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5 novembre 2013

Rentrée littéraire 2013 #6 : Maria Pourchet, Rome en un jour

Alors que cette rentrée littéraire s'achève, puisque les prix commencent à être décernés les uns après les autres, un nouveau billet consacré à un roman de cette cuvée 2013. Avec «Rome en un jour», Maria Pourchet s’intéresse au déchirement d’un couple.
Quand j’ai commencé à écrire la critique de ce livre la première fois, j’ai voulu essayer de montrer ce que son auteure avait tenté de faire : montrer l’effondrement, inéluctable, d’un couple parisien moderne. Montrer comment, en une soirée, se cristallisent parfois dix ans de compromis, de doutes, de petites tromperies, et peut-être, de plus grands mensonges. Les mots âpres qui sont dits, qui ne peuvent plus être ravalés, les insultes.

photo © vivelaroseetlelilas

Quand j’ai commencé à écrire cette critique, donc, je voulais dire cela mais ma plume virtuelle s’est vite tarie. Car si «Rome en un jour» essaye de brosser ce délitement programmé, le temps d’une soirée (unité de temps, de lieu, d’action), Maria Pourchet se perd avec le récit, parallèle, de l’anniversaire surprise organisé par Marguerite pour Paul, auquel ni l’un ni l’autre ne se rendra finalement. Cet anniversaire - qui interrompt régulièrement le récit de la guérilla intra appartement à laquelle se livre le couple - est un long catalogue de boboïtude de second rang, de blagues douteuses. On s’ennuie autant que lorsqu’on a invité ses propres amis et qu’ils n'ont pas daigné apporter avec eux une anecdote, une bévue amusante, le récit intéressant d’une visite de musée. Du coup, quel intérêt le lecteur trouve-t-il à s’ennuyer en compagnie de Michel et des autres, qui ne sont même pas de ses propres connaissances ? Lui même, certainement un peu bobo (sinon, avouons-le, aurait-on choisi de lire ce livre ?), a assez à faire avec ses propres relations sociales parfois décevantes, qui peuvent également se laisser aller à dire qu’elles «ont fait Rome en un jour». Quelle horreur, tout de même. Tout cela sent le vécu, comme on disait quand j'étais ado.

Depuis septembre, je me suis intéressée aux questions sociales, ici et , je me suis promenée à Boston sur les traces de Hawthorne, j’ai lu de l’anticipation et une lettre d'amour fou.
«Rome en un jour», c’est donc jusqu'ici le seul roman parisiano-centré, le seul livre germanopratin que j’ai décidé de lire pour cette rentrée littéraire.
Ce livre, je pourrais méchamment le résumer ainsi : en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, un couple au bord de l’implosion - implose, surprise.
 
C’est, pour l’instant, ma grande déception de la rentrée.
 
«Rome en un jour» de Maria Pourchet - Gallimard 2013

Lecture dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten.

9 commentaires :

  1. Aaaah, je l'attendais avec impatience, cette critique :) Ca sent le vécu, oui. Et la frustration, or personne n'aime les filles frustrées, c'est bien connu. Tu mets fort bien les mots sur l'impression que j'ai eue : on a tous nos fréquentations hypocrites à se farcir au quotidien sans avoir à supporter en plus ceux des romanciers. Ce serait pardonnable s'il y avait du neuf dans le propos sur le couple (je t'envoie un tweet pour ne spoiler personne dans tes commentaires) ou sur la vie sociale des Parisiens, mais non, que du prévisible, et même si c'est bien écrit, ce n'est pas si drôle... Je pense que je l'aurais jugé moins durement si j'avais eu des attentes moins fortes sur ce livre, mais je l'aurais tout de même jugé négativement. Là dessus, je m'en vais méditer sur mon degré de boboïtude.

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    1. Encore une fois, tu me fais sourire ! Tu as un don ;) Moi aussi il faut que je médite sur mon degré de boboïtude, j'ai reconnu trop de choses désagréables !
      En tout cas : il est vrai que je n'ai pas insisté sur l'écriture, qui est réussie sans que j'en sois fan pour tant.

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  2. Merci pour cette critique, qui a le mérite d'être claire. J'ai été intrigué par le titre du roman et ai hésité à le lire, en me doutant un peu de l'ennui que je risquais d'y trouver, et que vous venez confirmer. Merci de l'avoir "testé pour nous", et ainsi de nous éviter une lecture apparemment superflue donc, quand il y a tant d'autres lectures qui en valent vraiment la peine!

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    1. C'est cela ! Je crois aussi que si cela avait été publié ailleurs, je n'aurais pt pas été aussi virulente. Mais dans la Blanche de Gallimard...

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  3. Je crois que tu as oublié de donner une note...;)
    En tout cas merci pour cette critique, j'éviterai soigneusement cette lecture!

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    1. Nan nan ;) Je l'ai bien donnée dans le formulaire, mais n'appréciant pas beaucoup la pratique de la notation sur 20 sur les blogs, je ne l'ai pas insérée dans le corps du texte (je ne crois pas y être obligée).

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  4. Alors je n'ai pas lu ce bouquin, et encore moins aurait eu l'envie de le lire.

    Personnellement, ce que l'on nomme "l'autofiction" à toujours eu pour moi cette saveur d'ennui profond, car le plus souvent justement, il manque à l'auteur cette distance avec son récit qui permet de rendre le tout intelligible et plaisant à lire (et avec un peu de chance, sans tomber dans l'exhibitionnisme). En gros, je déteste ça.

    Je ne dis pas qu'il faut abandonner le principe du livre intime, car lorsque l'on écrit, on se rattache forcément à "du vécu" (l’œuvre de pure imagination n'existant pas). Que ce soit une rencontre, un son ou une fuite d'eau. Mais franchement, le nombrilisme, ce paluchage (ou a contrario ce misérabilisme), très en vogue, notamment à l'époque des grands prix littéraires me court sur le haricot. Il n'y a qu'à voir le Renaudot de cette année. Je ne crois pas que cela va s'arranger.

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    1. Attends, je me suis peut-être mal fait comprendre. Je n'ai pas dit que c'était de l'autofiction, ça n'en est pas, ce n'est pas présenté comme tel, je pense simplement qu'à la lecture, on peut penser que l'auteure a trouvé certaines sources d'inspiration dans son quotidien - voir la première phrase de ton deuxième paragraphe ;)

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