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30 juin 2014

Le bonheur en prime, félicité sur l’île de Ré

Jules, le baron Berlingault, s’ennuie un peu. Son bel appartement parisien résonne des éclats de la Discorde qui triomphe de l’autre côté de sa porte. Ses voisins se haïssent, la petite locataire du dernier étage veut fuir une vie devenue son ennemie. Jules, comme dans la chanson de Brel, veut que le jour de sa mort « on s’amuse comme des fous ».

photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Roi sans divertissement, mais avec légèreté, il s’improvise démiurge et imagine une mise en scène qui réconcilie tout ce petit monde : il s’amusera ainsi une dernière fois. Il organise donc la réunion, dans sa propriété de l’Ile de Ré, d’un écrivain pénible, d’une jeune femme échevelée, d’un couple autrefois uni.

Rien ni personne ne résiste jamais au baron, qui a décidé cette fois de rendre la compagnie heureuse en lui promettant la richesse : son phénoménal héritage reviendra à celui qui saura retrouver la joie de vivre. Seulement voilà, avant que ne lui vienne cette éblouissante idée, Jules avait promis ledit héritage à son valet Gaspard.

Celui-ci, instruit des plans de son employeur, en est complètement retourné et compte bien faire échouer les calculs de Berlingault.
Gaspard, le narrateur du « Bonheur en prime », le dernier roman d’Emmanuelle de Boysson a tout du clown triste. Ce n’est pas de lui que viendra le bonheur que promet le titre. Bien sûr, il a quelques traits du valet de comédie, même si ceux-ci s’effacent progressivement pour se rapprocher d’un personnage de roman noir…
 
Gaspard est le valet de Jules depuis trente ans. Entre les deux hommes, s’est tout naturellement tissée une relation complexe de dépendance et de domination, où chacun tour à tour porte le masque de l’autre. Le livre mêle avec humour les ingrédients du conte : le baron en bonne fée, les personnages ordinaires sommés de se métamorphoser en héros, Gaspard en génie du mal qui œuvre dans les ténèbres.

« Monsieur et moi c’est une longue histoire, et ce ne sont pas ces rigolos qui vont m’enlever ce qui nous a unis. Jamais, je ne le trahirai. Je lui dirai la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. »

Les personnages sont certes prévisibles, mais caricaturés à la Daumier pour notre plus grand plaisir. Ils évoquent qui un cousin, qui une amie perdue de vue, qui une copine de votre mère, de votre sœur.
Pour autant, comme c’est Gaspard qui raconte, le lecteur ne peut se résoudre à s’en tenir aux descriptions du vieux garçon : la nature profonde d’Antoine, de Luna, de Patrick et de Rose est fuyante. Sont-ils réellement comme il le dit ? Peut-on se fier à cet homme qui apparaît de plus en plus inquiétant ? Le valet affabule rapidement, rongé par l’angoisse de perdre ce qui lui a été promis, et il imagine le pire chez ses rivaux : il projette…  A-t-il tort, a-t-il raison ? Une certaine ambiguïté, dont j'ai goûté la subtilité, n’est jamais levée : peut-être les pires soupçons de l’homme à tout faire sont-ils réalistes. Au lecteur de décider si les agissements des personnages constituent des fautes morales.

La lecture terminée, on n’a qu’une envie : partir pour l’île de Ré, et peut-être y découvrir un ange gardien comme Jules !

L'interview de l'auteure à lire ici.

27 juin 2014

Jersey Boys : un Clint Eastwood vintage et en chansons

À 84 ans, à la suite d’une longue filmographie de westerns, de mélodrames et de films policiers, Clint Eastwood se laisse emporter par les mélodies d’un spectacle à succès de Broadway, «Jersey Boys». Il signe alors son adaptation au cinéma, et conserve non seulement son titre, mais aussi ses acteurs (notamment John Llyod Young) et quelques unes de ses scènes clefs.

«Jersey Boys» retrace le parcours de Frankie Valli et du groupe The Four Seasons dans l’Amérique des années 1960. New Jersey sert de décor au film, où une communauté de new-yorkais d’origine italienne occupe ses nuits à chanter dans des bars et à faire de petits casses plus ou moins réussis. Des débuts hésitants à la gloire scintillante de succès, le film se poursuit de manière assez classique avec la dégringolade du groupe sur fond de rivalités amoureuses et financières.

Les critiques l’ont assez souligné, «Jersey Boys» est un choix étrange pour Clint Eastwood, et l’adaptation d’une comédie musicale aux écrans par un maître du thriller et des scènes à suspens était un gros risque.

Malgré une certaine lenteur dans le scénario, un manque de préparation des scènes clefs, et une certaine monotonie dans les dialogues, j’ai trouvé «Jersey Boys» d’excellente tenue. La performance des acteurs y est pour beaucoup, les accents italiens du New Jersey sont impeccablement reproduits, notamment par Vincent Piazza, le dur à cuire de la bande. L’ambiance des années 1960 est reproduite de façon étonnante : la photographie du film est recouverte d’un vernis vintage avec la désaturation des couleurs tandis que les costumes et les décors se fondent à merveille sur le dos de tous les personnages.
 



Par ailleurs, Clint Eastwood mène une réflexion intéressante sur la façon dont un groupe très local, fonctionnant avec ses propres codes et rites (Frankie, introduit sur la scène par Tommy DeVitto, signe les contrats «the Jersey Way», c’est-à-dire par une poignée de main façon «Le Parrain») doit nécessairement apprendre les règles du show-biz pour s’adapter au succès national et survivre.

Le plus fort du film est bien sûr la musique. À ce titre, je ne rejoins absolument pas l’idée selon laquelle «Jersey Boys» est un « film jukebox », ce qui signifierait que les scènes du film serviraient de jointures pour relier les chansons. Celles-ci surviennent dans le film avec une grande intelligence, toujours au bon moment, et les interprétations et adaptations sont d’une qualité époustouflante. On découvre ou re-découvre de grands classiques avec délectation, « Can’t take my eyes off you », « Sherry », « Big girls don’t cry », « Walk like a man », « December 1963 (Oh, what a night) ».

La présence de Christopher Walken comme baron (en pantoufles et peignoir en soie) de la mafia locale contribue à donner au film un aspect comique. Les personnages, comme dans la comédie musicale, s’adressent tout au long du film au spectateur. Il en ressort une grande proximité avec les personnages, un décalage qui désamorce le côté mélodramatique du film, une légèreté et un petit clin d’œil aux spectateurs.

Oui, c’est du Clint Eastwood, oui on chante et on se prend au jeu, et oui ça marche !



« Jersey Boys » de Clint Eastwood avec Christopher Walken, John Lloyd Young - actuellement en salles

24 juin 2014

Le voyage de Nina : une fugue adolescente marquée par le deuil

A l’approche de l’été, il était naturel que je sois attirée par un roman dont le titre invite à l’évasion. D’évasion il est justement question dans le livre de Frédérique Deghelt puisque le «voyage» de Nina est une fugue, une échappée internationale, sans retour.

photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Nina, fille unique, a été élevée en enfant choyée par des artistes exigeants, passionnés, bohèmes. A la suite du crash terrible de l’avion qui transportait ses parents adorés, la justice lui attribue comme famille de substitution des grands-parents paternels inconnus. La lycéenne parisienne étouffe immédiatement dans la maison versaillaise : profondément, intensément, elle sent qu’elle ne peut y rester sans trahir ceux qu’elle a perdus.

Alors la voilà toute à l’organisation de cette fuite pour l’Espagne, où la jeune fille espère être cachée jusqu’à sa majorité par des amis de ses parents. Chez des gitans, personne ne la dénoncera ! Ses amis du lycée, des alliés incroyablement avisés pour leur âge, l’aident à régler les détails techniques et financiers de sa disparition, de l’effacement de son existence.
Malgré ces précautions dignes d’un roman d’espionnage, le voyage de Nina, bien évidemment, ne se déroule tout de même pas comme prévu - mais le lecteur ne s’y attendait pas. De bonnes personnes en mauvaises rencontres, Nina fait l’apprentissage du monde des adultes sous le pseudonyme de Luz. C’est la période des premières fois, casque vissé sur les oreilles. L’auteure ne nous épargne aucune caricature de ce topos des initiations : Nina tombe même amoureuse d’un bel hidalgo...

Frédérique Deghelt rend compte des émois d’une adolescente avec sensibilité, mais il a cependant fallu que j’arrive à la fin de son récit pour éprouver de la tendresse envers son héroïne. Fuyant Paris, elle fuit son chagrin, la douleur de la perte, la tristesse du manque : Nina veut faire son deuil en cheminant. Habitée à son tour - comme ses parents avant elle -  par le fantasme de l’errance, elle s’élance sur leurs pas. Cette catabase offre la séduction de la nostalgie sans éviter toujours l’écueil de la mièvrerie.

Finalement, voyager avec Nina était sans risque.

«Je ne la crois pas. Je comprends que la survie compte avant l’amitié. Je comprends que tout ce que j’ai appris jusqu’à maintenant n’a plus cours dans un monde où il faut se battre pour exister.»

23 juin 2014

Alternative Rock : the day the music died

Il fut un temps où la vénération populaire qui auréolait les icônes du rock atteignait des sommets. Cette vénération était renforcée par un sentiment d'urgence : «live fast, die young». D’ailleurs, les meilleurs partent toujours les premiers, n’est-ce pas ? Elvis, disparu.

Mais aussi disparus Brian Jones, Jim Morrison, Eddie Cochrane, Buddy Holly, idem Jimi Hendrix, Otis Redding, Janis Joplin, T.Rex, Elvis, comme le chante plaintivement Jane Birkin dans « Ex-fan des Sixties»....

Je vous parle d’un temps révolu. Aujourd’hui, moyennant l’abandon de ses économies, on peut partir en croisière avec ses groupes de rock préférés. L’après-midi, vous vous dorez sur le pont d'un paquebot avec le chanteur qui vous fera vibrer quelques heures plus tard.
 
Bref, les vraies rock stars restent celles, intouchables, qui ont inventé le rock et qui ont eu le bon goût de mourir avant de commettre le moindre impair stylistique. C’est à celles-là que sont consacrées les nouvelles d’ «Alternative rock». Évidemment, il n’y a donc aucune référence au rock alternatif. Ici, il faut tout simplement y voir la marque de la collection : SF.
 
Car les auteurs ont imaginé des aventures improbables à leurs héros de jeunesse : Lennon fuit les Beatles, Buddy Holly, Elvis Presley et Janis Joplin réalisent le meilleur concert post-mortem possible. Hendrix ressuscite et envisage de se révéler à nouveau au monde, caché dans le camping-car d’un roadie complètement allumé. Même Presley devient une conscience politique de son temps. Tout est donc envisageable dans ces nouvelles écrites par de célèbres auteurs : Stephen Baxter, Gardner Dozois, Jack Dann, Michael Swanwick, Walter Jon Williams, Michael Moorcock et Ian R. MacLeod. Chacun défend d'ailleurs son hommage dans une sorte de petite postface à son texte.

Néanmoins, je les ai trouvées légèrement inégales et ait été déçue par la première d’entre elles. Ne vous y arrêtez surtout pas : les autres sont bien meilleures, et s’il n’y a guère de sexe, vous aurez votre dose de rock’n'drugs.

Rien que Janis expliquant sa mort à Buddy Holly ou Elvis syndicaliste, ça ne vous fait pas planer ?
 

«Ex-fan des Sixties… Que sont devenues toutes tes idoles ?»
 

20 juin 2014

21Octayne : interview de Marco Wriedt, guitariste

Comment décrire l'inclassable - et génial - nouveau groupe de rock 21Octayne ? Comme un groupe prog, classique mais aussi alternatif et pop ? Avec un esprit aussi ouvert, il a été aussi agréable d'interviewer Marco Wriedt que de l'écouter. Des garçons qui aiment tout autant Debussy que Kool and the Gang, c'est un éclectisme qui m'a complètement séduite. Impossible donc de rater cette semaine leur soirée de promo à Paris.
 
Marco Wriedt & Hagen Grohe - photo © vivelaroseetlelilas

vive la rose et le lilas : Vous êtes tous des musiciens connus et respectés, je pense donc que quand vous faites un bon album, vous le savez. Vous devez donc être très fiers de celui-ci….

Marco : Haha, on ne sait jamais si un album est réellement bon tant qu’on n’a pas eu de retours. On ne sait pas comment les labels vont réagir. Et c’est comme cela que ça se passe : tu produis un album, et ensuite tu espères qu’un bon label saisira ta vision, parce que la promotion est vraiment importante, tu veux que le monde entier sache que ton album est sorti.

vive la rose et le lilas : Vous venez de différents groupes, comment vous êtes-vous connus, comment le groupe s’est-il formé ?

Marco : En 2008, je jouais dans Axxis, et j’y joue toujours d’ailleurs, on cherchait un nouveau batteur, on faisait des auditions, et Alex était l’un des candidats. On s’est bien entendus, on est devenus best friends… A ce moment là on ne savait pas encore s’il allait devenir le nouveau batteur de Axxis, mais il m’a dit : « quoiqu’il arrive dans le futur, il faut qu’on fasse un jour un groupe ensemble ». Parce que c’est génial de jouer dans des groupes établis, comme on le faisait tous, mais un jour tu dois faire ton propre groupe, écrire tes propres chansons, avoir ta propre vision, et pas seulement jouer d’un instrument pour quelqu’un, mais écrire tes chansons pour ton propre bébé. C’est pour cela qu’on voulait avoir notre propre groupe, avec notre propre vision, et c’est comme ça que 21Octayne est né. Puis ça a pris 2 ans pour trouver les bonnes personnes. Alex pensait à un bassiste de Sacramento, vivant en Allemagne, génial... Bref c'est devenu le Graal... Il fallait quelqu’un de notre âge, parce qu’on veut avoir un groupe pour le futur, pour les 30 prochaines années, on veut pas un projet, et pour cela il faut des gens avec qui on puisse vieillir. Et Andrew connaissait celui qui a rejoint The Joe Perry Project. On savait que Joe Perry avait fait venir un chanteur d’Allemagne. Il y a, pff, 5 millions de chanteurs, et il choisit un chanteur en Allemagne ?! C’est qu’il doit être sacrément bon ! Andrew nous a fait écouter ce chanteur sur Youtube, et on ne pouvait pas croire ce qui était en train de se passer. J’ai dit à Alex « c’est lui qu’il nous faut ».  Alors on l’a appelé et li a dit « oui, je voulais former un groupe de toute façon, c’est le bon moment ». On était alors en août 2010, et la magie était là, ça y était. C’était le destin.

vive la rose et le lilas : Donc Alex et toi, vous êtes des leaders !

Marco : Au début, oui, parce qu’on avait la vision, et le concept. Mais une fois que ça a démarré, il n’y avait plus de leader, on était quatre à décider, ceci étant le problème quand on est plusieurs à décider démocratiquement, avec quatre opinions fortes, et parfois divergentes, c’est plus compliqué ! C’est aussi pour ça que rapidement, on a choisi un manager (rires).

vive la rose et le lilas  : Comment avez-vous choisi ce nom, 21Octayne ?

Marco : Au début, on voulait appeler le groupe Mothership, parce qu’on adore Led Zeppelin et leur Best of qui s’appelle ainsi et puis on a googlé, et on s’est rendu compte qu’il y en avait déjà des milliers, en Afrique, Irak, Pennsylvanie, partout ! Et Alex a dit pourquoi pas Octane ? C’est fort comme nom ! On a refait des recherches, il y en avait évidemment énormément aussi ! Alors j’ai suggéré de modifier l’orthographe pour Octayne, et cette idée est venue d’ajouter un nombre, pour donner un sens particulier, et finalement on a choisi 21 à cause du 21ème siècle, et je me répète mais Octane est un symbole de force, donc voilà, c’est une force pour le rock du 21eme siècle.

vive la rose et le lilas  : Peut-on revenir sur le processus de création de l’album ?

Marco : Je m’occupe de la structure harmonique, des riffs, mais on arrange les chansons ensemble dans la salle de répèt’, comme le faisaient tous les groupes dans les 70’s / 80’s. Les premières idées  sont de moi, puis Hagen écrit les paroles. Beaucoup de groupes aujourd’hui s’échangent les riffs par emails, etc, mais il n’y a pas la même alchimie… on veut éviter ça.



vive la rose et le lilas : Quelles sont vos sources d’inspiration, vos influences ?

Marco : Oh, très différentes pour chacun ! Andrew a des influences soul, funk et même rythm’n’blues, des influences très californiennes.  C’est génial de jouer avec un bassiste dont le son n’est pas celui d’un bassiste typique. Parfois on a l’impression qu’il joue de la guitare ou du clavier, mais non c’est de la basse. Dans ses influences, on peut citer John Mayer ou Kool and the Gang ! Hagen c’est le mec pop/rock : il aime Bon Jovi, Brian Adams, Aerosmith évidemment, Mötley Crüe, Def Leppard. Alex lui écoute plutôt des choses comme Symphony X, Testament… Et pour moi, je citerais  Genesis, Queen, Pink Floyd, Audioslave.
Peu de groupes arrivent à mixer Testament et Bon Jovi, ce n’est pas très commun, parce que on aime tout, pour nous la musique c’est un ensemble. Ce n’est pas « je dois faire ceci, ou cela », on ne veut pas de la même pitance tous les jours. On essaie de mélanger des styles… Dans un second album, ce sera peut-être totalement différent…

vive la rose et le lilas : On entend de fait beaucoup de styles différents, et chaque chanson pourrait être qualifiée d’un genre propre. Est-ce que tu peux mettre une étiquette sur votre album ?
 
Marco : Haha non impossible justement ! Beaucoup de gens veulent essayer de trouver un nom à ce style, mais ce n’est pas possible. Un Anglais a trouvé le terme « Classic rock 2.0 ». Tu peux dire ça, pourquoi pas !

vive la rose et le lilas  : Le métal bouge ces dernières années, non ?

Marco : Heureusement, oui. C’est une chose que je n’ai jamais compris : que le milieu du métal soit si étroit d’esprit, au moins dans le passé.  Pour moi ces jours sont de l’histoire ancienne. La vie a différentes couleurs, il y a différentes étapes. A 10 ou à 30 ans, tu es la même personne, mais tu changes ! Tu dois pouvoir progresser et évoluer en tant qu’artiste : quand j’aurai 65 ans, je veux pouvoir me dire qu’avec mon groupe on a créé quelque chose. Je ne voudrais pas faire de la musique facile. Je ne voudrais pas avoir 10 fois une chanson comme « Turn the world ». Sinon ce serait juste de la pop/rock commerciale facile à écouter. Non : je veux challenger les gens, les surprendre, qu’ils se disent que c’est intéressant ce qu’on fait. J’aime Muse par exemple, parce qu’ils cassent les frontières, ils font ce qu’ils veulent tant que le son est bon.

vive la rose et le lilas : Avez-vous une chanson préférée ?

Marco : Je n’ai droit qu’à une chanson ? Je dirais « Into the Open ». Pas seulement parce qu’il y a un solo de guitare d’une minute (rires), mais parce que je suis très fier de cette chanson. Les paroles de Hagen sont géniales, parce que l’identification fonctionne : il faut se dépasser !


vive la rose et le lilas : La pochette illustre justement ce titre. Ce personnage qui va vers la lumière, une lumière éblouissante qui ne permet pas de savoir ce qu’il y a au bout du tunnel… Va-t-il vers la rédemption ? La mort ? S’agit-il de prendre des risques ?

Marco : C’est exactement ça : Il faut savoir prendre des risques. Faire ce que tu ressens, il faut tenter, ça peut être bien ou mauvais, mais au moins tu essaies… Tout le monde te dit fais ceci ou cela, peu importe, do what you WANT !

vive la rose et le lilas : Peut-on espérer vous voir sur scène prochainement en France ?

Marco : On espère venir vite. On a fait une listening session en mars, les retours ont été géniaux, on fera peut-être une tournée avec un plus gros groupe, pour le deuxième album, mais qui sait, peut-être avant ?

vive la rose et le lilas : Je vous souhaite en tout cas sincèrement le plus large succès en France !

* interview réalisée par Alexis *

17 juin 2014

Montez avec Jean-Paul Didierlaurent dans son 6h27 !

«Le liseur du 6h27» aurait dû s’appeler «Peaux vives». Un titre plus poétique, plus hermétique aussi, toutefois l’éditeur du premier roman de Jean-Paul Didierlaurent a convaincu ce dernier de choisir la simplicité. Une simplicité qui est en train de conquérir les cœurs et les ventes !
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

 Guylain Vignolles est un personnage sympathique. Et il est très difficile d’écrire un roman qui ne soit pas niais, qui ne soit pas agaçant de bons sentiments en choisissant un héros à la Amélie Poulain. Pourtant après des années et des années de travail de novelliste, c’est bien avec un roman évitant toute mièvrerie que Jean-Paul Didierlaurent réussit toutefois à transmettre son message d'optimisme.
Au départ bien sûr rien n’était gagné : son pauvre héros est tout d’abord affublé d’un nom ridicule, puisque la contrepèterie qui vient immédiatement à la bouche de tout un chacun est Vilain Guignol. Ensuite, il se rend passivement à son travail, quasiment en autiste, un travail qu’il hait mais dont il est bien forcé de se rendre compte qu’il le maintient en vie. Enfin, ce travail même est abject : il s’agit de nourrir un monstre, et quel monstre ! Une machine à pilonner. La Zerstor 500. Un cauchemar qui, un jour, ne s’est pas contenté de papier et a broyé les jambes d’un camarade.
Tout cela n’est pas particulièrement gai a priori, et vous vous demandez donc d’où va venir l’optimisme. Ce dernier, et vous ne serez guère surpris, réside dans la lecture. Car chaque matin, Guylain n’est plus Guylain ou Guignol, il n’est plus lui-même ni un autre moqué, il est le liseur. Celui qui donne une dernière vie à des feuilles que la terrifiante machine à broyer les œuvres a recraché. Peu importe le genre pourvu qu’on ait l’ivresse : pendant son trajet de RER, le liseur rend au monde ces phrases qui devaient disparaître. Un rituel salvateur.

Il n’a échappé à aucun des lecteurs fétichistes que ce texte comblerait tous les amoureux des livres et de la lecture. Un conte dans lequel la rédemption, dans lequel la réalisation de soi passe par la lecture - et l’écriture aussi (seulement je ne veux pas tout vous dire) : du miel pour bibliophilies. Mais pas seulement, et j’insiste : je suis certaine que l’auteur a raison lorsqu’il dit que son 6h27 peut plaire à des gens qui n’ouvrent guère de roman de l’année. Sans doute la volonté de parler de gens «ordinaires», «invisibles» n’est pas étrangère à cette idée.

Je l'ai entendu en parler de mes propres oreilles car j’ai eu le plaisir de rencontrer Jean-Paul Didierlaurent. Une rencontre simple, néanmoins conviviale, organisée à merveille par le tout nouveau tout beau Cultura de La Défense. Si les petites librairies traditionnelles savent faire dans le débat et la rencontre, certaines plus grosses n’ont visiblement aucun mal à faire de même, et j’ai été ravie de ce moment d’échange. David Abiker a posé ses questions à l’auteur et nous avons pu faire de même, Anne-Claire, Miss Bouquinaix, Uty, Marie, Claire, Lulumae, Emily et moi-même.

Évidemment, nous sommes reparties avec un indice important il me semble pour comprendre l’auteur : son livre de chevet, «L’étourdissement» de Joël Egloff. Dans ce roman, le héros travaille dans un abattoir…

«Le liseur du 6h27» de Jean-Paul Didierlaurent - Au Diable Vauvert 2014

Nota : cette rencontre a aussi permis à certaines d’entre nous non seulement de rencontrer des libraires passionnés mais également de nous rencontrer ou de nous revoir entre blogueuses. Merci Julie !

Highland Fling : le premier roman de Nancy Mitford, so snob and ironic

Premier roman de Nancy Mitford, «Highland Fling» est depuis quelques jours disponible chez Christian Bourgois. Il fallait absolument que je le lise dans l’instant - ou presque. Car avec l’auteure de «Charivari» et d’ «À la poursuite de l’amour», je m’amuse toujours énormément : son persiflage mondain est absolument délicieux.
Il serait tellement plaisant que la romancière soit toujours vivante et croque les personnalités qui forment notre aristocratie. Néanmoins, «Highland Fling» se passe bien dans l’entre-deux-guerres, et Nancy Mitford commence, en fine caricaturiste, à croquer les caractères et les poses des personnalités de son petit monde. 

Walter et Sally sont fous amoureux l’un de l’autre, ils n’ont guère de revenus alors pour leurs fiançailles ils se font inviter au Ritz par Albert Gates, un ami tout juste sorti d’Oxford. Walter envisage même de travailler, puisqu’après tout, beaucoup de gens le font.

Albert s’ennuie fort lors de ce dîner, et dans la nuit suivante, sa vocation est certaine : il sera peintre. Le lendemain, Albert Gates part pour Paris (évidemment) : «L’idée lui était venue pendant la nuit qu’il voulait être un grand peintre abstrait.»

Mais nos personnages vont se retrouver : il faut rendre service à la famille de Sally et se charger d’une grande maisonnée pleine de gens ennuyeux qui viennent jusqu’en Écosse afin de chasser. Querelle de génération, querelle des Anciens et des Modernes, «les jeunes gens brillants» ainsi que les appellent les plus âgés s’ennuient ferme et tourmentent gentiment leurs aînés : il est question d’art, il est question de patriotisme, et parfois il est simplement question de jeux totalement idiots. Jane, la meilleure amie de Sally, tombe amoureuse d’Albert, qui pour sa part entreprend un catalogue raisonné des merveilles victoriennes que recèle la demeure.

Rien n’est vraiment important dans ce monde oisif, mais il importe que les convenances soient respectées (même si des dérogations peuvent être acceptables, notamment si comme Lady Fairfax on cumule les positions de mère d’un marquis anglais, d’une héritière américaine et d’un duc italien). Nancy Mitford dépeint cette société dont les dernières heures d’insouciance sont en train de se consumer : bientôt ce sera la Seconde Guerre Mondiale, et à nouveau le monde changera. Il faut lire «Tir aux pigeons»… Les prémisses sont cependant posées, puisque le débat politique est déjà acerbe : les jeunes gens sont plutôt pacifistes, alors que leurs contradicteurs ont subi la Grande Guerre.
 

Si «Highland Fling» ne peut être comparé aux récits les plus aboutis de Nancy Mitford, celui-ci n'en demeure pas moins un divertissement de choix, et se lit le sourire figé aux lèvres : sarcastique sans doute, caustique évidemment, mais aussi indulgent : le pire est à venir, et pour l’instant, on s’amuse, alors, champagne !

Et quoi de plus normal que ce soit Julian Fellowes, scénariste de «Downton Abbey» qui préface élégamment l’ouvrage ?

«Highland Fling» de Nancy Mitford - Christian Bourgois 2014

15 juin 2014

Dries Van Noten célébré aux Arts Déco

 En 1988 à Londres, la presse anglaise surnomme Dirk Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Van Saene, Walter Van Beirendonck et Marina Yee «The Antwerp Six». «Les Six d’Anvers» se présentaient en effet en même temps au «British design show» et créaient l’évènement - pour longtemps. L’exposition «Dries Van Noten - Inspirations» qui se tient au Musée des Arts Décoratifs à Paris rend hommage à l’un des plus fameux d’entre eux, à l’univers cosmopolite, coloré et érudit. 
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

 «Dries», comme on dit «Anne Demeu», est d’une fantaisie, d’une imagination et d’une excentricité dans ses créations qui ravit d’entrée le visiteur. Même si ce visiteur a priori connait son travail puisque c’est ce dernier qui a motivé la visite : voir de près les vestes brodées, des vêtements originaux mais qui sont aussi tout autant des hommages à l’art moderne comme à la pop culture - de Van Dongen à Klaus Nomi.

Ces emprunts, inspirations, sont mis en scène par un montage vraiment exceptionnellement réussi : des créations Dior, Nina Ricci, Balenciaga ou Schiaparelli s’intercalent entre les pièces du créateur belge comme les extraits de films, les peintures de Vasarely, Bacon etc.
Mais la scénographie atteint sans aucun doute la perfection grâce à l’œuvre murale spécialement commandée à l’artiste Azuma Makoto pour l’exposition
 
@ Azuma Makoto pour le décor, créations de Dries Van Noten

Il y a une telle osmose entre la présentation des créations et celle-ci qu’il serait vraiment dommage que seuls les amateurs de mode se rendent aux Arts Déco pour Dries Van Noten. C’est du grand spectacle, une rétrospective de ses défilés. On y croise les esthètes mondains qui ont fasciné le créateur (Proust au premier chef), et le raffinement des métissages inspire un sentiment de synthèse fascinant.

À voir, à admirer.

Jusqu’au 31 août 2014 - prolongée jusqu’au 2 novembre 2014

«Dries Van Noten - Inspirations»
Musée des Arts Décoratifs
107 Rue de Rivoli
75001 Paris

12 juin 2014

Kari Rueslåtten, un Time to tell féérique

En mars dernier, se dessinait la deuxième interview de l’année avec une autre super nana, rien à voir avec la blogueuse Balibulle, une chanteuse cette fois. Bref, on continuait sur le blog avec un intérêt prononcé pour les femmes créatrices et créatives, et tout allait bien.
J’avais rendez-vous avec Kari Rueslåtten, mes petites questions étaient prêtes et là, patatras. Kari vient du métal, un milieu dans lequel, j’ai le regret de l’affirmer, l’engueulade est un mode de fonctionnement normal. Tout ce petit monde est ultra intransigeant, et les formations, séparations, reformations, coups de gueule des uns et des autres pourraient nourrir un journal people dédié - et d’ailleurs, les interviews des mags spécialisés y ressemblent assez. Bref. Grâce à Kari, ce que je constatais de loin je l’ai vécu en direct. Son agent a fait une crise de nerfs mémorable et a annulé toute la promo parisienne de l'artiste la veille au soir.
 

Kari n’est pas une artiste très connue en France, il la voulait quasi en couv de Libé - et ça n’a pas marché. Il a fait une très grosse colère et quelques heures avant, j’ai su que je ne verrais pas Kari. Je m’étends un peu parce que franchement, je lui en veux encore sacrément.
J’avais des étoiles polaires dans les yeux rien qu’à l’idée de rencontrer la Norvégienne en vrai.
Du coup, je voulais quand même parler de l’album - et puis j’étais en colère, et puis j’ai oublié. Mais je n’ai pas oublié de l’écouter. Et même si j’espère que l’artiste a remercié cet emmerdeur, j’ai décidé de vous dire qu’elle mérite la couv de n’importe quel canard musical - ou non.

Kari réalise avec «Time to tell» un petit bijou en provenance directe du Royaume de Féérie. Un cinquième album solo tout simplement parfait. Onze chansons amenées par la première d’entre elles, introduction particulièrement réussie d'une minute qui ouvre le grimoire de compositions d’une pop folk nordique incroyablement mélodique (sans être sirupeuse, évidemment).



Quelque part dans une lande imaginaire, l’auditeur se sent transporté là où on croit encore aux gnomes et aux gentilles sorcières. La voix de Kari se fait cristalline parfois, sur les chansons les plus mélancoliques («Paint the rainbow grey», «Shoreline») ; alors que certaines pistes, telles «Hide underneath bridges» et «Hold on» sont entraînantes et presque folkloriques. Et il y a évidemment «Rainy days ahead» ou «Wintersong» qui font partie de ces chansons-singles que vous n’oubliez plus (et que vous relancez) - même si leur originalité reste à démontrer.
 

Kari Rueslåtten, avec ce bien nommé «Time to tell», confirme ses qualités vocales à faire frissonner une brute. Si le doom est loin, cette pop-folk nordique est l’accompagnement rêvé pour la lecture de ballades ou la visites de contrées telles que l’Écosse ou l’Islande. Et la Norvège bien sûr.

«Time to tell» de Kari Rueslåtten - Cargo, Despotz Records 2014

10 juin 2014

Le collier rouge : roman d'une Légion d'honneur de la Grande Guerre

Du «Collier rouge» de Rufin, je crois qu’on a tout dit déjà et pourtant j’ajouterai quand même mon petit commentaire. Peut-être parce que ce texte, malgré l’heureux hasard de parution qui le fait naître au centenaire de cette Grande Guerre qu’on ne finit pas de célébrer, m’a réconciliée avec l’auteur. Car les «Sept histoires qui reviennent de loin» m’avaient certes distraite, fait voir du pays, mais la biographie de Jacques Cœur, «Le grand Cœur» m’avait passablement exaspérée. Jamais je ne m’étais ennuyée à la lecture d’un roman de cet auteur et pourtant avec cette biographie du grand argentier de Charles VII je m’étais plus d’une fois demandée où les talents de conteur de Jean-Christophe Rufin s’étaient égarés : qu’on était loin de «Globalia», que je me sentais orpheline de «Rouge Brésil» !

Et puis avec ce court récit, un brin opportuniste sans doute, j'ai retrouvé le troubadour qui promène et qui emmène. Qui mène par la truffe le lecteur, tout frétillant de se foutre dans son collier rouge et qui ne réfléchit pas même une seconde au titre tellement il est pris dans cette intrigue policière à l’ancienne - c’est-à-dire, immobile, entièrement faite de remémoration.
Ainsi d’une histoire vraie, encore de cette fable de la réalité qui dépasse la fiction, Rufin a fait de l’histoire de famille d’un ami photographe un conte des tranchées et de l’arrière (cet arrière dont on ne cesse de causer).
Alors, voilà, Morlac est un dur, un vrai, un caporal décoré, et il est enfermé à la fin du conflit. Pourquoi ? Bien sûr, le lecteur perspicace pourra deviner le pourquoi du comment plus vite que moi. Hantée par la plainte du chien Guillaume, j’ai écouté les pleurs silencieux de la Valentine qui attend tout en faisant celle qui n’attend pas ; j’ai goûté cet hommage à une drôle de fidélité.
   
«C’était donc cela. Son malheur n’était pas de vivre dans cette campagne et pauvrement, mais d’avoir connu et espéré autre chose.»

Je n’ai pas tellement apprécié le personnage de Lantier, l’aristo que l’interrogatoire de Morlac ramène à son passé. Une psychologie facile, un ajout de trop. Peut-être pour que les méchants ne le soient pas trop, la hiérarchie pas écrasante, les classes sociales estompées. Ne l’ont-elles pas été dans la guerre ? Tout du moins en partie ?...

«Le collier rouge» est une intrigue dans lequel tout le monde peut trouver son compte et son bonheur : le livre est consensuel comme une belle commémoration, mais il vous arrachera une belle larme symobolique - comme le veut une belle commémoration.

Le livre a reçu le prix Maurice-Genevoix de l'Académie Française 2014.
 
Pour tous les billets concernant la Grande Guerre : cliquez ici.

6 juin 2014

Clair Obscur : catégorisation des êtres, des oeuvres, des sentiments dans Paris occupé

Au moins, avec cette BD je suis à peu près sûre de vous présenter un album dont vous n’avez sûrement pas entendu parler : je l’ai découverte par hasard, et je n’ai pas l’impression qu’elle ait déjà fait l’objet de beaucoup de critiques.


«Clair obscur» de Kathryn & Stuart Immonen alterne dessins qu’on dit plutôt «au trait» et ligne claire. Alors que la couverture est colorisée, c’est par un album en strict noir et blanc que le lecteur est immédiatement happé, avec une première case qui se confond avec la première page. Nous sommes prévenus : les contrastes seront forts.
Une femme est assise, seule, enfermée. Cela se devine tout de suite à son air prostré, ses yeux baissés, la chaise vide près d’elle. Entre ces deux assises, une simple table sur laquelle il n’y a rien. L’ombre noire occupe plus de la moitié supérieure de la planche.

© Kathryn & Stuart Immonen

Kathryn & Stuart Immonen sont des stars des comics, et si avec ce «Clair Obscur» ils ont choisi de s’éloigner de leur zone de confort pour se saisir d'une problématique plus intello, leur univers de prédilection est tout à fait perceptible dans leur traitement graphique, très cinématographique de cette question des spoliations nazies et plus largement de l’Occupation.
Ainsi, pour raconter les parcours troubles et ambigüs d’Ila Garder et Rolf Hauptmann, leur travail sur les ombres et leur graphisme servent une narration épurée. Ila est passionnée par son travail, même s’il ne s’agit que de «mettre des petits points de couleur derrière des choses», de les classifier en première, deuxième et troisième classe. Elle est possédée par son amour de l’art.


«Tu regardes derrière n’importe quelle œuvre, sur la base de chaque statue, et tu pourras lire, dans cette espèce de code morse chromatique, l’histoire qu’elle charrie et l’avenir qui a été décidé pour elle.
Ce n’est pas du catalogage. C’est une condamnation.»


Pourtant, tout disparaît, les choses, et les gens : même le boulanger d'Ila, et «si ce présent est possible, alors tout est possible et plus rien ne compte.» Mais que choississent Ila et Rolf ? La fuite dans le clair-obscur ? C'est au lecteur d'en décider... Personnellement j'ai apprécié cette œuvre, laquelle, ne comportant pourtant aucune nuance de gris, donne à voir une large roue chromatique des intériorités. D'aucuns ont pu être héros certaines heures, lâches d'autres. Une énigme renvoyée à notre propre conscience par les auteurs.

En bref, c’est un récit qui séduira non seulement les passionnés des questions de conservation durant la Seconde Guerre Mondiale, mais aussi les adeptes de récits originaux, à la fois subtils et épurés.

Et comme aujourd'hui nous commémorons le D-Day, voici une photo d'époque qui montre des sculptures protégées par des sacs de sable...

source : Fil Twitter du Château de Versailles


Sur le même thème, lisez aussi : 
- la critique de «Monuments Men»
- une fois encore, je cite le livre de Rose Valland, réédité cette année :  «Le front de l'art» de Rose Valland - RMN 2014

1 juin 2014

Cette chère Sylvia…gît dans le coma.

Cette chère Sylvia est plongée dans le coma. Suite à une chute malencontreuse, la voici allongée, passive, dans la chambre n°5. Plusieurs personnes se relaient à son chevet : d’abord, Ed, qui fut longtemps le mari de Sylvia, avec qui il a deux enfants. Jo, sa sœur aînée, vient également régulièrement tenter de la ramener à la réalité - avec des méthodes propres à faire s’arracher les cheveux de tout le corps médical de l’établissement. Viennent également Tia, femme de ménage de Sylvia qui se demande comment cette dernière va désormais payer ses bons et loyaux services. Alors que Cat, l’amante de Sylvia, son amie des dernières années s’impose également aux proches de la malade, Cassie, la fille délaissée de Sylvia finit par s’approcher du corps de sa mère.
Une autre femme veille également sur Sylvia : Winnie, l’infirmière dévouée, à la voix puissante, qui chante le dimanche pour un pasteur peu scrupuleux.

Tout ce petit monde passe dans la chambre n°5 et tente de régler ses comptes avec celle que, les jours passant, il faut bien nommer la presque défunte. Mais si elle se réveillait ? Et si elle entendait vraiment ?

J’ai beaucoup attendu avant de rédiger cet billet, et s’il est temps de le publier, mes doutes sur ses qualités sont toujours là. Peut-être parce qu’écrit par une humoriste, parce que présenté comme amusant par une quatrième de couverture accrocheuse, je m’attendais à du cocasse, à quelque chose de léger. Et que je n’ai pas vraiment adhéré à l’ambiance de plus en plus morbide du roman ...
   

Dawn French n’a sans doute pas voulu écrire quelque chose de particulièrement drôle, et c’est sans doute dommage que le livre soit sélectionné dans certaines rubriques quasi clownesques des magazines. Ce n’est pas que je refuse la surprise d'une lecture, mais en fait d’humour, le désespoir d’Ed, le mari trompé, la souffrance des enfants abandonnés, la survie de la femme de ménage et l’histoire familiale de Cat sont des sujets auxquels j’aurais préféré être (un peu) préparée.

Au delà, j’ai trouvé l’alternance des points de vue extrêmement inégale. Certains personnages sont extraordinaires, Winnie est absolument passionnante, vivante, lumineuse, un personnage merveilleux dont je me souviendrai. Cat est caricaturale au possible. Ed a fini par m’ennuyer prodigieusement. Les vols de Tia chez Sylvia font sourire, mais gloablement le lecteur a hâte qu’elle sorte de la chambre n°5 pour laisser place à la fantasque Jo ou à la maternelle Winnie !