !

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