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27 juin 2014

Jersey Boys : un Clint Eastwood vintage et en chansons

À 84 ans, à la suite d’une longue filmographie de westerns, de mélodrames et de films policiers, Clint Eastwood se laisse emporter par les mélodies d’un spectacle à succès de Broadway, «Jersey Boys». Il signe alors son adaptation au cinéma, et conserve non seulement son titre, mais aussi ses acteurs (notamment John Llyod Young) et quelques unes de ses scènes clefs.

«Jersey Boys» retrace le parcours de Frankie Valli et du groupe The Four Seasons dans l’Amérique des années 1960. New Jersey sert de décor au film, où une communauté de new-yorkais d’origine italienne occupe ses nuits à chanter dans des bars et à faire de petits casses plus ou moins réussis. Des débuts hésitants à la gloire scintillante de succès, le film se poursuit de manière assez classique avec la dégringolade du groupe sur fond de rivalités amoureuses et financières.

Les critiques l’ont assez souligné, «Jersey Boys» est un choix étrange pour Clint Eastwood, et l’adaptation d’une comédie musicale aux écrans par un maître du thriller et des scènes à suspens était un gros risque.

Malgré une certaine lenteur dans le scénario, un manque de préparation des scènes clefs, et une certaine monotonie dans les dialogues, j’ai trouvé «Jersey Boys» d’excellente tenue. La performance des acteurs y est pour beaucoup, les accents italiens du New Jersey sont impeccablement reproduits, notamment par Vincent Piazza, le dur à cuire de la bande. L’ambiance des années 1960 est reproduite de façon étonnante : la photographie du film est recouverte d’un vernis vintage avec la désaturation des couleurs tandis que les costumes et les décors se fondent à merveille sur le dos de tous les personnages.
 



Par ailleurs, Clint Eastwood mène une réflexion intéressante sur la façon dont un groupe très local, fonctionnant avec ses propres codes et rites (Frankie, introduit sur la scène par Tommy DeVitto, signe les contrats «the Jersey Way», c’est-à-dire par une poignée de main façon «Le Parrain») doit nécessairement apprendre les règles du show-biz pour s’adapter au succès national et survivre.

Le plus fort du film est bien sûr la musique. À ce titre, je ne rejoins absolument pas l’idée selon laquelle «Jersey Boys» est un « film jukebox », ce qui signifierait que les scènes du film serviraient de jointures pour relier les chansons. Celles-ci surviennent dans le film avec une grande intelligence, toujours au bon moment, et les interprétations et adaptations sont d’une qualité époustouflante. On découvre ou re-découvre de grands classiques avec délectation, « Can’t take my eyes off you », « Sherry », « Big girls don’t cry », « Walk like a man », « December 1963 (Oh, what a night) ».

La présence de Christopher Walken comme baron (en pantoufles et peignoir en soie) de la mafia locale contribue à donner au film un aspect comique. Les personnages, comme dans la comédie musicale, s’adressent tout au long du film au spectateur. Il en ressort une grande proximité avec les personnages, un décalage qui désamorce le côté mélodramatique du film, une légèreté et un petit clin d’œil aux spectateurs.

Oui, c’est du Clint Eastwood, oui on chante et on se prend au jeu, et oui ça marche !



« Jersey Boys » de Clint Eastwood avec Christopher Walken, John Lloyd Young - actuellement en salles

4 commentaires :

  1. J'ai adoré l'ambiance ! Merci pour ce post sur ce film qui passe injustement inaperçu !

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    1. Il est vrai que malheureusement il n'y a pas eu de promo ou bien celle-ci a été étouffée par le lancement de la coupe du monde, concomitant...

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