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24 février 2014

L’étoile jaune et le croissant : vérités et contes

Sur la couverture de «L’étoile jaune et le croissant», un homme insaisissable, Kaddour Benghabrit. Si je dis qu’il est insaisissable, c’est que même après la lecture de ce livre qui lui est en grande partie consacré, il est difficile de se faire une idée de ce personnage - on sait juste qu'on aurait aimé le rencontrer - peu importe que l'actuel recteur le considère comme un symbole de la France coloniale.


Le fondateur de la Grande Mosquée de Paris a été une obsession pour le journaliste Mohammed Aïssaoui, après son travail sur Furcy, cet esclave qui exigea sa liberté devant un tribunal d’instance en 1817. De cette obsession il a tiré un essai, «L’étoile jaune et le croissant».
Pour ceux qui espèrent trouver ici un roman historique, il faut donc y renoncer dès à présent : le livre rassemble des matériaux qui auraient pu donner corps à un tel roman, mais l’auteur est bien trop attaché à une recherche aiguë de la vérité pour prendre de quelconques libertés avec l’histoire.
Ses recherches proviennent d’une constatation dont la formulation l’a effrayé : «Sur les 23 000 "Justes parmi les nations", il n’y a pas un seul Arabe et pas un musulman de France ou du Maghreb.» Pourtant, l'auteur en est certain, parmi eux certains ont dû aider des Juifs.
 
Ainsi, à la Grande Mosquée de Paris, pendant l’Occupation, que s’est-il réellement passé ? Benghabrit a-t-il sauvé des Juifs ? Par quels moyens ? Des Juifs auraient pu trouver temporairement refuge dans l'édifice... Mohammed Aïssaoui ne cesse d'approfondir ces questions.
Du commissariat du Vème arrondissement aux Archives du Ministères des affaires extérieures, le lecteur suit, captivé, l'écrivain retrouver la trace de vivants - ou, à défaut, d’archives sur des défunts - permettant, peut-être, de dire que Benghabrit a résisté à l’Occupant. Pas d’archives étonnement à la Grande Mosquée même, c'est un fait surprenant que Mohammed Aïssaoui découvre - et nous avec lui.
 
L’écrivain réussit à rendre captivante la lecture de ses recherches alors même qu’elles sont souvent infructueuses et laborieuses ; explicitant ses méthodes de travail, passionné par «la complexité d’un homme». Il dit : «Je ne suis pas en quête d’un héros, je ne prends pas de plaisir à parler d’un salaud. Je ne veux pas me contenter de décrire une époque où se seraient trouvés d’un côté les bons, et de l’autre les méchants

Chacun, le passionné de la grande mais aussi celui de la petite histoire, l'amateur de photographies jaunies et de cartons poussiéreux comme l'historiographe trouvera un intérêt à ce livre.


Merci à Aaliz !

2 commentaires :

  1. Ravie que tu aies apprécié ta lecture ! C'est vrai qu'on en ressort aussi frustré que l'auteur mais on apprend des choses et son cheminement est vraiment intéressant. Pas facile le métier d'historien ! :)
    Tout de même, j'ai trouvé l'attitude de l'actuel recteur de la Grande Mosquée très intrigante ...

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    1. Peut-être que Benghabrit est un fantôme qui lui donne des cas de conscience ;)

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