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7 novembre 2013

Masculin/Masculin, in nuda veritas est

Après Vienne en 2012, c'est au tour de Paris de recevoir une exposition consacrée à «l'homme nu dans l'art de 1800 à nos jours». Le Musée d'Orsay propose en effet sur ses cimaises temporaires «Masculin/Masculin», depuis le 24 septembre. En Autriche l'exposition avait fait grand bruit, fortes protestations ayant été émises à l'encontre de l’œuvre choisie pour l'affiche : «Vive la France», photographie peinte de Pierre et Gilles présentant trois footballeurs français black-blanc-beur aux chaussettes idoines, de face, habillés uniquement de celles-ci - et de leurs crampons. Le sexe a l'air, en somme.
Pour l'affiche de l'exposition française, c'est une autre œuvre du duo d'artistes qui a été retenue : «Mercure», photographie peinte d'un homme nu, de dos cette fois-ci, figurant la divinité antique. A priori moins polémique puisque d’un classicisme kitsch, celle-ci n'a pas provoqué de levée de boucliers puritains.



L'exposition s'ouvre sur un faune en marbre de Pierre Puget. Un faune. Pas tout à fait un homme, donc, mais définitivement un mâle. Mais pas seulement : il y aussi un Saint Sébastien, dont la paternité est attribuée à Georges de la Tour, ce que Dider Rykner, dans sa bien connue Tribune de l’art, prend soin de contester.
Revenons à notre homme nu, beaucoup moins souvent représenté dans l'art que la femme. C’est justement cette inégalité que l'exposition entend compenser, en présentant une concentration inhabituelle de verges en un seul lieu. Ceci posé, la réparation de cette inégalité de genre, quelque juste qu’elle soit, se voile tout de même d’un pudique avertissement : le musée prend soin de préciser que «certaines des oeuvres présentées dans l'exposition sont susceptibles de heurter la sensibilité des visiteurs (et tout particulièrement du jeune public)».
Des pénis donc, mais pas que. Le thème est avant tout celui du nu masculin, et ce qu’en ont fait les artistes à travers les âges. Objet d'étude académique classique, il semble s'être au cours des deux derniers siècles transformé en objet de controverses, de revendications, de critiques, voire les trois à la fois.

Les différentes parties de l'exposition : «L'idéal classique», «Nus héroïques», «Nuda Veritas», «Im Natur», «Dans la douleur» et «Objet de désir», décrivent cette évolution en montrant les différences avec les nus féminins.

Cette classification est contestable (certes comme toute classification), puisque beaucoup d'oeuvres pourraient être présentées dans plusieurs de ces subdivisions. Toutefois, dans l'ensemble, on se laisse facilement porter par cette organisation, et on passe sans entraves au milieu de sexes masculins divers, et plus généralement de corps dénudés, souvent gracieux, parfois sublimés, d'autres fois plus réalistes, ou même, simplement, présentés toute crue qu’est la chair.

Fil conducteur de l'exposition, les oeuvres de Pierre et Gilles trouvent aisément leur place dans l'accrochage, et détonnent par leurs couleurs vives et les corps lissés qui les composent.

Je me permets de regretter l'absence de «Dante et Virgile aux enfers», œuvre majestueuse de Bouguereau, qui était présente lors de la précédente exposition du Musée d'Orsay «l'Ange du Bizarre». «Dans la douleur» en aurait été encore rehaussée.

Jusqu'au 2 janvier 2014

«Masculin/Masculin»
Musée d’Orsay
62, rue de Lille
75007 PARIS

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