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17 janvier 2014

Le joli mois de mai, la campagne menaçante d'Emilie de Turckheim

Ce livre, j'aimerais pouvoir vous dire : allez-y courrez l'acheter, fiez-vous à moi. M'arrêter là, savourer à distance votre plaisir, votre effroi, la petite larme des plus sensibles.
Mais je suis partie pour une critique, et forcément, je ne peux pas simplement faire ça. Je pourrais aussi vous dire : « Le joli mois de mai », c’est un peu « Dix petits nègres » plus « Des souris et des hommes ».
 
Évidemment, c'est terriblement réducteur, car Émilie de Turckheim a écrit une œuvre sinon très originale du moins bien à elle, et j’ai découvert une jeune auteure de talent. Mais « ça pose un cadre ». 
 
C'est une formule qui pourrait sortir de la bouche d’Aimé, qui raconte l'histoire de ce si joli mois de mai. Au début du livre, il nous avertit : il ne sait pas raconter les histoires. Et tout de suite, le lecteur sent qu'au contraire, il va savoir parfaitement nous la raconter, son histoire…

En ce joli mois de mai, donc, en ce mois dont la devise est « fais ce qu’il te plaît », Aimé s’affaire. Il doit recevoir les héritiers désignés par le testament de Monsieur Louis. Aimé a toujours vécu chez Monsieur Louis, dès son enfance à s’occuper du potager, devenant vite un homme à tout faire indispensable dans la maison de campagne/hôtel de chasse de Louis.
Mais maintenant, le maître de maison est mort, une mort violente, et ses héritiers arrivent un beau soir pour empocher le pactole : la maison, les bois et l’étang … C’est un petit groupe très hétérogène – Monsieur Louis le misanthrope a-t-il prévu une farce post-mortem ?
 
« Qu’est-ce que c’est bête de penser que c’est les enfants qui ont besoin de serrer quelque chose de doux et de chaud dans leurs bras quand vient la nuit. »
 
Pour Aimé c’est difficile, il n’aime pas ces « têtes de chien », ces gens de la ville. De plus, il doit s’occuper de Martial, très défiguré, et très stressé – un accident a visiblement réduit sa maigre intelligence, et brisé son visage. Un idiot traumatisé, cela inquiète les voyageurs. Néanmoins, mus par l’appât du gain, ceux-ci se résignent à attendre la venue du notaire, le lendemain, se reposant sur Aimé...
 
« Le joli mois de mai » est un petit livre poignant. Servie par une écriture faussement naïve, l’intrigue est maline, elle nous entortille, on ne voit pas le polar poindre parce qu’on est pris dans les rets de l’émotion à mesure qu’Aimé nous raconte sa vie, celle de Louis, Lucette, celle de Martial, à mesure qu’il moque l’impatience des héritiers trop pressés. Autour d’Aimé, la nature n’est pas ensorcelante, ce n’est pas la campagne des vacances bucoliques. L’auteure dépeint une contrée figée dans le temps, dans ses solitudes, dans ses turpitudes… et je ne vous en dirai pas davantage !

Vous pouvez d’ailleurs découvrir les premières pages ici.
 
« Lucette dit que l’orgueil c’est utile contre le suicide et le vague à l’âme, et qu’il faut toujours en avoir un peu sur soi pour les jours où la vie exagère. »

2 commentaires :

  1. Eh bien on peut dire que tu sais aiguiser notre curiosité !

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    1. Tu ne regretterais pas cette lecture, j'en fais le serment :)

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