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14 février 2014

Petit précis de psychologie des fringues : Rien à me mettre !

En fin d’année dernière est sorti un livre qui nous intéresse en cette semaine focalisée, une fois n’est pas coutume sur le blog, sur le vêtement. « Rien à me mettre ! » des psychanalystes Elise Ricadat et Lydia Taieb est un livre qui, au contraire de celui de Charlotte Moreau, n’est pas du tout à classer dans le genre « humour ». Il s’agit en effet pour ses auteures de s’intéresser au vêtement qui « incarne tout à tour une histoire, un désir, un besoin, un étendard, un marqueur social ou encore, si on veut l’entendre autrement, un symptôme, une béquille, voire une prothèse. »

Ouvrage de psychologie, celui-ci approche nos oripeaux avec l’analyse (c’est le cas de le dire) de la consultation. J’ai été très surprise par cet ouvrage, qui m’a intéressée et agacée à la fois.

Intéressée dans la mesure où, ayant choisi ce livre un peu par hasard, je ne m’attendais pas à une telle clinique du vêtement ; la couverture est très « girly », suggérant un écrit frivole, alors que la problématique est résumée ainsi par les auteures : « Ce livre cherche ainsi à interroger ce qu’un geste si quotidien recèle et trahit de notre inconscient : ce que s’habiller veut dire, à qui cela s’adresse, ce que le vêtement signifie et en quoi il amène une profonde insatisfaction, traduisant un réel mal-être ».
 
Certains développements m’ont passionnée : la réflexion des auteurs sur des marques comme Comptoir des Cotonniers (non citée expressément), qui proposent un « vêtement commun ou indifférencié » m’a saisie par son acuité : « Alors, si on est jumelles, qui des deux va pouvoir séduire, en l’occurrence le père ? » ; mais aussi la réflexion sur la dépendance valorisée au shopping, la jouissance de la boutique, le rôle de la vendeuse. Finalement, des développements qui permettront à toute femme de réfléchir à son rapport au vêtement, à l’achat, distinctement des cas exposés.

Néanmoins, j’ai été assez déçue par d’autres aspects du livre. Ainsi de sa conception proche du recueil de cas, interdisant évidemment toute généralisation et rendant parfois la lecture un peu fastidieuse. D’autant plus que l’on fait des allers retours entre les patientes : à la limite, j’aurais préféré « Cinq leçons sur la psychanalyse des fringues »…

Par ailleurs, au-delà de la forme, deux éléments m’ont profondément gênée. Le premier, c’est que seul le vêtement féminin est abordé. Sans aucun doute l’homme se costume lui aussi, s’habille pour se conformer à l’injonction maternelle - ou paternelle. Evidemment, les hommes ne viennent pas par cohortes s’allonger pour évoquer leur rapport au vêtement. Mais puisque l’essentiel du livre nous dit que, finalement, le vêtement n’est qu’un écran derrière lequel on découvre rapidement des blessures narcissiques, que le vêtement « touche à la notion d’image de soi, de construction identitaire », j’imagine que les hommes ne sont pas les derniers à être concernés. On m’objectera que le livre présentant des cas cliniques, en l’absence d’hommes, évidemment, pas d’allusion.

D’autre part, en allant plus loin, c’est presque la démarche de ce livre qui m’interpelle. Les cas dépeints par les auteures sont, globalement, ceux de femmes (très) aisées, comblant un vide existentiel par des achats luxueux. Certes, les pauvres n’ont pas le monopole de la souffrance et les névroses de certaines les conduisent jusqu’au surendettement. Mais il reste à écrire l’histoire d’autres femmes, celles qui profitent de ces associations qui, pour quelques symboliques euros, les coiffent, les relookent, leur font les ongles, l’histoire de ces femmes qui n’auront jamais le temps ni l’argent de s’habiller, ni même de se poser la question de leur tenue. Là aussi, il est question d’estime de soi.
Mais celles-ci n’ont ni le temps, ni l’argent de consulter. Il n’y aura pas d’études de cas sur ces femmes.

2 commentaires :

  1. C'est un phénomène que j'ai beaucoup de mal à comprendre, ce besoin d'acheter des fringues, cette impression de n'avoir rien à se mettre. Et j'ai souvent vu les filles complètement obnubilées par le shopping se noyer dans la frivolité. Bref, je pense que c'est le genre de bouquin qui ne fera pas écho pour moi.

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