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28 juillet 2014

La tendresse : langueur et longueurs sur la route de Flaine

Blancheur immaculée de la neige, perfection de l’instant, descente «freeride» en amoureux. Et puis un banal accident de ski, et le jeune homme se retrouve à l’hôpital.
 
Tout aussi banal, les parents de Jack doivent aller chercher eux-mêmes leur fils hospitalisé : l’assurance ne prend pas son rapatriement en charge. Sauf que Frans et Lisa sont séparés depuis quinze ans, habitent la Belgique et que Jack était moniteur de ski dans la station de Flaine.
 
L’ex-couple s’apprête donc à entreprendre un long voyage, alors que toute intimité est censée avoir disparu entre eux. Sur le fond, j’ai compris l’idée de la réalisatrice, Marion Hänsel.
Un road-movie sur un couple qui ne se hait point, ce qui laisse beaucoup de nuances de rose, l’évocation des amours post-adolescentes entre Jack et Alison, la tendresse déclinée entre les différents personnages. 
 
 
Mais la banalité que j’évoquais plus haut est étouffante. Rien n’est sublimé dans ce film, que certains voudront voir comme un hommage réaliste à la vie quotidienne - personnellement, je me suis fermement ennuyée quasiment du début jusqu’à la fin. Les plaisanteries sont vaguement amusantes, ou bien on vient à le penser du fait de la platitude des dialogues.

Ce n’est même pas qu’Olivier Gourmet, qui joue Frans, ou Marilyne Canto, qui incarne Lisa, soient mauvais, au contraire, sans doute sans leur interprétation aurais-je dû regarder ce film d’1h 20 en deux fois. Mais l'action brille tant par son absence dans ce long-métrage que c’en est absolument navrant. On nous vend un road-movie, mais la définition d’un tel film implique des péripéties durant le voyage. On ne peut pas appeler péripéties des regards et quelques remarques entre les divorcés ! Ainsi, la majorité des critiques ciné ont usé et abusé de métaphores méchantes mais toutes justifiées : enlisement dans les bons sentiments, film qui tourne en rond comme les routes de montagne, et j’en passe.

 
Le seul mérite de «La tendresse» à mes yeux a été la découverte, au chaud, de la station de Flaine, classée monument historique. Très originale, cette station aurait pu occuper une place bien plus importante dans le film, avec ses œuvres monumentales comme la statue de Dubuffet, filmée à plusieurs reprises.
 
Sorti le 6 mai dernier, le DVD comporte quelques bonus. On y entend Olivier Gourmet déclarer que c’est un scénario ambitieux puisqu'il ne s'y passe rien et la réalisatrice expliquer qu’elle avait en tête des adaptations littéraires dont les droits étaient déjà cédés, et que c’est pour cela qu’elle a opté pour l’écriture d’un scénario d’inspiration autobiographique.
Des explications qui ne m’ont guère aidée à ressentir quelque tendresse pour ce visionnage. 


25 juillet 2014

Dans les rapides, Blondie et Kate Bush par Maylis de Kerangal + concours

Au Havre, à la fin des années 70, trois lycéennes sentent les ondes de la révolution punk parvenir jusqu’à elles. Elles pensent désormais que «chaque jour devrait débouler comme un disque de Blondie», qu’elles ont entendu par hasard dans la voiture d’un homme qui les avait prises en stop. Une déflagration. «Dans les rapides» raconte cette rencontre de Marie, la narratrice, de Lise et de Nina, avec une musique qui tranche avec celle des chanteurs à textes qu’écoutent leurs parents.

photomontage © vivelaroseetlelilas
 
C’est un texte dédié au rock que «Dans les rapides». Maylis de Kerangal intitule d’ailleurs tous les chapitres, excepté ceux qui font office de prologue et de postface, du titre d’une chanson de Blondie ou de Kate Bush.
En effet pour les trois amies le cataclysme n’est pas seulement la découverte d’un groupe devenu culte, c’est aussi la fascination exercée sur elles par Deborah Harry, une fille «calme, déterminée, sûre d’elle» au milieu des garçons. On est en pleine vague punk, mais déjà s’amorce un autre tournant : le surgissement spectaculaire des années 80 promises à l’enfantement des «executive women». Marie, Lise et Nina pourraient chanter avec Patricia Kaas : «Oui mais les filles Elles n'voulaient pas rester Là sur les canapés A les regarder passer Elles voulaient y aller Et moi je suis comme elles...», jusqu’à ce que Nina, d’un vinyle à un autre, écoute Kate Bush. Le groupe est soudé : Debbie est la meilleure.

J’espérais quelque chose de particulier de cette lecture. Ce texte qui débute avec la célébration d’une musicienne que j’adore allait sûrement me permettre d’apprécier davantage son auteure. En effet, il y a quatre ans, j’avais fini par abandonner «Naissance d’un pont», dans la douleur de manquer un livre plébiscité par la critique autorisée et récompensé par le prix Médicis.

Je garde de cette plongée «Dans les rapides» une sensation de barbouillage. Peut-être faut-il que Maylis de Kerangal se perde dans la lenteur afin d’y trouver son style.

Concours :  Folio m'offre la possibilité de vous faire gagner un exemplaire de l'ouvrage. Envoyez-moi un mail avec votre adresse postale à l'adresse du blog, vivelaroseetlelilas[@]gmail.com et je tirerai au sort un gagnant avant la fin du WE (dimanche 27 minuit). Concours réservé à la France métropolitaine. Edit du 28 juillet 2014 : c'est Valérie qui remporte l'ouvrage !

«Dans les rapides» de Maylis de Kerangal - Folio 2014

23 juillet 2014

Une féérie nommée Elmar Trenkwalder

Elmar Trenkwalder. Ce nom ne vous dira sans doute rien. Pourtant c’est celui d’un artiste exposé en France dès 1998, puis à Lyon et à Venise lors des Biennales, et actuellement à Tourcoing au Muba. L'Autrichien Elmar Trenkwalder ne m’évoquait rien non plus, si ce n’est un patronyme elfique ou tout au plus une certaine étrangeté germanique ou nordique.


Actuellement sont présentées à la Cité de la Céramique à Sèvres les pièces qu’il y a conçues dans le cadre de sa résidence. Moi qui ne connaissais pas son travail, j’ai été éblouie. Chaque pièce pourrait servir de test de Rorschach en très grand format : que peuvent évoquer au spectateur les formes créées par l'artiste ? Une église gothique, un temple lointain du Cambodge, une fresque grecque, des ruines, une statue vaudou, des rituels liturgiques ?
Sans doute l’idée de célébration m’est-elle venue de manière récurrente car les œuvres d’Elmar Trenkwalder s’élancent vers le ciel.

Œuvre WVZ 247 © Elmar Trenkwalder, 2014

 La Cité de la céramique insiste sur la dimension suggestive des pièces, mais je ne les ai pas trouvées si phalliques que cela, occupée que j’étais à en observer les détails qui retiennent l’œil. L’artiste incite le regardeur à se déplacer autour de l’œuvre : de loin, de près, à distance moyenne la sensation est fort différente mais toujours magique.
Ces pièces de grès émaillé, entre végétal et animal, entre nature et culture opèrent une synthèse déroutante. J’ai beaucoup pensé à H. R. Giger lors de cette visite, ainsi qu'à la science-fiction : peut-être l’influence du romantisme noir qui émane de l’installation …

Œuvre WVZ 279 © Elmar Trenkwalder, 2014
 
L’artiste ne souhaite pas donner lui-même de clés : ce ne sont pas les titres qui aideront le visiteur dans sa recherche de signification, car ceux-ci sont abscons, de type «Œuvre WVZ 279».
 
Elmar Trenkwalder expose également une sculpture dans le cadre de «Sèvres Outdoors», un festival qui présente des œuvres dans les jardins du Musée. Cette petite promenade mérite le détour tant les œuvres qui sont présentées sont intéressantes.

Jusqu'au 27 octobre 2014

Cité de la céramique
2 Place de la Manufacture
92310 Sèvres

17 juillet 2014

Un été à Osage County, drame familial dans le Sud des Etats-Unis

«Un été à Osage County» a bénéficié d’une presse plutôt enthousiaste, mais desservi par une affiche qui a même rendu les fans de Meryl Streep et Julia Roberts dubitatifs («En famille, on se soutient. En famille, on se déchire».), les entrées en salles ont été décevantes. L’occasion de se rattraper avec le DVD sorti depuis  un petit mois : contrairement donc au visuel de l’affiche qui vend un mélo, il s’agit bien d’un drame, ce qui est fort différent.
 
Nous avons là une famille dysfonctionnelle au possible – donc une famille ordinaire, n’est-ce pas ? Dans le jeu de la famille Weston, il y a d’abord les parents, qui se sont sortis d’une misère crasse pour se hisser jusqu’à l’aisance financière et même jusqu’à la notoriété pour le poète qu’est Beverly. L’oubli de ses origines a un prix : le père l’a noyé sa vie durant dans le whisky et la mère dans les médicaments. Ils ont voulu donner à leurs filles la chance de ne pas connaître les épreuves qu’ils ont vécues. Mais à l’heure de sa dernière heure, comme dirait Barbara, la mère ne pardonne pas. Une mère courage qui a élevé ses filles à l’abri des problèmes matériels, et qui décide de rétablir la vérité : ce sont des gosses pourries gâtées, qui, si elles avaient fait autant d’efforts qu’elle-même, seraient présidentes des États-Unis. Car à côté des souffrances de Violet, tout est ridicule.

Au début du film, Beverly fugue. Le cancer de sa femme lui est devenu insoutenable. Alors, rejoignant Ivy, la fille sacrifiée, pathétique, qui n’a jamais quitté l’Oklahoma, Barbara et Karen reprennent la route du désert. Même si leur mère est odieuse, celle-ci est minée par la maladie et leur père a disparu… Très vite pourtant, tout tourne au drame. Beverly parti, Violet au crépuscule de sa vie : peuvent éclater rancœurs, secrets, jalousies. Entres les trois sœurs et leur génitrice castratrice, mais également révéler les liens qui les unissent à Charles et Mattie Fae, la sœur de Violet, qui vit non loin de là…


Le film est âpre, rude, comme cet Oklahoma désert où il faut sans cesse rouler, où l’on vit isolé, seul. Les interprétations sont particulièrement convaincantes, peut-être parce que l’équipe a réellement tourné dans le comté d’Osage, à l’intérieur d’une maison suffocante, avec une Meryl Streep exaspérée par ces cigarettes à fumer à longueur de journée. Nul doute qu’elle n’a pas dû se forcer pour insulter ses partenaires ! Julia Roberts, acerbe, en pleine crise conjugale, est parfaite dans le rôle de Barbara, rongée par la culpabilité ; son mari infidèle, Bill (Ewan Mc Gregor, métamorphosé), endosse lui-même avec facilité le rôle de l’intello aux principes flexibles.
Si bien évidemment, la palme revient à Meryl Streep qui rappelle Elizabeth Taylor dans «Mais qui a peur de Virginia Woolf ?», tous les acteurs sont magistraux dans ce quasi huis-clos (il faut dire qu'il s'agit d'une adaptation d'une pièce de théâtre).


Comme souvent, le titre français n’est pas la traduction exacte de l’intitulé original. Cette incompréhensible manie nous vaut «Un été à Osage County» pour «August: Osage County». Alors que ce qui se joue là ne pourrait s’étaler en un été. Aucun des personnages ne saurait le supporter, aucune des filles rester aussi longtemps enfermée avec les autres, miroirs déformants, ni avec Violet, manipulatrice et outrancière.
 
Les fils de la tragédie se nouent et se dénouent, en deux heures qui lient le spectateur à ce trou perdu pour longtemps. Un réalisme qui renvoie à ses propres névroses familiales.



15 juillet 2014

Le camion qui livre : non pas un jeu de mots, mais une librairie itinérante !

Comme souvent avec les nouvelles tendances, ça vient d'ailleurs. Scandinavie, États-Unis. C'est de là-bas que vient cet engouement complètement irraisonné pour les camions. Surtout pour les food trucks. Au départ, quelque chose de quand même complètement has been : le camion à pizza. Rebaptisé «food truck», l'endroit à l'hygiène douteuse est devenu incontournable dès lors qu'il fut paré des attributs de la hype, à savoir un logo vieillot, un nom rétro, et un emballage bien marketté. Voyez le succès du Camion qui fume !


Bref, après la mode des bars qui tendait à s'épuiser (on en était quand même, après les bars à ongles à guetter l'ouverture d'un bar à chats), les camions sont venus les remplacer dans le calendrier du tout nouveau tout beau (ou tout recyclé mais peu importe).
Tout cela m'amène à l'initiative du Livre de poche, qui s'inscrit totalement dans cette tendance : son «camion qui livre» débute demain un itinéraire, qui, de plage en plage, permettra aux vacanciers parisiens de ne pas perdre leurs bonnes habitudes : ils pourront continuer, anxieux, de suivre l'itinéraire d'un camion via une app dédiée. En fait, sérieusement, moi aussi j'aime beaucoup les bars à n'importe quoi et les camions aux noms bien pensés, mais il faut savoir faire preuve d'un peu d’auto-dérision.

Le seul regret qu'on émettra quant à cette chouette idée de camion qui livre, c'est que la carte de France se trouve légèrement redessinée (on pourrait peut-être proposer ladite carte pour le débat sur les régions de France : une région non couverte par le camion // le reste de la France).

Très concrètement : véritable librairie sur 4 roues, le camion se déplacera de plage en plage le long des façades méditerranéenne et atlantique, du 16 juillet au 15 août. Il proposera son choix de livres d’été et sera ponctuellement prise en charge par un libraire du cru (avec l'accent ?).
Les bibliothèques tentent parfois ce type d'initiatives également, certaines plages auront peut-être le plaisir de pouvoir jouir des deux services !


 Un projet amusant, dans l'air du temps ! Les dates précises de promenade du camion ci-dessous :

-Toulon - Plage des Mourillons : 16-17 juillet
-La Seyne sur Mer - Parking les sablettes : 18 juillet
-Hyères - Place saint Louis : 19 juillet
-Hyères – Parking de l’Almanarre : 20 juillet
-Fréjus (promenade) : 21-22 juillet
-Saint-Jean-de-Luz – Plage d’Erromardie : 25-26-27 juillet
-Arcachon – Place Thiers : 29-30 juillet
-Arcachon – Quartier du Moulleau : 31 juillet
-La Palmyre – Plage de La Palmyre : 2-3-4 août 
-Carnac – Grande plage parking port : 9-10 août
-Quiberon – Esplanade place Hoche : 11-12 août 
-Fouesnant – Cap Coz : 14 août
-Crozon-Morgat – Place de l’église : 15 août
-Bénodet – Butte du Fort : 16-17 août

Personnellement je n'aurais pas le plaisir de croiser le camion car je souhaite avoir réellement chaud cet été, et le camion ne prend pas l'avion. Néanmoins que celles et ceux qui le croisent laissent leurs impressions !