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20 mars 2014

Érection : ne se dit qu’en parlant des MONUMENTS ...MEN (Flaubert)

Avec un tel titre et des promesses de succès avant même sa sortie en salle, le dernier film de Clooney « Monuments Men » s’exposait à un nombre de jeux de mots insoupçonnable. Et en effet, les amateurs de calembours et autres espiègleries s’en donneront à cœur joie, car Monuments Men est un véritable géant aux pieds d’argile. Pour ne citer qu’une plaisanterie, Le Monde titre sa critique : « Le sauvetage des chefs-d’œuvre n’en produit pas forcément ».


Par où commencer la critique de ce film quand lui-même ne commence jamais vraiment ? Tandis que le spectateur semble plongé dans l’action (ou du moins l’intrigue) dès les premières minutes du film, les scènes suivantes n’en finissent pas de planter le décor et sont autant de séquences introductives tout à fait inutiles puisque l’on croise des personnages que l’on ne revoit jamais, et les dialogues n’amènent ni éléments nouveaux, ni informations intéressantes sur les personnages. Ces personnages quant à eux récoltent uniquement notre attention pour les têtes d’affiche qu’ils représentent à la ville, qu’il s’agisse de George Clooney, Matt Damon, Cate Blanchett, de John Goodman, Hugh Bonneville, Bob Balaban ou du délicieux second rôle Dimitri Leonidas.
De Jean Dujardin on ne dira rien tant il semble réduit à incarner l’essence du Français tel que le reste du monde aime à se l’imaginer, fier, mystérieux, peu loquace, et un tantinet simplet. Les clichés sur Paris abondent, avec ses femmes intellectuelles à lunettes le jour mais en petite robe noire et peu farouches le soir (avec comme simple explication le cryptique « it’s Paris »), mais les Français ne sont pas les seuls épargnés.
Comme dans un mauvais film de guerre, les Américains sont bruts de décoffrage et ont le cœur sur la main, les Anglais ont des problèmes personnels et sont peu fiables, et les Russes sont suaves et quelque peu effrayants.


Quelques scènes drôles ponctuent ce film au scénario très faible, mais Clooney ne réussit jamais totalement à récupérer notre attention. Les dialogues sont une coquille vide, creuse, sans consistance et grandiloquents à l’extrême alors même que les personnages n’ont aucune répartie : on est déçu à chaque fois. La musique pourtant composée par le grand Alexandre Desplat (qui signe aussi celle du Grand Budapest Hotel) est agaçante par ses accents patriotiques et fanfaronesques. C’est le carnaval de la guerre, de la Libération, et on a souvent l’impression de se trouver devant une parodie d’Indiana Jones.

Les vrais héroïnes du film, Rose Valland et les œuvres d’art, sont reléguées à une place d’objets désirables, de préciosités à protéger, de paquets transportés ça et là pour leurs qualités universelles, autant de belles statues et de belles peintures (Cate Blanchett included) qu’on regarde sans comprendre.



« Monuments Men » de et avec George Clooney, Matt Damon, John Goodman, Cate Blanchett, Bob Balaban, Jean Dujardin – actuellement en salles

Pour aller plus loin : 
- évidemment, le livre de Rose Valland, réédité cette année :  «Le front de l'art» de Rose Valland - RMN 2014
- la jolie BD de Catel sur Rose Valland : « Rose Valland : capitaine beaux-arts » de Catel, Emmanuelle Polack & Claire Bouilhac – Dupuis 2009

9 commentaires :

  1. Hello ! merci pour ta critique que je partage totalement

    Je ne m'attendais pas à un grand moment de cinéma en allant voir Monuments Men mais quand meme ...
    rien ne nous est épargné : les clichés franchouillards comme tu relèves si bien d'ailleurs
    et qui meurt dans le film ?! le français et l'anglais les américains échappent à tous les pièges...no comment ! l'humour que dire de cet humour parfois limite du genre " pourquoi tu as mis le pied sur la bombe"oui pourquoi ?! répétez plusieurs fois au cas où l'on aurait pas bien compris la blague
    Le sujet est pourtant fort interessant....dommage

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    1. Mais oui ! C'est vrai que seuls les Américains survivent à tout !

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  2. ça fait mal.
    Je vais si peu au cinéma que du coup je me demande si je dois aller voir ce divertissement... J'opterai peut-être alors pour The Grand Budapest Hotel...

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    1. oui, ça fait mal. Et puis ce changement de nom pour Rose Valland tout cela pour la camper en Parisienne tentatrice, franchement !

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  3. C'était un superbe sujet à mettre en images et c'est effectivement raté. Quel gâchis et que de clichés !

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    1. Oui. De la part d'un réalisateur comme Clooney, c'est vraiment déprimant.

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  4. Je suis en train de lire Edsel et j'ai bien fait apparemment de ne pas aller voir ce film ! PS : merci pour le lien vers article du monde, très drôle en effet le titre !

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  5. Comme tu l'as vu, j'ai été moins sévère que toi mais au fond je te donne raison sur beaucoup de choses. Cependant, je trouve le film sympa, avec sûrement un bon fond et un casting qui sauve pas mal...

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