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4 février 2014

L’éveil de Mademoiselle Prim : célébration des belles lettres entre utopie et réaction

Natalia Sanmartin Fenollera imagine un scénario de romcom au sein d’un village utopique. Mademoiselle Prim est recrutée pour être la documentaliste d’un homme à la culture immense, possédant des fonds rares et moult manuscrits précieux à faire pâlir des bibliothèques de renom.

Le village cancanier, solidarité mécanique à fond les ballons mais transfiguré par une division du travail fondée sur les besoins et les capacités de chacun est dépeint comme un havre de paix, refuge de belles personnes lettrées lassées du monde moderne et réunies à Saint-Irénée d’Armois par l’amour des choses simples (la poésie médiévale, le chocolat chaud) et la volonté de donner à leur progéniture une éducation digne de ce nom. Étant tous d’anciens prodiges dans leurs disciplines respectives, ce sont eux qui assurent la transmission des connaissances indispensables c’est-à-dire des  humanités. L’école du village n’y est qu’un simulacre.
L’homme au fauteuil, employeur de Mademoiselle Prim est au cœur de ce dispositif révolutionnaire.
 
Révolutionnaire ou réactionnaire ? J’ai été assez troublée par ce roman, au point de vous en livrer une critique bien des semaines après l’avoir terminé. Ainsi, les péripéties du livre tiennent principalement dans les conversations cultivées des protagonistes et dans l’étalage de la culture des uns et des autres. Parfois, j’ai bâillé. Parfois, aussi, je me suis agacée. Quel est le message de l’auteure, me suis-je souvent demandé. Veut-elle simplement nous faire rêver à un village idyllique et finalement nous asséner la morale  « Mange, prie, aime » ? Y a-t-il autre chose dans ce livre ? La formulation ambigüe des critiques des théories féministes m'a également dérangée.
 
Ne vous y trompez pas. C’est un récit que l’on lit agréablement, mais dont la célébration de l’entre-soi laisse un goût doux-amer, bien loin de l’utopie de Saint Irénée. À toutes celles qui ont trouvé ce livre d’un optimisme rare, je demande davantage d’explications. Par ailleurs, on pourrait moquer le succès international de l'ouvrage, si prévisible en raison de son argument consensuel et son potentiel d'adaptation cinématographique.
En tout cas, de Thomas More à Bourdieu, aucun théoricien ni de l'utopie ni des élites et de la transmission du savoir ne se retournera dans sa tombe pour tenter d'approcher Mademoiselle Prim.

4 commentaires :

  1. Le titre et la photo, racoleurs, semblent assez éloignés du sujet du livre…

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    1. Pas tout à fait finalement... La romance n'est jamais loin dans ce roman !

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  2. Je comprends mieux ton tweet. Embourbé dans ma PAL, je crois que je vais le faire remonter dans mes "priorités" histoire de me faire un avis !

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    1. Il ne te laissera pas indifférente j'en suis certaine !

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