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11 mars 2014

L’an prochain à Grenade, l’histoire de Gâlâh, Juive errante

Dans un article récent traduit dans Courrier International, on pouvait lire ces propos d’un journaliste de The Independent au sujet de l’humoriste le moins drôle de France : «Pourtant, en janvier 2014, entendre 5000 personnes brailler de colère à chaque fois qu’ils entendent prononcer le nom d’un Juif est profondément troublant».
 
photo © vivelaroseetlelilas

Gâlâh, l’héroïne de «L’an prochain à Grenade», après son père Samuel Ibn Kaprun, aurait pu ajouter à l’immense liste des persécutions et des anathèmes ces faits trop contemporains. Elle consigne, le plus régulièrement possible, dans son «Livre du Guide», l’histoire de son peuple. Gâlâh, qui traverse l’histoire. Gâlâh, qui fuit cette nuit terrible de 1066, cette Nuit de cristal pendant laquelle son père est tué à Grenade, assassiné. Ce père bien aimé était le bras droit du vizir musulman, mais avant tout, il était Juif. Bouc-émissaire désigné.

Le roman de Gérard de Cortanze m’a beaucoup surprise. Par son ambition, forcément : traiter ainsi mille ans de judéité en aurait effrayé plus d’un. Pourtant, on est pris dans l’engrenage de ces vies renouvelées, ou dans cette vie quasi-éternelle de Gâlâh, ce personnage mystique, mythique. Gâlâh, la Juive errante. Gâlâh, qui traverse les siècles, fuyant l’Espagne, rejoignant Lisbonne, Oran, Istanbul. 

«Gâlâh est une sorte de scribe qui note les secousses sismiques de l’actualité, le mouvement du monde, son déroulement.» (p.371)

Si j’ai été impressionnée par le cours historico-romanesque que nous délivre l’auteur, j’ai été parfois tentée d’interrompre ma lecture : l’histoire de Gâlâh est une histoire terrible, les persécutions succèdent aux pogroms, lesquels sont remplacés par les lynchages. Et Gâlâh est déportée à Treblinka.

Ainsi, je ne sais si c’est ma propre impression de lecture qui a façonné cette idée ou si c’est bien la thèse de l’auteur (je le crains, au vu du destin réservé à son héroïne), mais un certain pessimisme m’a saisie : durant les premières centaines de pages, malgré les crimes inhumains, les ghettos, la haine et l’intolérance, un certain espoir perdure. Notre époque semble bannir cet espoir de voir jamais une paix stable advenir entre les grands monothéismes…

«L’an prochain à Grenade» est un livre de tolérance. On comprend bien que le «Livre du Guide» de Gâlâh est celui de Gérard de Cortanze, qui en faisant voyager dans le temps son lecteur du Portugal aux Etats-Unis en passant par la France veut nous faire sentir cette errance terrible d’un peuple martyr. A lire !

«L’an prochain à Grenade» de Gérard de Cortanze - Albin Michel 2014

Ce livre a reçu le Prix Méditerranée 2014. Il est sélectionné pour le prix Femina.


Ouvrage reçu dans le cadre de «Masse Critique», opération organisée par Babelio.

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