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12 février 2014

Le one-woman-show de Balibulle ! Interview incluse

Après la critique, selon la formule désormais bien connue ici, l'interview !
 

1-Pour celles qui ne connaissent pas ton blog, peux-tu rappeler comment tu as été amenée à rédiger cet « Antiguide de la mode » ?

En fait je suis passée de journaliste écrivant sur la collection humour de J’ai Lu (dans le cadre de mon travail aux pages culture du Parisien) à auteur écrivant pour la collection, le temps d’un déjeuner ! J’avais fait deux articles dans le journal, on avait bien accroché et on s’est mis à parler de la mode, de mon blog, et on a fini le repas en se disant qu’il y avait un truc à faire ensemble, en utilisant la même structure ludique que “La femme parfaite est une connasse”. Je n’aurais jamais eu l’idée de démarcher une maison d’édition avec ce projet sous le bras, il m’a été servi sur un plateau, et je m’y suis miraculeusement sentie comme chez moi.

2-Les blogueuses qui passent du côté de l’imprimé reproduisent majoritairement le principe de leur blog. Toi, quelque part, tu désarçonnes ton lectorat habituel en tournant en dérision un certain nombre de postures que tu n’es parfois pas la dernière à adopter. Est-ce ton double maléfique qui a écrit l’  « Antiguide » ?

En fait, je crois que c’est plutôt mon double maléfique qui tient mon blog ! J’y suis dans une recherche assez premier degré de mon style, avec des obsessions limite inquiétantes, des rituels de tri, d’achats, de rangement, ou de quête du Basique Parfait rarement couronnée de succès… Dans le livre, j’envoie “tout péter” et c’est beaucoup plus sain, non ?

photos © Balibulle, graphisme © Chloé Baret
 
3-Bien que tu aies toujours fait preuve d’humour au 15ème degré, on te découvre en rédactrice déjantée : as-tu beaucoup travaillé ? On a presque l’impression que certaines pages sont des sketches !

Complètement. Certains jours, j’avais - en toute modestie n’est-ce pas - l’impression d’écrire un one-woman-show. J’ai dû faire le deuil de la productivité que je connais habituellement dans mon travail. Quand on est journaliste en presse quotidienne, on est habitué à écrire relativement vite. Pour le livre, mon “rendement” journalier a été divisé par trois, j’ai fait la moyenne ! J’ai dû revoir tout mon retro-planning, et ça m’a causé quelques bonnes soirées d’angoisse, quand je rentrais du travail avec le cerveau ramolli par ma journée et que j’étais incapable de sortir une ligne potable.
Mais du coup je peux frimer maintenant, parce que ça fait partie du mythe de l’auteur, un livre “respectable” s’écrit forcément dans la douleur. Même si j’ai encore du pain sur la planche pour pouvoir dire, comme Donna Tartt que je peux “passer un après-midi sur un point virgule”.


4-Y a-t-il une page du livre que tu préfères ? La page 148, dictionnaire de la modasse #30 est celle que je voudrais encadrer tellement j’ai ri ! (Non je ne vous la livre pas chers lecteurs, reportez-vous à « Antiguide » !)

J’ai eu beaucoup de retours sur cette fameuse page 148, alors qu’elle a été ajoutée à la dernière minute, un peu à l’arrache. Comme quoi, il faut toujours faire confiance à une ultime fulgurance. Moi j’ai un petit faible pour les pages “Comment marquer les esprits...”, où je pars d’une situation de la vie quotidienne (sortie de l’école, entretien d’embauche, mariage...) en imaginant la tenue - au sens propre comme au sens figuré - la plus inappropriée possible. Je riais toute seule en les écrivant. Oui, je ris à mes propres blagues.
 
5-Certaines, et je ne suis pas la dernière d’entre elles, regrettent de ne pas avoir sous la main l’équivalent d’un « 20 ans » d’Isabelle Chazot, et on déplore la qualité décroissante des mags féminins. J’ai trouvé que l’ « Antiguide » avec certaines de ses incongruités hilarantes apporte un peu d’air frais. Est-ce que je projette, où te retrouves-tu dans ces propos ?

Je n’y ai pas du tout pensé en écrivant l’Antiguide, mais tu es la deuxième personne à me le dire. Et c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire. J’étais une lectrice assidue de 20 ans toute mon adolescence et ça a visiblement modelé mon inconscient ! Il reste un mythe pour les filles de ma génération, avec son art presque anglo-saxon du “non sense” qui n’a aucun héritier maintenant. La tentative récente la plus proche, l’excellent “Bisou”, s’est arrêtée au bout de trois numéros, et je n’arrive pas à comprendre pourquoi ce ton-là ne prend plus aujourd’hui commercialement. Alors qu’il y a vraiment besoin d’une troisième voie entre la presse féminine traditionnelle et les féminins “intelligents” qui, à mon goût, se prennent un peu trop au sérieux.

6-En me permettant une légère impertinence, ne crois-tu pas que cet «Antiguide» parle parfois surtout aux modeuses ? En parodiant certains éléments de langage de la com des marques ou le style des rédactrices fashion, ne fais-tu pas rire d’abord des initiées ?

Ah oui, je voulais faire rire les initiées ! Mais les faire rire aussi et pas d’abord. La forme très composite du livre, son alternance de courts textes, listes, tests ou schémas, me permet de courir plusieurs lièvres à la fois. De cibler, sur certaines, les gens très informés sur la mode, sur d’autres, les gens qui n’y connaissent rien et s’en arrangent très bien.
Je ne suis jamais plus flattée que quand un homme totalement hermétique à la question se surprend à rire en tombant sur mon livre. En fait je crois que je ne voulais pas rire uniquement de la mode, mais du vêtement lui-même, au sens le plus fonctionnel du terme. Et ça concerne, je crois, une bonne partie du livre.

photos © Balibulle, graphisme © Chloé Baret
  
7-As-tu eu ton mot à dire sur la couverture ? Sur le graphisme intérieur (même s’il est minimal, il n’est pas pour autant inexistant ?) Bref, as-tu pris part à ces choix fondamentaux ?

J’avais un droit de veto sur la couverture, et je les ai rendus fous ! Je ne les ai lâchés qu’après avoir trouvé un compromis qui me convenait. Du coup, je les ai épargnés sur la maquette intérieure, où on a fait très peu de changements par rapport à ce qu’ils ont imaginé.

8-Le mot de la fin : alors, à porter ou à ne pas porter, des roses ou des lilas ?

Oui, mais en compost, c’est plus moderne.

Forcément ! Comment n'y ai-je pas pensé ?!...  
 
« Antiguide de la mode » de Charlotte Moreau - J’ai lu 2014

Merci encore à Charlotte pour sa disponibilité & sa gentillesse.

2 commentaires :

  1. J'aime beaucoup Balibulle mais son livre ne me tente pas plus que ça, j'ai très peur d'être déçue alors que je la crois intelligente et très fine, comme cette itw le prouve.
    Je résiste :) mais c'est dur

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    1. Ha ha, oui. Je ne vais pas te réécrire mon avis de lundi, tu le connais, alors je vais te donner un argument économique : pour 6 euros, tu ne risques pas grand chose à céder à la tentation ;)

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