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14 mai 2014

Le peintre d'éventail : permanence du Zen dans le Japon moderne


Le hasard faisant bien les choses, alors que j’écrivais ma note sur «Le Peintre», album imaginé par deux Japonais, je terminais «Le peintre d’éventail», récit d’inspiration nipponne. Le 25ème roman d’Hubert Haddad, écrivain, peintre et historien, est à la fois exotique - bien que son auteur s’en défende – et très contemporain. Il m’a fallu d’ailleurs revenir sur l’incipit après un début de lecture : je réalisais que l’intrigue se déroulait de nos jours alors que par facilité, je me coulais déjà dans le Japon immémorial de haïkus énigmatiques, en fait également de la plume du romancier. Celui-ci a d’ailleurs également publié « Les haïkus du peintre d’éventail », car il en a rédigé énormément au moment de l’écriture du roman.
 
Matabei, suite à un évènement traumatique, quitte sa vie de cadre moderne pour une pension de famille isolée sur l'île de Honshu. Là, dans la contrée d’Atôra, il laisse un vieillard le sauver. Cet homme, le jardinier de la pension, artiste humble, l’initie progressivement à l’art délicat de la peinture d’éventails comme à celui, tout aussi délicat, de l’agencement des plantes. Puis il vient un jour où la transmission est faite et le vieil homme peut s’éteindre. Alors il est temps pour Matabei d’instruire à son tour le jeune Hi-han, affecté aux cuisines…

 « Peindre un éventail, n'était-ce pas sagement ramener l'art à du vent ? »
 
Pourtant, l’apprentissage tourne court. La pension n’est pas l’ermitage, situé dans les hauteurs, ce n’est pas un monastère. Havre de paix pour âmes égarées, cocon abritant des amants pourchassés, la maison de Dame Hison n’est pas banale, et des rencontres décisives peuvent encore se produire, même pour ceux qui, comme Matabei Reien, semblent devenus sages entre les sages.
 
Mais sont-ils réellement sages, ceux qui défient le temps et la nature en tentant de l’évoquer sur les fines feuilles d’un éventail ? Chaque génération japonaise est victime d’une catastrophe. Le tsunami en 2011 a quelque chose d’une réplique du séisme de Kobé en 1995 pour les personnages...

Dès lors, quoi de plus important que la courbe des feuilles du ginkgo ? 
Le lecteur, à son tour, devient le disciple du disciple.

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