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2 mai 2014

Ia Orana Gauguin...

Dans «Gauguin - Loin de la route», les auteurs Gaultier et Le Roy s’intéressent aux dernières années de la vie du peintre. Celui-ci s’établit alors aux îles Marquises, à Hiva Ova, et plus précisément encore à Atuona, après quelques années passées à Tahiti. Le lecteur découvre le quotidien de l’artiste, la construction de la «maison du jouir», par deux récits enchâssés. Il y a celui de Victor Segalen (qui, au décès de Paul Gauguin, cherche à recueillir des témoignages de ses amis, femmes et connaissances), et puis le récit même des dernières années de Gauguin, désabusé, miné par ses problèmes d'eczéma - et créant des chefs d’œuvre.

photo © vivelaroseetlelilas

Le dessin de Christophe Gaultier est parfait pour évoquer l’esthétique primitiviste de l’œuvre de Gauguin, le trait un peu épais, les contours accentués par l'encrage. Un hommage à l’artiste. Quant au récit de Maximilien Le Roy, il raconte Gauguin loin de tout panégyrique : l’homme est montré sans idéalisation, buveur, colérique, égoïste, expliquant à l'occasion aux Polynésiens leur propre culture. Ignorant de ses propres paradoxes, il fut néanmoins sans doute un petit-fils dont Flora Tristan eut été fière : comme sa grand-mère, Gauguin est libre, anar, seul et solitaire. Le trait de Gaultier, dans la description d’une diatribe du peintre lancée à des policiers, fait se confondre le visage de celui-ci avec celui de Nietzsche - auquel est également consacré une BD dans cette magnifique collection Contre/champ.

Malgré les quelques mois qui se sont écoulés depuis la parution de ce magnifique album,  il fallait que je prenne le temps de vous en parler. C’est chose faite, je vous le conseille évidemment vivement, certaines cases sont de véritables tableaux, et Gauguin n’y est pas seulement campé comme l’évocateur du paradis polynésien. D’ailleurs, j’avais découvert l’importance politique de son intitulation grâce à «La fabrique du titre» dont la lecture est passionnante. Marianne Jakobi y explique en quoi l’intitulation en tahitien est fondamentale : Gauguin se place ainsi du côté de ses modèles...


«Quant à moi, ma résolution est prise, je vais aller dans quelque temps à Tahiti, une petite île de l’Océanie où la vie matérielle peut se passer d’argent. J’y veux oublier tout le mauvais du passé et mourir là-bas ignoré d’ici, libre de peindre sans gloire aucune pour les autres.(…) Une terrible époque se prépare en Europe pour la génération qui vient : le royaume de l’or. Tout est pourri, et les hommes, et les arts. »
Lettre à J.-F. Willumsen, in «Oviri, écrits d’un sauvage»

«Gauguin - Loin de la route» de Gaultier, Leroy et Galopin - Le Lombard 2013

Et aussi : 
-Lettre à J.-F. Willumsen, in «Oviri, écrits d’un sauvage» de Gauguin - Gallimard idées éd. 1975 p.66 pour la citation, rééd. Folio essais 1989
-Marianne Jakobi, «L’inscription du tahitien dans les titres de Gauguin : intituler avec la langue de l’autre» in «La fabrique du titre», Editions du CNRS, 2012, p. 203-249.

2 commentaires :

  1. J'aime bien Gauguin, et tu me donnes envie de lire ce bel album, dont la couverture est engageante ! Jolie photo, au passage ^^.

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