barre horizontale




10 juin 2014

Le collier rouge : roman d'une Légion d'honneur de la Grande Guerre

Du «Collier rouge» de Rufin, je crois qu’on a tout dit déjà et pourtant j’ajouterai quand même mon petit commentaire. Peut-être parce que ce texte, malgré l’heureux hasard de parution qui le fait naître au centenaire de cette Grande Guerre qu’on ne finit pas de célébrer, m’a réconciliée avec l’auteur. Car les «Sept histoires qui reviennent de loin» m’avaient certes distraite, fait voir du pays, mais la biographie de Jacques Cœur, «Le grand Cœur» m’avait passablement exaspérée. Jamais je ne m’étais ennuyée à la lecture d’un roman de cet auteur et pourtant avec cette biographie du grand argentier de Charles VII je m’étais plus d’une fois demandée où les talents de conteur de Jean-Christophe Rufin s’étaient égarés : qu’on était loin de «Globalia», que je me sentais orpheline de «Rouge Brésil» !

Et puis avec ce court récit, un brin opportuniste sans doute, j'ai retrouvé le troubadour qui promène et qui emmène. Qui mène par la truffe le lecteur, tout frétillant de se foutre dans son collier rouge et qui ne réfléchit pas même une seconde au titre tellement il est pris dans cette intrigue policière à l’ancienne - c’est-à-dire, immobile, entièrement faite de remémoration.
Ainsi d’une histoire vraie, encore de cette fable de la réalité qui dépasse la fiction, Rufin a fait de l’histoire de famille d’un ami photographe un conte des tranchées et de l’arrière (cet arrière dont on ne cesse de causer).
Alors, voilà, Morlac est un dur, un vrai, un caporal décoré, et il est enfermé à la fin du conflit. Pourquoi ? Bien sûr, le lecteur perspicace pourra deviner le pourquoi du comment plus vite que moi. Hantée par la plainte du chien Guillaume, j’ai écouté les pleurs silencieux de la Valentine qui attend tout en faisant celle qui n’attend pas ; j’ai goûté cet hommage à une drôle de fidélité.
   
«C’était donc cela. Son malheur n’était pas de vivre dans cette campagne et pauvrement, mais d’avoir connu et espéré autre chose.»

Je n’ai pas tellement apprécié le personnage de Lantier, l’aristo que l’interrogatoire de Morlac ramène à son passé. Une psychologie facile, un ajout de trop. Peut-être pour que les méchants ne le soient pas trop, la hiérarchie pas écrasante, les classes sociales estompées. Ne l’ont-elles pas été dans la guerre ? Tout du moins en partie ?...

«Le collier rouge» est une intrigue dans lequel tout le monde peut trouver son compte et son bonheur : le livre est consensuel comme une belle commémoration, mais il vous arrachera une belle larme symobolique - comme le veut une belle commémoration.

Le livre a reçu le prix Maurice-Genevoix de l'Académie Française 2014.
 
Pour tous les billets concernant la Grande Guerre : cliquez ici.

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire