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27 mars 2014

Une carte postale d’Hanoï : des souvenirs de François Lelord

Après avoir joué les héros de la recherche pharmaceutique, Julien sait que son avenir est compromis, l’éthique ne paye guère dans ce milieu. Alors Julien s’expatrie, au Vietnam, pays qui l’a toujours fasciné, comme François Lelord. L’auteur, lui-même médecin, y a vécu. Julien écrit à son père, parfois, rarement, lui téléphone : nous sommes au début des années 90, le dépaysement, l’exil sont encore porteur d’un sens profond, pas question de « chat », pas d’internet dans sa résidence solitaire de Hanoï, encore moins de Skype ou de Viber. Julien va prendre son café aux abords du lac de l’Epée, est fasciné par les codes de cette société encore très marquée par le colonialisme autant que par les récents conflits qui ont terriblement ensanglanté le territoire. Le régime lui-même demeure policier, et chacun surveille son voisin.


Le jeune Français remplit à Hanoï des missions de médecin de campagne lorsqu’une religieuse tombe gravement malade, de retour d’un voyage dans le Nord, une visite à des sœurs de sa congrégation... Serait-ce l’amorce, l’annonce d’une épidémie ? Julien, accompagnée de Clea, une médecin britannique avec laquelle il eut une liaison, partent sur les traces du virus. Ce n’est guère raisonnable, mais cela secoue Julien de la torpeur qui le gagne à évaluer vaguement ses chances d’embrasser sa fière professeure de vietnamien et/ou la petite marchande de souvenirs. Oui, celle qui donne son nom au livre, Lumière d’Automne, la jeune fille pure, noble, belle comme le jour. Une gravure, un fantasme de sainte que Julien ne finit par concevoir réelle que lorsqu’il réalise la possibilité pour la jeune fille d’une incarcération dans un camp de rééducation pour avoir enfreint l’interdiction de vendre aux touristes, aux étrangers  – interdiction qu’elle brave chaque jour.

J’ai apprécié ce livre parce que son rythme semble épouser les contradictions d’un pays où l’ambiguïté règne (« ce n’était sûrement pas si simple »), et parce que comme Julien je me suis sentie loin de chez moi. Récemment, je n’avais pas laissé ainsi la littérature m’emmener à l’autre bout du monde. Le personnage de Julien, néanmoins, m’a quelque peu agacée, sa fixation sur Lumière d’Automne est amoureuse, bien sûr, mais elle est aussi très orgueilleuse : il ne voudrait pas succomber pour une autre simplement au motif qu’elle serait plus instruite (« découvrir qu’il avait une liaison avec mademoiselle Fleur serait la confirmation qu’il préférait forcément une fille instruite de Hanoï, qui avait passé des années à l’école et à l’université, à une pauvre fille de la campagne.»).  Cette passion entre deux êtres que tout sépare – sauf, c’est notable, la religion- est le seul cliché du livre. Ou ce qui ravira les sentimentaux.

«La petite marchande de souvenirs» de François Lelord – Le livre de poche 2014

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