barre horizontale




24 juin 2014

Le voyage de Nina : une fugue adolescente marquée par le deuil

A l’approche de l’été, il était naturel que je sois attirée par un roman dont le titre invite à l’évasion. D’évasion il est justement question dans le livre de Frédérique Deghelt puisque le «voyage» de Nina est une fugue, une échappée internationale, sans retour.

photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Nina, fille unique, a été élevée en enfant choyée par des artistes exigeants, passionnés, bohèmes. A la suite du crash terrible de l’avion qui transportait ses parents adorés, la justice lui attribue comme famille de substitution des grands-parents paternels inconnus. La lycéenne parisienne étouffe immédiatement dans la maison versaillaise : profondément, intensément, elle sent qu’elle ne peut y rester sans trahir ceux qu’elle a perdus.

Alors la voilà toute à l’organisation de cette fuite pour l’Espagne, où la jeune fille espère être cachée jusqu’à sa majorité par des amis de ses parents. Chez des gitans, personne ne la dénoncera ! Ses amis du lycée, des alliés incroyablement avisés pour leur âge, l’aident à régler les détails techniques et financiers de sa disparition, de l’effacement de son existence.
Malgré ces précautions dignes d’un roman d’espionnage, le voyage de Nina, bien évidemment, ne se déroule tout de même pas comme prévu - mais le lecteur ne s’y attendait pas. De bonnes personnes en mauvaises rencontres, Nina fait l’apprentissage du monde des adultes sous le pseudonyme de Luz. C’est la période des premières fois, casque vissé sur les oreilles. L’auteure ne nous épargne aucune caricature de ce topos des initiations : Nina tombe même amoureuse d’un bel hidalgo...

Frédérique Deghelt rend compte des émois d’une adolescente avec sensibilité, mais il a cependant fallu que j’arrive à la fin de son récit pour éprouver de la tendresse envers son héroïne. Fuyant Paris, elle fuit son chagrin, la douleur de la perte, la tristesse du manque : Nina veut faire son deuil en cheminant. Habitée à son tour - comme ses parents avant elle -  par le fantasme de l’errance, elle s’élance sur leurs pas. Cette catabase offre la séduction de la nostalgie sans éviter toujours l’écueil de la mièvrerie.

Finalement, voyager avec Nina était sans risque.

«Je ne la crois pas. Je comprends que la survie compte avant l’amitié. Je comprends que tout ce que j’ai appris jusqu’à maintenant n’a plus cours dans un monde où il faut se battre pour exister.»

1 commentaire :