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7 mai 2014

Indigo : "Une histoire d’amour peut-être, mais sur fond de terrorisme international."

Géraldine Legac est une expat française en Inde, organisatrice d’un festival culturel qu’elle a financé avec les faibles moyens de l’Alliance française de Trivandrum dans laquelle elle travaille. L’avion des invités à cette manifestation a du retard, ceux-ci débarquent excédés ou malades.
 
Aucun d’entre eux n’est venu jusqu’au fin fond du Kerala simplement pour la passion de la transmission ou l’exotisme de la destination.
Charlotte Green, réalisatrice, américaine d’adoption, est partie l'esprit en vrac des États-Unis. Le lecteur suit d'ailleurs son changement de vol catastrophique à Paris - il apprendra plus tard ce qui taraude Charlotte et ce qu'elle espère trouver en Inde. Roland Weinberg, caricature de l’intellectuel Rive gauche, philosophe aux faux airs de BHL accompagné d’une bimbo de trente ans sa cadette se révèle presque sympathique. Charmeur, cynique et brillant, il accepte volontiers le rôle implicite de leader que les autres lui réservent par paresse.

Géraldine, Charlotte, Roland. Reste à évoquer l’écrivain aussi atrabilaire que ténébreux, Raphaël Éleuthère, qui défend le principe de l’autofiction à laquelle il s’est livré dans un livre à déconseiller aux âmes sensibles.

Au-delà de la peinture de groupe, Catherine Cusset nous fait connaître intimement ses personnages, nous révélant leur psychologie. Néanmoins, malgré les caractères fouillés des (anti-)héros, c’est son humour que j’ai le plus apprécié.
Un humour subtil : en mettant en scène des intellectuels, elle s’amuse de leur fonctionnement («Depuis tout à l’heure je cherche comment décrire tout ça.»), ainsi de Charlotte Greene qui rêve à un prochain long-métrage : «Depuis le matin, elle songeait à un scénario. Pas une histoire sur une mère et sa fille s’achevant par un drame, mais une comédie de mœurs légère et drôle mettant en scène des Français voyageant en Inde.»
Elle s'amuse de l’imagination galopante des artistes, multipliant les clins d’œil à sa propre intrigue : c’est Roland Weinberg qui griffonne ce que pourraient être les grandes lignes de son autobiographie, puis les biffant : «Il le voyait, son best-seller international. Pas un Serial Lover, pas Un enfant du siècle. Une histoire d’amour peut-être, mais sur fond de terrorisme international. Sur fond de quelque chose de réel et de dur. Il s’assit sur un siège de la salle d’attente et sortit son carnet.»

L’auteure ne se contente pas de jouer avec la créativité de ses protagonistes. Au détour des conversations qu'elle leur prête, les suppositions des personnages sur la poursuite de leur séjour sont autant de possibilités dans lesquelles elle-même aurait pu entraîner le lecteur d’«Indigo». Cette finesse m’a conquise !

«Indigo» de Catherine Cusset - Folio 2014

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